[Monnot-mania] : Doug Paisley – Strong Feelings

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Si tu n’écoutes que de la musique de rock.’n’roll sataniste, tu finiras psychopathe. Cette semaine, Benzine oeuvre pour le salut de mon âme avec ces dix balades racées, taillées au canif plus qu’à  la hache, épurées.

Attention le Doug sort du bois.

Paisley, c’est du folk, de la country, appelle-ça comme tu veux, si tu l’écoutes d’une oreille distraite, tu vas te dire : mouais… pas mal… un peu mou quand même. Bien sûr tu auras tort. Je remercie ces voyous de Pavement, Pixies, Sparklehorse, R.E.M. et Velvet Undergroud, de m’avoir insidieusement initié à  ce mode d’expression chaloupé et, allons-y, un tantinet désuet. Sans ce traitement homéopathique, j’aurais cyniquement intitulé cette chronique : le retour de l’homme qui tombe à  pic.

« Strong Feelings » est comme un nouveau canapé, tu dois te l’approprier, y faire ton nid, mouler ton corps en négatif dans la mousse de ses coussins. Si tu te jettes dessus plein de mépris et d’a priori comme tu le ferais au salon du cuir en zieutant déjà  ta prochaine cible – celui de la pub avec la fille aux gros seins – tu passeras forcément à  côté.

Pas d’implants mammaires et de démonstration ici. Juste une belle promenade en Amérique du Nord, des forêts de l’Ontario où Doug compose aux déserts du Nouveau-Mexique dans le sable desquels chevauchent ses cow-boys au rythme de mes idées préconçues. La guitare mène la danse, tantôt en finger-picking traditionnel, parfois en mode western légèrement saturée. Malgré tout ce n’est pas un album de prosélyte du Stetson et de la Santiag… yihahhh »bien au contraire. Paisley n’hésite pas, quand il le faut, à  rompre avec les poncifs du genre et bricoler des refrains pop à  faire pâlir Herman Düne (« It.’S Not Too Late (To Say Goodbye) ») et de magnifiques fins enlevées dignes héritières du »I Want You She.’s So Heavy » des Beatles (« Where The Light Takes You »).

Monsieur ne se refuse rien. C’est Garth Hudson, organiste du mythique »The Band » qui tient les claviers (magnifique et introspective »Growing Souls »). (File vite écouter le premier album éponyme de »The Band » s’il te plaît. C.’est une merveille !)

Paisley chante la vie, l’amour et la mort, d’une voix de maître multi-registre, feutrée à  la Nick Drake ou plus offensive et rocailleuse type Joey Burns de Calexico. Dans tous les cas le canadien croone sur du velours. A noter, les deux très jolis duos (un jazzy -« What.’S Up Is Down » l’autre tradi -« Because I Love You ») avec sa compatriote Margaret Mary O.’Hara, qui assure également quelques choeurs et apporte une belle touche de féminité à  ce »Strong Feelings ». La dame a collaboré par le passé avec Morrissey, Tom Waits ou encore Tindersticks« Une débutante !

A savourer calmement au coin du feu ou au volant d’un break par un beau matin ensoleillé et glacial de février (hier par exemple). Et plus si affinité(s) !

Stéphane Monnot

Doug Paisley – Strong Feelings
Label : No Quarter/Differ-Ant
Sortie : janvier 2014

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