Anna Calvi / King Gizzard & The Lizard Wizard / Liam Gallagher à Rock en Seine 2018

Samedi, dans un Rock en Seine qui suscite peu d’enthousiasme cette année, Anna Calvi séduit toujours, King Gizzard & The Lizard Wizard se frottent à un public moins conquis qu’à l’habitude, et Liam Gallagher recycle le passé d’Oasis, sans surprise…

Gros flop prévisible cette année pour Rock en Seine, avec une programmation aussi faible, aussi peu Rock, à proprement parler incompréhensible, qui a découragé la plupart des habitués au festival (les premiers chiffres sur la baisse de fréquentation du vendredi sont inquiétants…). Ce n’est, dans mon cas, que la perspective de voir la divine Anna Calvi, dont j’avais manqué le retour à la Gaîté Lyrique, qui m’a fait acheter mon billet pour ce samedi…

A 16h30, l’accès au site du festival est néanmoins inexplicablement difficile, avec deux longues queues qui traversent le Pont de St Cloud, et qui n’avancent pas… Puis, d’un coup, les vannes s’ouvrent et j’arrive à rejoindre la Scène de la Cascade à 17h, suffisamment tôt pour m’assurer la place idéale, premier rang plein centre.

Anna Calvi rock en seine 2018

La passion qui n’anime pour ma sublime Anna est impossible à e expliquer à qui n’auraient écouté que ses disques, pas forcément extraordinaires : Anna Calvi est l’une de ces artistes qui prend toute sa dimension sur scène, livrant des performances incendiaires et fascinantes… Enfin, en espérant que la pause de années dans sa discographie (même si l’on sait qu’Anna est restée active sur différents projets…) ne nous l’a pas trop changée !

17h50 : Il y a en tout cas des choses qui n’ont pas changé : Anna Calvi joue toujours en trio avec un batteur et avec une multi-instrumentiste (la même jeune femme qu’en 2011, semble-t-il…), et elle commence toujours son set par l’envoûtant tour de force solo de Rider to the Sea. En revanche, mutation physique notable : cheveux bruns, look plus rock avec un bustier en cuir noir sous le costume noir. Un look un peu plus Rock si l’on veut, pour accompagner l’évolution de sa musique, plus agressive. Mais elle toujours aussi belle, même si on est quand même plutôt là pour son chant céleste et sa guitare apocalyptique.

Anna Calvi rock en seine 2018

Le set démarre sagement, Anna est retranchée derrière ses grandes lunettes de soleil, les premiers morceaux sonnent un peu bridés, et d’autant que le son n’est vraiment pas assez fort. La setlist alterne a priori des extraits de « Hunter », le nouvel album (qui par ses thèmes questionnant les genres, matérialise le coming out de la belle), et les chansons emblématiques du premier (I’ll Be Your ManSuzanne & I). Le public est sage – trop sage -, mélange déséquilibré entre fans hardcore qui connaissent tous les titres et simples curieux qui ne seront visiblement pas convaincus par la musique, il est vrai d’abord un peu difficile d’Anna. De plus, le contexte d’un festival, un après-midi en plein air, ne permet pas d’apprécier vraiment le chant techniquement impeccable de la mini-diva.

C’est quand arrive le nouveau titre Don’t Beat The Girl Out Of My Boy, et quand Anna balance rageusement ses lunettes avant de se jeter elle-même à terre dans un beau cliché rock’n’roll, qu’on sent le concert vraiment lancé ! Suzanne & I, puis Desire, l’une de ses chansons les plus conventionnelles mais aussi efficaces (évoquant les modèles du genre que sont la grande Patti ou encore PJ Harvey) nous remplissent de joie. Malheureusement le temps a vite passé, et il est déjà l’heure de clore ce set trop court : c’est désormais la reprise magnifique de SuicideGhost Rider, qui sert de piste de lancement au dernier solo incandescent… ce solo qui permet à Anna de répondre enfin au désir de son public jamais vraiment rassasié de cette guitare exceptionnelle. « Ghost rider motorcycle hero / Hey, baby, be be be be, he’s a blazin’ away / Like the stars, stars, stars in the universe » : Anna est à genoux et balance une dernière giclée de notes embrasées. Un grand moment. Il me faudra la revoir bien vite, en un lieu plus approprié.

