[Live report] un set rock’n’roll et généreux pour Mando Diao à La Maroquinerie

Soirée 100% rock’n’roll à la Maroquinerie ce samedi 17 février 2018 avec les suédois de Mando Diao venus assurer un set ultra efficace, précédés en première partie des canadiens de The OBGMS.

 Mando Diao Maroquinerie 2018

« « A poil ! A poil ! » crient deux très jeunes femmes derrière moi, visiblement toutes émoustillées par la plastique du beau Suédois sur scène : il vient de quitter sa chemise noire imbibée de sueur, dont les pans n’arrêtaient pas de se coller contre les cordes de sa guitare, et il se livre donc torse nu au désir de ses fans. Je ne peux pas m’empêcher de jubiler devant ce délicieux retournement de situation : les clichés du Rock ont la vie dure, mais l’expression du désir est universelle. A quand le harcèlement sexuel féminin ?…

… Maintenant que la Scandinavie a gagné une solide réputation pour ses polars rudes et complexes, combien faudra-t-il attendre pour qu’elle soit autant reconnue pour ses groupes de Rock (‘n’Roll ou pas…) ? Et pourtant, et pourtant, la liste est longue et les genres les plus divers (en faisant l’impasse sur le Métal, également vigoureux près du cercle polaire me dit-on, à moi que ce genre indiffère au plus haut point) : The Raveonettes au Danemark, Kings of Convenience et Turbonegro en Norvège, Leningrad Cowboys, Hanoi Rocks et 22-Pistepirkko en Finlande, The Cardigans, The Hives, Jay-Jay Johanson, The Sounds en Suède… Et Mando Diao, justement : très populaire chez eux et dans certains recoins du monde rock (comme en Allemagne, ou au… Japon !), voilà un groupe qui a du mal à percer en France, mais qui draine clairement ce soir à la Maro une bonne partie des expats scandinaves à Paris, vu la petite foule polyglotte massée devant l’entrée de la salle une heure avant l’horaire annoncé des hostilités.

« En première partie, The OBGMS jouent leur Punk rock pied au plancher »

 The OBGMs Maroquinerie 2018(19)

20 h : trois blacks et un blanc bien chevelu, et ce n’est pas du putain de hip hop (Halte aux clichés ! Halte aux clichés !), non c’est du putain de punk hardcore des familles : oOoh Baby Gimme More !
The OBGMS, c’est comme ça qu’ils s’appellent, viennent de Toronto, Ontario et vont nous offrir 30 minutes quasi parfaites : des morceaux qui envoient du bois (fragments de baguettes du batteur qui volent bas, d’ailleurs je récupérerai comme souvenir une baguette presque intacte…), des musiciens qui se donnent à fond, et qui ne manquent pas d’humour. Ça plaisante entre les chansons, ça fait participer le public, et ça ramone méchant quand la musique s’accélère. A la fin le bassiste (chevelu donc) et le chanteur descendent jouer le dernier morceau au milieu du public, le spectacle est total, la Maro est drôlement chauffée : d’ailleurs ça fait un bail que je n’ai pas vu une première partie soulever cet enthousiasme. Ça s’appelle la magie du Rock, des petits gars qui en veulent, qui respectent et aiment leur public et des chansons jouées le pied au plancher : que demander de plus ? oOoh Baby Gimme More !

« Mando Diao : une sorte de classicisme rock un peu passe-partout, des mélodies immédiates que tout le monde est capable de chanter dès le second refrain. »

Mando Diao Maroquinerie 2018

21 heures passées de quelques minutes : les Suédois seraient-ils moins ponctuels qu’on l’imagine ? Non, voilà nos cinq jeunes musiciens (la trentaine, malgré un succès qui date déjà de plus de 10 ans…) : ils sont vêtus de noir, vêtements cintrés mettant en valeur les physiques de jeunes dieux qu’on attend de leur origine (Halte aux clichés ! Halte aux clichés !). Björn Dixgård, le chanteur et leader depuis le départ de Gustaf Norén il y a trois ans, porte de superbes boots texanes, et évoque un peu un jeune John Lennon qui aurait le sourire de Javier Bardem.

Le set démarre par San Francisco Bay, une chanson que je ne connais pas, même si je suis visiblement le seul dans ce cas de toute la Maro, désormais archi bondée et transformée en sauna : toutes les caractéristiques de la musique de Mando Diao sont là, une sorte de classicisme rock un peu passe-partout, des mélodies immédiates que tout le monde est capable de chanter dès le second refrain, et surtout une belle énergie qui transforme chaque chanson en une célébration dionysiaque du rituel rock’n’rollien. Je me rends compte d’un coup que nous ne sommes que trois mâles au premier rang, le public étant constitué d’une large majorité de fans féminines de tout âge, venues chanter ces chansons qu’elles connaissent toutes par cœur et prendre du bon temps en pogotant, « headbangant », et matant joyeusement les attributs des jeunes Suédois. Eh bien, vous savez, moi, ça me va très bien comme ça !

