Evening Hymns – Spectral Dusk

De la permanence d’une très ancienne forme artistique. Pratiqué depuis toujours dans la poésie et la musique classique, le « tombeau » hommage d’un artiste à  l’un de ses pairs ou proches disparus, survit encore étonnamment dans notre ère moderne. Qu.’il soit hommage à  un amour perdu (Bon Iver avec For Emma, Forever Ago) ou à  un vrai défunt (Emilie Simon sur Franky Knight), le genre semble toujours trouver grâce aujourd’hui, ainsi en témoigne Spectral Dusk de Evening Hymns édité sur le précieux label Kütu Folk.

Dès les premières mesures de Spectral Dusk, brume sonore et reflux de l’eau, on aborde une rive où s’exprime une vraie gravité sans affectation. Disque hanté, lac d’apparence froide et austère, mais qui se révèle aussi lumineux qu’apaisant, réceptacle de la perte ressentie par son auteur.

Un îlot de folk intérieur, un délicat monument érigé par Jonas Bonnetta à  la mémoire de son père disparu il y a trois ans. Irriguant chaque seconde de ce voyage consolateur, la figure paternelle perdue semble donner son souffle aux onze étapes de ce pèlerinage aussi douloureux qu’essentiel. Et vraiment beau.

Délicat barde folk canadien, le jeune homme a poli pendant de longs mois, en compagnie de la fidèle Sylvia Smith et de ses amis musiciens de The Wooden Sky, ses ballades pastorales bercées d’une infinie tristesse. Assez classiques dans leur utilisation du langage folk (cordes, guitare acoustique, slide guitar, cuivres), elles se révèlent pourtant aussi touchantes que remarquablement pures dans leur expression. Une vraie démarche d’exorcisme musical, alternant musicalité aérienne (Family Tree), gravité martelée (Cabin In The Sky), pièce instrumentale éthérée (Irving Lake Access Road) et qui culmine en une poignée de ballades d’une beauté exceptionnelle.

Ourlées d’une délicate pudeur, nimbées d’une peine inconsolable et d’une sincérité désarmante, Song To Sleep To, You And Jake et la déchirante Asleep In The Pews (ma préférée), semblent autant jouer leur rôle de baumes contre le deuil pour leur auteur que pour l’auditeur mélomane.

Lequel trouvera là autant de précieux, remèdes pour apaiser la mélancolie de base qui préside souvent à  son amour de la musique ou, plus largement, à  celle de ses états d’âme et le laissera souvent les yeux humides. Un exemple parfait d’art consolateur et guérisseur, plus porté par la lumière et le renouveau que ne le laisse à  priori supposer le propos.

Cousin des orfèvres slowcore Jeff Martin (Idaho) ou Josh Haden (Spain), frère en sensibilité d’Elliott Smith ou Bon Iver, Jonas Bonnetta nous invite à  un voyage musical des plus sincères qui soient, alignant après Poor Moon, le deuxième bijou folk de la saison.

Deux disques à  l’humeur bien différentes, mais à  lire comme les deux faces complémentaires de l’indie folk : yin et yang, soleil et lune d’une galaxie d’une richesse infinie. Beau disque, vraiment.

Franck Rousselot

Evening HymnsSpectral Dusk
Label : Differ-Ant / Kütu Folk
Date de sortie : 27 août 2012

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