14 – Jean Echenoz

Echenoz Jean14Loin de Barbusse et de Remarque et d’autres encore qui ont brillamment écrit sur cette horrible guerre, Jean Echenoz propose avec  » 14  » une sorte de dissertation, une description froide et distanciée, de ce que fut la Grande Guerre dans toutes ses dimensions mais en quelques pages seulement, juste pour évoquer tout ce qu’il ne faut pas oublier, tout ce qui restera de ce terrible épisode de notre histoire.

Août 1914, en Vendée, très loin du front, cinq jeunes garçons ont entendu les cloches de la mobilisation et partent en guerre dans toute la fraîcheur de leur insouciance, ils ont pris les armes pour quelques jours, ils reviendront rapidement quand cette formalité sera expédiée.  » l’affaire de quinze jours, donc, avait estimé  » l’un d’eux. Mais les jours passent et s’additionnent, le conflit s’enlise comme les soldats s’embourbent dans les tranchées et chacun connait un sort différent ce qui permet à  l’auteur de balayer l’échantillon des sorts réservés à  la plupart des  » poilus  » il y aura la mort, la blessure invalidante, le gazage, la disparition mais aucun ne sortira indemne de cette terrible boucherie même pas celui qui, avant de partir, a laissé dans le ventre de la fille de la famille du patron de l’usine locale la petite graine qui germera pendant que son géniteur sera au combat. Ainsi, Echenoz étend le champ des victimes à  ceux qui sont restés à  l’arrière et qui souffrent eux aussi comme tout le règne animal largement impliqué dans la tuerie générale.

Cette dissertation se voudrait exhaustive en proposant un catalogue de tout ce que la guerre a provoqué mais elle survole beaucoup ce conflit qui est beaucoup plus complexe que le laisse penser la lecture de ce texte. l’objectif d’Echenoz n’est certainement pas de nous rappeler ce que fut cette guerre, la littérature sur le sujet est déjà  très abondante et très riche, son texte n’apporte rien à  sa connaissance et pas plus à  sa compréhension. Non, je crois plutôt qu’il a trouvé dans cet épisode exceptionnel matière à  dispenser son talent d’écrivain qui est grand et on ne peut que déguster ses phrases et goûter la richesse de son vocabulaire. On gardera tout de même en mémoire certaine remarques qu’il cherche à  mettre en évidence : le décalage entre l’attendu et l’avenu, l’impréparation, l’imprévoyance, l’inorganisation, l’incurie qui ont prévalu lors de la préparation de ce conflit, l’innocence, la candeur et la naîveté de ces soldats improvisés et une certaine forme d’accusation des va-t-en-guerre qui ont expédié toute une génération, représentée par ces cinq garçons, dans la gueule des bouches à  feu et à  fer.

Denis Billamboz

14
Roman de Jean Echenoz
Editeur : Minuit
123 pages – 12,80€¬
Parution : 2012

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