Mando Diao Maroquinerie (29)Premier moment de satisfaction musicale avec Dancing All the Way to Hell, même si, comme souvent à la Maro, la belle voix soul et cassée de Björn n’est pas assez audible pour nous, au premier rang… Je suis par contre placé juste en face de la Rickenbaker de CJ Fogelklou, le bassiste au look glitter un peu décalé, et je me délecte de ses lignes de basse élégantes et du son si caractéristique de ce bel instrument. Good Times, au stomp irrésistible amène de larges sourires sur tous les visages, et Björn joue parfaitement son rôle archétypal de sex symbol gentiment provocateur. Mais Mando Diao, c’est aussi de belles accélérations punky, voire garage rock, comme sur The Band, premier incendie de la soirée. Malgré le peu de place vu l’affluence, un petit mosh pit s’est créé au centre, cette soirée prend décidément une allure des plus satisfaisantes !

Break Us, très attendu (enfin, par moi !), permet de mieux entendre la voix de Björn, descendu pour l’occasion se frotter à ses admiratrices, mais ce sera l’enchaînement hystérique de Down in the Past et Sweet Ride qui constituera pour moi le sommet d’un set placé sous le signe du plaisir. Patrik Heikinpieti, le batteur, nous invite d’un air furieux à exprimer plus bruyamment notre satisfaction. Il est temps de visiter les hits, les crowd pleasers et de faire basculer la Maro dans un vaste singalong extatique : Gloria – non pas celui des Them – se prête parfaitement à l’exercice. C’est aussi le moment du contact physique, je suis constamment bousculé par des jeunes femmes voulant toucher les musiciens. Le set se termine sur Ochrasy, un morceau mollasson et pas très bien joué, genre U2 imbibé d’Americana, dont je ne comprends pas trop l’intérêt…

Mando Diao Maroquinerie

Le rappel sera funky et… un peu stonien même, avec les réjouissants Shake et Dance with Somebody, et les poses de Björn et de Jens chantant dans le même micro en rajoutent dans le registre Glimmer Twins. Les musiciens ont du mal à quitter la scène, on serre les mains, on touche les doigts, on fait durer autant qu’on peut la bonne sensation de « communion » dans la joie typique d’un grand « live ». Les oreilles sifflent un peu, signe que le volume sonore a été adéquat, il est temps de rentrer…

Mando Diao n’a peut-être pas inventé l’eau tiède, et a sans doute le tort de jouer sagement une partition écrite par d’autres il y a déjà bien des années, de mélanger les genres musicaux au risque de diluer sa personnalité. Mais il le fait avec une générosité, un naturel qui lui permettent de dépasser finalement les clichés dont il s’abreuve. Cette musique est dansante, sexy, superficielle sans doute : mais, soyons honnêtes, n’est-ce pas là la définition même du Rock, tel que les Américains l’inventèrent il y a 60 ans et que les Suédois le pratiquent encore pour illuminer les longues nuits hivernales de Borlänge ? »

Texte et photos : Eric Debarnot

Mando Diao Maroquinerie (27)

Les musiciens de Mando Diao sur scène :
Björn Dixgård – Chant, guitare
Jens Silverstadt – guitare, chant
Carl-Johan « CJ » Fogelklou – basse, choeurs
Patrik Heikinpieti – Batterie
Daniel Haglund – Claviers

La setlist du concert de Mando Diao :
San Francisco Bay (Ode to Ochrasy – 2006)
All the Things (Good Times – 2017)
White Wall (Hurricane Bar – 2004)
All My Senses (Ode to Ochrasy – 2006)
Dancing All the Way to Hell (Good Times – 2017)
Good Times (Good Times – 2017)
One Two Three (Good Times – 2017)
The Band (Bring ‘Em In – 2002)
Mr. Moon (Bring ‘Em In – 2002)
You Got Nothing On Me (« Give Me Fire » – 2009)
Break Us (Good Times – 2017)
Voices on the Radio (Good Times – 2017)
Down in the Past (Ode to Ochrasy – 2006)
Sweet Ride (Bring ‘Em In – 2002)
Gloria (« Give Me Fire » – 2009)
Ochrasy (Ode to Ochrasy – 2006)
Encore:
Shake (Good Times – 2017)
Dance With Somebody (« Give Me Fire » – 2009)

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