Il est temps pour moi de sprinter vers la grande scène : il me reste moins de 10 minutes avant le début du set de King Gizzard sur la grande scène : c’est chaud !

King gizzard rock en seine 2018

…Mais je réalise mon exploit physique de l’année et me place tranquillement au premier rang à droite devant les écrans vidéo – qui cette année, il faut le noter, retransmettent les images avec une bonne seconde de décalage sur le son, ce qui crée un effet des plus pénibles… Je n’en espérais pas tant !

18h45 : nos sept joyeux Australiens psychédéliques attaquent leur set, devant un public généralement incrédule, par des extraits de « Murder of the Universe ». Un petit mosh pit se forme au centre, mais on voit bien que ça va être dur pour un groupe aussi singulier de soulever une foule pas très « branchée » sur les musiques d’aujourd’hui. Peu importe, la troupe de King Gizzard & The Lizard Wizard est visiblement contente d’être là et décidée à s’amuser. Le son est malheureusement une fois encore beaucoup trop bas, et ne relaie pas assez les furieuses accélérations du groupe.

La setlist est dédiée à l’efficacité – ce qui est une bonne idée, vu le contexte – et fait l’impasse sur les morceaux les plus atmosphériques ou les plus barrés. Heureusement, l’enchaînement Rattlesnake – Crumbling Castle constitue le cœur ardent du concert, et il est difficile de ne pas headbanguer sur la rythmique démentielle des deux batteurs, ou de ne pas se lancer dans des solos interminables d’air guitar pour accompagner les solos de Stu et de Joey…

On finit par les brûlots de « Nonagon Infinity », comme Robot Stop et Gamma Knife, et finalement je vois que pas mal de gens autour de moi qui ne connaissaient pas le groupe a priori sont satisfaits. C’est déjà ça ! Les Australiens repartent eux aussi visiblement heureux de ce passage dans la cour des grands, si j’ose dire. Même si on est loin des moments magnifiques du Bataclan en mars dernier, c’était un concert plus qu’honorable…

Surtout par rapport à ce qui va suivre…

20h45 : il fait plutôt frisquet maintenant dans le Parc de St Cloud, mais la foi des éternels fans d’Oasis leur tient chaud. Bon, même si je n’ai jamais compris l’enthousiasme manifesté par beaucoup devant cette musique assez bas du front et pas très inspirée, je me prépare à rechercher dans ma mémoire quelques-uns des « tubes » de l’époque en espérant quand même un effet nostalgie… Malheureusement si l’on peut se réjouir de la coupe de cheveux un peu moins ridicule de Liam Gallagher, et du son cette fois correct, le reste est largement consternant : Liam chante aussi mal que d’habitude (même si on m’affirmera plus tard qu’il a fait bien pire…), il ne met toujours pas plus de conviction à chanter que s’il était manutentionnaire à la poste de Manchester, le groupe n’a aucune personnalité, et comme d’habitude toutes les chansons se ressemblent dans une morne bouillie qui ne semble plus n’avoir rien à voir avec ce qu’on appelait à une époque du Rock… Une chose dont Liam est bel et bien conscient, puisque l’intro du set, après le règlementaire hymne footballistique mancunien, est ni plus ni moins que Rock’n’roll star : on se console comme on peut…

Liam Gallagher rock en seine 2018

Avisé et réalisant malgré son arrogance affichée l’inanité de son propre songbook, Liam nous propose ce soir une setlist principalement consacrée à Oasis, ce qui réjouira évidemment tout le monde et nous évitera – de peu – le pire. De peu car, honnêtement, c’est plutôt en se rejouant mentalement nos souvenirs de l’époque qu’on peut espérer prendre un peu de plaisir sur Morning Glory. Puis vient le tunnel des chansons « récentes » qui sonnent comme des plagiats paresseux des anciennes, et permet aux uns de se consacrer à leur portable et aux autres de ricaner devant les éternelles poses de Liam – l’un des pires « showmen » de l’histoire du Rock – ou de s’occuper en essayant de comprendre le gloubi boulga qui sort de sa bouche entre deux chansons (« Articule, Liam ! », l’encourage mon voisin et ami).

