Peaky Blinders – Saisons 1 et 2

Avec un univers entre Gangs of New York et Boardwalk Empire transposé dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres, Peaky Blinders confirme avec brio le renouveau de la série anglaise.

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Créée par Steven Knight, Peaky Blinders suit l’ascension d’un gang anglais basé au nord de l’Angleterre à partir de 1919 quand les frères Shelby, revenus des tranchées, reprennent les rennes de leur organisation criminelle qui doit son nom aux lames de rasoirs dissimulées dans les casquettes de ses membres. Misère sociale, flics véreux et violence gratuite font ainsi partie du tableau de fonds de cette série bien foutue qui se penche sur les tréfonds de l’âme d’une famille de gangsters.

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Peaky Blinders n’est pas une série Canal+ qui se contenterait du triptyque racoleur argent/sexe/violence enrobé dans une mise en scène « porno chic ». Certes les images sont très stylisées dans cette série, notamment par l’utilisation de la lumière et les nombreux ralentis qui ponctuent (parfois un peu trop systématiquement) l’action de Peaky Blinders. Mais cela se fait d’abord au service du scénario, riche, qui ne se limite pas aux explosions de violence et règlements de compte qui rythment la vie des Shelby.

La misère sociale est particulièrement bien rendue, en utilisant brillamment l’arrière-plan derrière les héros de cette série lors de scènes récurrentes de travelling dans les rues contrôlées par le gang. On comprend aussi l’importance des Peaky Blinders dans l’économie et la société de Birmingham : ce sont eux qui font vivre une grande partie de la ville, celle dont les politiques ne se soucient pas, ils aident aussi les vétérans de la Grande guerre et trouvent du travail aux miséreux qui les servent. Cette utilité sociale n’est au final concurrencée que par les indépendantistes irlandais qui cherchent une base arrière en Angleterre ou par les communistes (au travers du personnage de Freddy Thorne qui cherche à faire se soulever les usines locales).

Mais Peaky Blinders, c’est aussi l’histoire d’une ambition, celle de Thomas Shelby, incarné par l’extraordinaire et magnétique Cillian Murphy. En fait, c’est un peu le seul membre du gang qui sait se servir de sa tête, ce qui en fait le leader naturel de la famille, avec sa tante Polly (la non-moins brillante Helen McCrory), qui a mené l’entreprise familiale pendant que les hommes étaient à la guerre. Torturé par les souvenir de la guerre et taiseux, Thomas Shelby fait surtout preuve d’un charisme à toute épreuve, malgré une coupe de cheveux discutable, qu’il veut mettre au service de sa famille pour étendre son influence sur toutes les activités illégales anglaises afin de se donner les moyens de basculer dans une activité légale. La saison 1 est ainsi consacrée à sa lutte contre une famille de gitans rivale et le baron des paris du nord de l’Angleterre Billy Kimber tandis que la saison 2 voit les Shelby s’attaquer à leurs rivaux italiens, les Sabini, et des mafieux juifs menés par Alfie Solomons (Tom Hardy, méconnaissable).

Le meilleur ennemi des Shelby reste tout de même le machiavélique et brutal major Chester Campbell (Sam Neill). Il s’agit d’un agent des services secrets anglais, qui s’est illustré en massacrant des militants irlandais à Belfast, chargé de retrouver des armes volées par les Shelby. Intellectuellement, c’est le seul adversaire qui vaut Thomas Shelby, avec qui il se dispute les faveurs d’un agent infiltré, la lumineuse Grace (Annabelle Wallis). Mais celle-ci préférera le chef de gang, finalement plus intègre et plus juste que le policier pour qui la fin justifie n’importe quel moyen. Avec un tel ennemi, aussi charismatique que le beau meneur de la famille Shelby, Steven Knight ne pouvait pas se passer de Campbell pour la saison 2, le faisant revenir en diable boiteux, toujours plus retors et sournois.

Dès les premières secondes, Peaky Blinders envoûte et rend accro, tout autant que Breaking Bad par exemple, et le soufflet ne retombe pas pendant les 6 épisodes de chaque saison. Elle a tous les éléments pour survivre à la postérité comme une très grande série des années 2010. D’autant que la série bénéficie d’une bande-son exceptionnelle à base de Nick Cave, Libertines, Arctic Monkeys, White Stripes et P.J. Harvey lui donnant une dimension rock sans être anachronique. La saison 3 doit arriver dans le courant de l’année 2016. Ouf !

Julien Damien

Peaky Blinders  – saisons 1 et 2
2 x 6 épisodes de 55 minutes.
Série créée par Steven Knight.
Diffusion anglaise : BBC 2 en septembre 2013 (saison 1) et en octobre 2014 (saison 2).
Diffusion France : Arte en mars 2015 (saison 1).

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