Canicule – Baru, d’après Jean Vautrin

C.’est au 9ème art que  » Canicule  » a maintenant fait de l’oeil. Presque 30 ans après une très fidèle adaptation cinématographique, le texte de Jean Vautrin renait de nouveau sous les traits de Baru, et aux rangs de la BD, s’impose immédiatement comme une évidence, comme si cette adaptation graphique nous avait toujours été due.
l’entreprise, des plus ambitieuses, exigeait de s’armer des bons crayons, et ce sont ceux de Baru, là , qui ne tardent pas à  convaincre. Son épais trait type caricatural, et ses aplats de couleurs brutes saisissent ce récit violent et absurde et subliment adroitement les éléments forts de ce texte que sont inéluctablement la psychose et la brutalité.

Nous sommes en Beauce profonde, au coeur de l’été. En cavale suite à  un braquage des plus lucratifs et les forces de l’ordre à  ses talons, l’américain Jimmy Cobb se retrouve au beau milieu d’un champ de blé où il décide d’enterrer son butin. Lorsqu’il trouve refuge dans la ferme avoisinante, il n’a aucune idée qu’il s’apprête à  rejoindre un véritable petit théâtre de l’étrange, avec en son centre une famille de rustres vulgaires et violents qui mettront en péril sa cavale, mais aussi sa vie.

« Canicule  » qui s’ouvre comme un polar classique du type braqueur-en-cavale-et-complots-mafieux se transforme rapidement en une sorte de huit-clos cauchemardesque. Jimmy Cobb se retrouve aux mains d’une horde de personnages poussés sans retenue aucune dans leurs extrêmes : entre la fille nympho négligée et vulgaire, le sale mioche violenté par son père, la femme de maison froide et asexuée, violée par son mari et qui n’attend que de l’éliminer, la mamie amorphe qui vit dans l’effroi de se faire envoyer  » chez les p.’tits vieux  » et enfin le mari, maitre de maison, et son frère, tous deux aussi mal éduqués que vicelards et dangereux.

Nul ne doute que Baru s’inspire du film dans sa construction de l’histoire. On y reconnaitra certains plans presque conservés dans leur état d’origine, et qui deviennent ici classiques, iconiques. Adroitement, il parvient à  exagérer dans l’image certains traits des personnages et à  les rendre plus malsains encore : sa nympho est ici plus vulgaire et effrayante que jamais, et le faciès du frère ne laisse aucun doute quant à  sa nature profonde. l’analogie conservée avec les cochons (une des habiles forces métaphoriques du texte) est encore plus délicieuse ici: on retrouve à  la fin de la BD le cochon de la maison échappé en début d’histoire dans une scène d’amour animalesque avec un cochon sauvage « festoyant dans nul autre que le butin abandonné au champ !

Bref, une traduction en BD des plus réussies, avec une adéquation dans le dessin comme il se fait rare. Les couleurs de Baru sont chaudes et sanglantes et oppressent de toute l’absurdité, violence, et ce malaise suffocant du texte original.

Il y a enfin un élément général de satisfaction en ce que le rythme de  » Canicule  » et son approche graphique répond délicieusement à  l’écriture intrinsèquement visuelle de Vautrin, presque scénaristique, faite d’onomatopées et de descriptions courtes et incisives.

Fabrice Blanchefort

Canicule
Dessin&Scénario : Baru d’apres un texte de Jean Vautrin
Editions Casterman
109 pages – 18€¬
Parution : Avril 2013

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