Chris Cohen – Overgrown Path

Ce n’est pas parce qu’une nouvelle année est déjà  entamée qu’il faudrait pour autant mettre à  la trappe les bonnes galettes que la fin 2012 a pu offrir et dont une néfaste négligence nous a empêché de parler plus tôt ici. D.’autant qu’en matière de bonnes surprises, Overgrown Path, premier album de l’inattendu Chris Cohen, se révèle une réjouissante caverne d’Ali-Baba pop au parfum entêtant.

Patiemment poli pendant plus de deux ans par ce musicien resté longtemps dans l’ombre de nombreux artistes valeureux (Cass McCombs, Deerhof, Ariel Pink.’s Haunted Graffiti), voilà  un disque à  l’abord un peu rêche mais qui, telle une pierre d’aspect abrupte, révèle au fil du temps et d’une intime fréquentation la délicate finesse des ciselures., 

Un objet modeste et minimaliste dans son aspect, façonné en quasi solitaire par un outsider persévérant, décidé à  améliorer son approche musicale et dont le song writing sinueux nimbe l’album dans une nonchalance feinte mais un charme ravageur.

Avec sa voix haute et chantante aux accents indolents, son jeu de surf guitare tout en boucles inventives et sa production lumineusement envapée, Overgrown Path pourrait très bien être tout droit sorti des années 70., 

Une déambulation renvoyant au meilleur de la psyché pop californienne, époque du mythique Laurel Canyon, et unissant en son sein autant la légèreté pop de Zombies d’époque (radieuse Optimist High) que la mélancolie soyeuse de solitaires taciturnes à  la Nick Drake, Tim Buckley ou Dave Bixby (l’émouvante Heart Beat), mais dans un écrin rock et pop irradiant une sereine énergie (Caller No.99). Le tour de force étant surtout que jamais l’entreprise ne sonne comme une contrefaçon mais bien comme une relecture poétique et inspirée.

Une sorte d’îlot consolateur à  l’intemporalité rayonnante détaché des contingences, qui feint la distance et la légèreté pour mieux révéler sa mélancolie chagrine et son vrai isolement « ou l’inverse. Un art gentiment schizophrène assez proche de celui pratiqué par l’insaisissable solitaire Cass McCombs (au voisinage vocal plutôt troublant) ou du très méconnu, à  tort,, baladin anglais John Cunnigham., 

Avec ce cadeau imprévu à  l’humeur imprévisible, l’ami Chris Cohen signe une des divines surprises qui jalonnent heureusement l’actualité discographique et dont on guettera la suite des aventures avec attention.

Et on lui dira surtout merci de confirmer nos plus anciennes certitudes. Car après tout, mêler de manière inextricable la joie et l’accablement, le blanc et le noir, le jour et la nuit,, comme les deux faces impossibles à  séparer d’un touchant Janus pop, n’est-ce pas la marque des oeuvres musicales vers lesquelles on revient toujours ?

Franck Rousselot

Chris CohenOvergrown Path
Label : Captured Tracks
Date de sortie : 1er octobre 2012

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