Prefab Sprout – Crimson / Red

Prefab Sprout 2013La nouvelle n’est pas destinée à  faire les choux gras de la presse musicale ou de la blogosphère indé mais l’air de rien, ce début novembre voit le retour aux affaires d’un des plus beaux groupes de l’histoire de la pop… dont le grand public ignore sans doute encore l’existence.

Oui, même lors de ses années de grâce (la décennie 80 et une partie des années 90), les foules se souciaient-elle vraiment de Prefab Sprout ? Alors que pour tout auditeur tombé jeunot sur les perles confectionnées par l’orfèvre Paddy McAloon, celles sophistiquées, euphoriques et mélancoliques qui brillent toujours au cou de Steve McQueen (1985), beauté d’album intemporel, cette formation au nom improbable résonne comme un sésame pop, trésor dont on se réjouit d’avoir croisé la route et dont le temps ne saurait amoindrir la portée.

Brillant auteur pop et mélodiste génial admiré par ses pairs mais aux rares continuateurs (Neil Hannon, Conor O’Brien), le destin s’est pourtant montré retors, voire cruel avec lui : presse élogieuse mais audience limitée du groupe, suite de carrière un peu décevante après le somptueux Jordan: The Comeback (1990) et graves problèmes personnels de santé, une variante de la maladie de Ménière affectant sa vue et son ouïe.

Après moult projets avortés ou démos datées ressorties des tiroirs, une vraie surprise donc que de voir débarquer ce Crimson / Red, seul véritable nouvel album depuis une douzaine d’années et le plus réussi depuis longtemps. Un retour inattendu aux airs de vraie renaissance qui, passée l’inévitable nostalgie et goût de passé retrouvé, prouve que malgré les années et les avanies, son talent de song writer virtuose a conservé toute sa fraîcheur.

Bien sûr, l’ex-jeune premier enfiévré de Bonny ou When Love Breaks Down ressemble désormais à  un druide celtique à  la barbe fleurie style Moondog. Bien sûr, les conditions d’enregistrement de sa production quasi autarcique, excepté l’arrangeur Calum Malcom dans le rôle jadis tenu par l’historique Thomas Dolby, affichent une modestie artisanale souvent désuète et les vocalises aériennes de Wendy Smith nous manquent. Mais dès l’introductif The Best Jewel Thief In The World, le charme ondoyant des mélodies à  tiroirs, complexes autant que limpides, du Prefab Sprout des débuts renaît et un McAloon revivifié, de sa voix souple et chaleureuse inchangée, impose à  nouveau sa classe naturelle, sa subtilité musicale et ses chansons rêveuses ciselées.

Un disque qui ne change pas ses fondamentaux mais renoue réellement avec l’âme de sa meilleure période. Celui qui aurait aimé « être le Fred Astaire des mots » renoue avec ses aspirations de créateur amoureux des sentiments (The List Of Impossible Things), de la musique et de la création artistique (The Old Magician), de l’amour pur éternel (Grief Built The Taj Mahal). Quel autre artiste bercé d’art et de littérature pouvait consacrer en 2013 une chanson aux airs de conte moral sur le Diable (Devil Came A Calling) ou mêler Roméo et Juliette à l’évocation de ses jeunes années (Adolescence) ?

S’il a assez vite fait égal en qualité d’écriture avec les plus grandes références pop (Ray Davies, Paul McCartney, Andy Partridge), l’ironique et cultivé Paddy se pose surtout en héritier d’un art anglo-saxon classique scintillant, celui des standards élégants composés par Cole Porter, George Gershwin ou Stephen Sondheim.

Raffinement d’une personnalité jamais vraiment à  la mode. Assis bien à part depuis ses débuts, au-dessus de la mêlée musicale. Ce qui achèvera sans doute aux yeux de certains de le faire passer pour une antiquité définitivement anachronique admirant de vieilles lunes.

Oui, en fait, qui se soucie encore vraiment de Prefab Sprout ? Moi, messieurs-dames, pas mal ravi et un peu ému d’assister à  cette renaissance inattendue du vieux magicien. « Watch your legend grow, watch your legend grow, Paddy… »

Franck Rousselot

Prefab Sprout. Crimson / Red
Label : Icebreaker Records / Verycords
Sorti le 4 novembre 2013

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2 thoughts on “Prefab Sprout – Crimson / Red

  1. Une question – peut-être stupide car les 2 groupes sont aux antipodes même s’ils tutoient tous les 2 le génie musical- Crimson Red fait-il référence à l’album Red de King Crimson ? Pascal

  2. Article super intéressant qui decrit avec forces details l’intérêt de connaître ce groupe majeur.

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