Transparent – Saison 1

Transparent saison 1 - affiche

La première série d’Amazon est un cri dans la rue. Un étendard à valeurs comme ces rares séries HBO. En évoquant la famille et l’individualité au prisme du genre, Transparent s’avère comme la révélation de l’année.

Quand Amazon, le monstre culturel, se met aux séries, elle le fait avec le même matraquage de force et une innovation rare, presque discutable : lancer en ligne une salve de pilotes en ligne en demandant aux internautes de choisir leur série. La première élue, Transparent, se distingue déjà. Transparent raconte les bouleversements d’une famille au lendemain du coming-out queer de Mort, le patriarche sexagénaire de la famille Pfefferman, devenue Maura. De confession juive, la famille est pratiquante et fait face pourtant à des chamboulements identitaires majeurs qui concernent la famille dans son ensemble.

Jeffrey Tambor, le chef de clan hurluberlu d’Arrested Development, joue Mort. Puis Maura. Un homme qui devient femme. Entre aujourd’hui où enfin elle s’assume face aux autres et 1994, l’année où il décide passer le cap timidement, de rejoindre les rangs des code-dressers, soirées anonymes et communautaires, et de s’habiller en femme, de plus en plus, dans le secret de la chambre conjugale. Créée par Jill Soloway, la série ressemble beaucoup à Six Feet Under dont elle s’occupait en tant que scénariste en chef, de par leurs questionnements communs sur la famille traditionnelle et patriarcale, le rôle de chacun dans la société au regard du couple, de la sexualité et de l’héritage familial. Dans la forme aussi, les situations révélatrices, une écriture au cordeau et cet humour invisible, masquant les éraflures et les doutes.
TRANSPARENT  - Photo Jeffrey Tambor

Mais au delà du père transgenre qui s’affirme d’épisode en épisode, en allant au centre commercial, en chantant, en faisant face à son ex-femme (Judith Light, éblouissante), entourés de nouvelles amies, sobres mais émouvantes, toute les membres de la famille Pfefferman sont étudiés dans leur quête d’individualité. Quête de sexualité pour la fille aînée, mariée depuis vingt ans, Sarah redécouvre son attirance pour celle qui fut sa partenaire durant les années fac et trouve ainsi l’opportunité de faire chavirer le schéma familial dans lequel elle se sent prisonnière . Quête de paternité et de stabilité pour Josh, le garçon du milieu, qui de liaison en liaison, peine à se connaître. Et quête d’identité, dans la définition des frontières entre le masculin et le féminin pour Alie, celle dont on dit qu’elle est celle qui ressemble le plus au père, à la nouvelle mère, d’apparence lesbienne, mais hétérosexuelle, incapable de trouver un travail, se cherchant toujours, dans les études et les relations qui l’environnent.

De pleine envergure, Transparent est une analyse fine de la famille d’aujourd’hui. On pourrait lui reprocher son effet catalogue des nouvelles moeurs mais la série est à ce point dénuée d’ironie moqueuse, de parodie, d’effets de style décalés et faciles qu’elle saisit sincèrement à chaque épisode. Pour cause, la créatrice parle de son vécu, lorsqu’il y a trois ans, elle fit face au coming-out transgenre de son propre père, cette expérience donne à la série une raison d’être, sa véracité.

D’une force invisible, Transparent fouille les complexités familiales telle une musique de scène, douce-amère, subtile et touchante, une musique qui rappelle avec beaucoup de nostalgie la puissance unique de Six Feet Under.

Julien Dufresnes-Lamy

Transparent – Saison 1
Série américaine créée par Jill Soloway
Avec Jeffrey Tambor, Gaby Hoffman, Jay Duplass…
Genre : Comédie dramatique
10 épisodes de 30 minutes
Première diffusion américaine sur Amazon en février 2014
Première diffusion en France sur OCS Orange en mai 2015

 

Article à retrouver sur www.blabla-series.com

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