Le Rock’n’Roll ré-animé par le 1er album des White Stripes en 1999

En 1999, le Rock Ricain ronronnait peinardos au son d’un Hard Rock FM mou du zboub, laissant le Rap et la Pop faire le boulot à sa place. Mais un duo, venu direct de Detroit – La ville du Punk. Du vrai ! – a décidé de brancher les amplis et de cracher des litres de Fuzz sur le Rock et le Blues des ancêtres. Deux gamins plein de sève et d’électricité dans les pognes viennent de mettre en branle la ré-animation de ce bon vieux Rock’n’Roll.

The White Stripes 1999

1994. Le blondinet à la voix cassée testait son nouveau joujou à balles réelles et s’explosait le ciboulot, laissant des fans aux cheveux sales désespérés et des traces rouges indélébiles sur le mur de derrière.
Le Rock Ricain s’endormait paisiblement sur la dépouille encore chaude du leader de Nirvana et allait user jusqu’à la corde le joli pull en laine tricoté par le groupe de Seattle et ce, jusqu’à écœurement.

De nombreux groupes profitant de cet emballement « Nirvanesque » aux retombées juteuses ; de ce Grunge devenu machine à sous, rejetons à cheveux longs et converses cradingues du défunt Punk, viennent sucer le sang de cette mouvance en vogue.
Cette culture underground sortie de l’ombre par le talent du blondinet héroïnomane et déferlant sur les ondes de nos radios, faisant de cette culture underground, le tout-venant mainstream de toute une décennie.

Le Rock Ricain tournait en rond et commençait à se mordre la queue.

Le filon Grunge se tarissait imperceptiblement à grands coups de groupes formatés et mous du zboub où les cheveux sales restaient, hélas, le seul lien tangible avec ce genre musical.
Après avoir liquidé (et putain c’était pas un mal !) la vague de Glam Heavy à paillettes, ce Hard Rock FM où chanteurs peroxydés en futal moule-burnes se pressaient les roustons pour monter dans les aigus et exploser ta canette de bière chaude, le Grunge avait fini par mourir en se tirant, à l’image de son « créateur », une bastos dans la tronche.

C’est un Rock’n’Roll ronronnant tranquillement et engraissant dans son panier, préférant laisser sa place de leader au fringuant Hip-Hop ou à une Brit Pop triomphante, que trouve les dénommés : Meg et Jack White. Un Rock redevenu prévisible et gentillet.

Meg et Jack White. Deux mômes d’une vingtaine d’années déboulant comme deux cheveux sales sur le potage Rock’n’Roll Américain.

Venus main dans la main comme frères et sœurs ou mari et femme ou ex-mari et ex-femme, un doute que le duo se fera un malin plaisir d’alimenter (Ils étaient mariés, puis divorcés) avec la ferme intention de dépoussiérer un genre en sommeil.
C’est de Détroit qu’ils arrivent, guitare sur le dos et baguettes dans la poche.
Détroit ! Motor City !! La cité du Rock bourrin et sans concessions.
Autant te dire que nos deux loustics biberonnant du Stooges et du MC5 depuis leur plus tendre enfance, nourri direct au nibard opiacé de l’Iguane ne sont pas venus pour faire de la figuration ou la première partie de Britney Spears.

Après quelques collaborations avec divers groupes du cru, passant allègrement de la gratte, à la basse, à la batterie ou au chant, Jack White lassé des efforts infructueux de ses différentes formations, décide de prendre les choses en main.
Il s’associe avec sa chère et tendre, lui file un tabouret, des baguettes et une batteuse, il s’empare de la guitare la plus proche et commence à cracher des accords Blues crades comme un peigne.
La sauce prend directement. Une mayonnaise électrique montée à la sueur et à la testostérone.

Les bases sont simples : Scier sa gratte sur des riffs Bluesy surpuissants, taper comme un sourd sur sa caisse claire et gueuler dans son micro comme si sa putain de vie en dépendait.

C’est un album dédié à Son House qu’ont voulu les White. Et c’est effectivement le Blues qui va bénéficier de son intra-veineuse.
Un shoot d’adrénaline en plein cœur d’un Blues poussiéreux et presque oublié.
Une aiguille rouillée plantée violemment dans les veines fragiles de grand papa. Une injection cradingue, un mélange improbable et dangereux.
Une guitare râpeuse faisant office d’électro-chocs, balançant des charges électriques de gouverneur Texan, réanimant et filant des jambes de vingt piges à un Papy Blues qui n’en demandait pas tant.
Une voix aiguë et imprévisible, distillant crachats et stridences venimeuses ou caressant d’une voix fragile comme du verre ton oreille interne.
Une énergie Rock foudroyante, une insouciance Punk et un profond respect pour le matériau d’origine, dans une même dose. Une putain de dose de cheval qui réveillerait un mort.
Une sincérité juvénile, l’authenticité Rock au fond des yeux, une rage adolescente pour lier le tout et achever le rétablissement de Papy.

C’est un disque d’une pureté trouble comme un diamant brut que l’on sortirait de la boue.
Le manifeste bruyant d’un retour aux sources, de la recherche de cette candeur Rock virginale.
Une page écrite, ré-écrite, raturée, déchirée qui redeviendrait blanche et vierge comme le premier feuillet d’un livre qu’il reste à écrire.
Un ouragan furieux, dévastateur et salutaire, détruisant cet ancien monde croulant et stérile pour rebâtir, sur des bases enfin assainies, le nouveau temple du Rock’n’Roll.

Renaud ZBN

The White Stripes est paru le 15 juin 1999 sur Sympathy for the Record Industry

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