Un havre de paix : tempête familiale dans un Kibboutz

Avec ce premier long-métrage, Yona Rozenkier assène une bonne droite au culte de la virilité de la société  israélienne. Un havre de paix, vraiment ? Plutôt tout le contraire

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Le cinéma est friand de réunion de familles, sujet susceptible à engueulades, mise au point, scandale…et émotion également. Dans Un havre de paix, plusieurs éléments rendent encore plus explosives ces retrouvailles de trois frères (Itai, Yoav, Avishai) venus enterrer leur père. Nous sommes dans un kibboutz (micro-société refermée sur elle-même), près de la frontière libanaise en proie donc à la menace quotidienne de se prendre une roquette du Hezbollah sur la figure…pas vraiment de quoi apaiser l’atmosphère. Et puis Avishai, le benjamin, doit partir à la guerre dans quelques jours – ce qu’on déjà connu ses deux grands frères –  la tension est palpable, la peur aussi malgré la véritable préparation militaire dirigée par Itai. D’autant plus que Yoav avait fui le Kibboutz pour Tel-Aviv, laissant à ses frères et à sa mère, le soin de s’occuper d’un père moribond.

Il ne faut pas se tromper : Un havre de paix n’est pas un film sur la guerre, ni directement sur Israël. Le film dénonce de manière plus universelle, une société de la virilité qui nie la sensibilité, les failles et les traumatismes au profit d’une apologie de la force brute et du courage. Dans le contexte spécifiquement israélien, cette virilité exacerbée, dénuée de toute psychologie, trouve dans l’armée et dans la guerre sa meilleure expression – pour un peu, on se croirait à Sparte. Il est question de rites de passage : petits, les enfants devaient braver les vagues et plonger dans une grotte sous-marine ; grands, c’est l’engagement Tsahal et le baptême du feu (la violence devenant source de plaisir).

Cette ode à la virilité archaïque se poursuit de génération en génération, avec l’aval passif des mères, et si l’on ne s’y soumet pas, l’on passe immédiatement pour un lâche – même post-mortem, le père autoritaire continue à lancer des défis « virils » à ses enfants. Avishai va devoir choisir : soit suivre Itai, le fils fidèle qui cherche à l’endurcir et aller se battre, soit tout abandonner et suivre Yoav qui s’est rebellé et a fui.

Tourné dans le kibboutz même où le réalisateur-acteur (Yona Rozenkier interprète Itai) et ses deux frères-acteurs ont vécu, Un havre de paix est un film de famille – ce qui donne une dose supplémentaire de force et de sincérité à une oeuvre qui n’en manquait déjà pas.

Denis Zorgniotti

Un havre de paix (Hatzila)
Drame israélien de et avec Yona Rozenkier
avec Yoel Rozenkier, Micha Rozenkier
Durée : 1h31
Sortie : 12 juin 2019

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