Les très nombreux fans d’Oasis autour de moi se réjouiront d’entendre Liam dédier Champagne Supernova à Noel, signe d’une future réconciliation entre les deux frères terribles ?… et j’avoue bien humblement que je prends mon premier plaisir de la soirée sur cette belle chanson, logiquement privée de la guitare flamboyante du frangin. Et puis après, je réalise que c’est aussi parce que le groupe entier ne joue pas, et que ce dépouillement relatif nous repose de la bouillie apathique qu’ils nous ont servie jusque-là…

Le concert se termine par une sélection des meilleurs titres d’Oasis, avec l’inévitable Wonderwall dont Liam fera paresseusement chanter le refrain à la foule, et qui sera logiquement le second moment notable du set… « Ce soir, j’ai vu le passé du Rock et il s’appelle Liam Gallagher » pourrait-on dire en paraphrasant la célèbre phrase de Jon Landau… Et puisque ce concert éprouvant s’est terminé sur Live Forever, eh bien espérons ensemble que l’éternité ne soit pas pour demain, elle serait bien trop ennuyeuse si on la passe en compagnie des frères Gallagher !

Il est temps de fuir Rock en Seine avec la (petite) foule qui déserte le site dans le froid humide qui tombe sur nous, pour éviter habilement s’entendre une note des pitoyables Thirty Seconds to Mars… Et de se reposer un peu pour ce qui devrait être pour moi le sommet de ce Rock en Seine au rabais : la prestation de IDLES… »

Textes et photos : Eric Debarnot

La setlist du concert d’Anna Calvi :
Rider to the Sea (Anna Calvi – 2011)
Indies Or Paradise (Hunter – 2018)
I’ll Be Your Man (Anna Calvi – 2011)
Hunter (Hunter – 2018)
Don’t Beat The Girl Out Of My Boy (Hunter – 2018)
Suzanne & I (Anna Calvi – 2011)
As A Man (Hunter – 2018)
Wish (Hunter – 2018)
Desire (Anna Calvi – 2011)
Ghost Rider (Suicide cover) (Strange Weather EP – 2014)

La setlist du concert de King Gizzard & The Lizard Wizard :
Digital Black (Monster of the Universe – 2017)
Vomit Coffin (Monster of the Universe – 2017)
The Lord of Lightning (Monster of the Universe – 2017)
Cellophane (I’m in Your Mind Fuzz – 2014)
Sleep Drifter (Flying Microtonal Banana – 2017)
Rattlesnake (Flying Microtonal Banana – 2017)
Crumbling Castle (Polygondwanaland – 2017)
The Fourth Colour (Polygondwanaland – 2017)
I’m in Your Mind (I’m in Your Mind Fuzz – 2014)
I’m Not in Your Mind (I’m in Your Mind Fuzz – 2014)
The Balrog (Monster of the Universe – 2017)
Robot Stop (Nonagon Infinity – 2016)
Big Fig Wasp (Nonagon Infinity – 2016)
Gamma Knife (Nonagon Infinity – 2016)
People-Vultures (Nonagon Infinity – 2016)

La setlist du concert de Liam Gallagher :
Manchester City Champions Chant (pré-enregistré)
Fuckin’ in the Bushes (Oasis song) (pré-enregistré)
Rock ‘n’ Roll Star (Oasis song) (Definitely Maybe – 1994)
Morning Glory (Oasis song) ((What’s the Story) Morning Glory? – 1995)
Greedy Soul (As You Were – 2017)
Wall of Glass (As You Were – 2017)
Bold (As You Were – 2017)
For What It’s Worth (As You Were – 2017)
Some Might Say (Oasis song) ((What’s the Story) Morning Glory? – 1995)
Champagne Supernova (Oasis song) (Dedicated To Noel Gallagher) ((What’s the Story) Morning Glory? – 1995)
Soul Love (Beady Eye song) (Beady Eye – 2013)
You Better Run (As You Were – 2017)
Whatever (Oasis song) (Single – 1994)
Supersonic (Oasis song) (Definitely Maybe – 1994)
Cigarettes & Alcohol (Oasis song) (Definitely Maybe – 1994)
Wonderwall (Oasis song) ((What’s the Story) Morning Glory? – 1995)
Live Forever (Oasis song) (Definitely Maybe – 1994)

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