Let’s rock : le retour sans surprise de The Black Keys

Let’s rock est le neuvième album de The Black Keys. Et de rock il est indéniablement question. Dans la plus directe trajectoire des hits du groupe. Pour un album très/trop léché, très/trop calibré pour la réussite, très/trop destiné à rassembler et plaire. C’en est presque dommage.

THE BLACK KEYS
Credit : Alysee Gafkjen

Depuis 2008, quand j’ai découvert le cinquième album du groupe Attack & Release, l’annonce de la sortie d’un nouvel album des Black Keys est toujours un événement personnel. Voici qu’en cette fin de mois de juin le duo annonce son neuvième album, let’s rock, après une pause de presque cinq années. Petite révolution perso: je n’ai qu’un petit panthéon personnel du rock, et Dan Auerbach / Patrick Carney en font partie

Alors diantre, pourquoi, pourquoi, pourquoi, je ne suis pas sorti de l’écoute de ce nouveau disque avec la banane capillaire et zygomatique que le duo d’Akron, relocalisé à Nashville, arrive à me procurer depuis près de 10 ans? Hein Pourquoi? Je vous jure promis, je l’ai écouté et réécouté encore et encore ce Let’s rock. En me disant que progressivement je l’aimerais de mieux en mieux, hein hein… Que comme l’inégal Turn Blue de 2015 je finirais par y revenir… Je ne me convainc pas. Bon je repasserai ici, dans un an, me contredire directement sur cette chronique, dans l’hypothèse où…

the black keys - Let's rockMais il n’y a guère que lo/hi qui repasse toujours en boucle dans mon lecteur avant de démarrer cette critique. Et un seul titre sur les 12 que compte un album, un morceau pour lequel j’ai envie de crier au génie, c’est peu pour un de mes groupes préférés. Trop peu. Pas qu’il soit foncièrement mauvais hein cet album, la plupart des titres sont tout à fait écoutables. Mais pourtant, rares sont ceux où je ne sens pas ni la redondance dans la mécanique à faire des tubes calibrés ou une sorte de recette pré-établie.

Quasi inexistants sont les titres où j’ai l’impression que le groupe ne se copie pas lui-même. Tu notes, lecteur, que je ne vais pas jusqu’à écrire “ se parodie” lui-même. Non quand même, le duo Auerbach / Carney a le respect de l’auditeur et a établi un certain standard de qualité. “La musique est bonne” dirait Jean-Jacques. Alors d’où vient ce haussement d’épaules? Essayons de lancer quelques pistes: le dossier de presse est rarement une aide à l’analyse. J’y repère cependant deux éléments forts mis en avant.

L’obligation

Auerbach et Carney sont sortis complètement cramés des tournées consécutives à Turn Blue. Secs, avec des velléités à se ressourcer en produisant d’autres sons, d’autres artistes. Le retour au studio, n’avait rien d’une évidence. A-t-il été une envie ou une nécessité ? Il a d’ailleurs été pris comme un exercice moins rock and roll que d’habitude. Le duo s’est astreint, quand bien même il prétend n’être rentré en studio sans composition, à une discipline d’horaires de bureaux pendant des sessions calées à l’avance. Chaque journée a donné un morceau ou presque, puis il a été choisi d’élaguer dans la grosse vingtaine qui sont sortis de ces sessions. Pourquoi j’ai pensé: la PME The Black Keys a bien bossé? Hé bien parce que l’album ressemble à tout nouveau téléphone Apple sorti depuis 5 ans. Il ressemble au précédent, on sent qu’il donnera de belles photos, un bel écran, et une meilleure batterie. De la bonne came assurément. Transpose ce ressenti à un groupe de rock et tu peux ressentir mon désarroi face à Let’s rock. Il manque ce petit supplément d’âme que je demande à mes idoles.

Le poids de sa propre “légende”.

Le même dossier de presse rappelle que, dans l’histoire du groupe, chaque nouvel album est entré dans les charts à une place plus haute que le précédent. Turn Blue entrant directement à la première position. J’imagine la pression sur l’enregistrement: premier album en cinq ans et quasi obligation de faire aussi bien sinon mieux que le précédent, sans perdre sa fan base large comme le monde entier depuis Lonely boy. De ce poids dans lequel on ne compte plus les socles de grammys awards, il ressort un album qui “revient aux premières amours du groupe”… Euh ben non, un album qui s’inscrit dans l’exact sillon de ce qui a fait son succès FM.

Le même blues référencé, les mêmes power hits, les mêmes solos sales, les mêmes grattes National, Silvertone, Harmony chargées en gras, et quelques mêmes pédales d’effets garantissant le “son” blues rock / garage Black Keys. La plupart des titres “majeurs” sont calibrés pour la FM et pour les gros Zénith: Shine a light va cartonner en radio, on joueraTell me lies et Go à toutes les fêtes de la musique de France. Sorte de sparring partners de Lonely boy aux ingrédients similaires. Le son est peaufiné pour “sonner sale comme du Black Keys”. Plus d’erreurs, plus d’imperfection en studio. Les deux renards sont devenus producteurs et ça s’entend. Ils produisent un album des Black Keys. Même l’incursion hippie sit around and miss you ne surprend pas. Et pourtant elle n’est pas si mal cette chanson en mid tempo: mais alors pourquoi je m’y attendais, pourquoi même le clip a l’air d’un clip des Black Keys?

Là tu me diras que je suis chié, parce que bon, enchaîner dans plusieurs disques des morceaux de la trempe de Lonely Boy dans l’histoire du rock, ce n’est pas donné à tout le monde. Ben oui. Mais la redondance dans la méthode, me rappelle trop que le groupe en est à son neuvième album et que rares sont les groupes qui arrivent si loin dans leur discographie en gardant intact mon intérêt. JE NE VOULAIS PAS L’ONCE D’UN DESAMOUR avec les Black Keys, okay ? Je voulais du renouvellement éternel, de la recherche d’un ailleurs sonore, d’une continuation de voyage au pays du blues rock. Pas, comme Auerbach le rappelle dans le dossier de presse: revenir au son originel du groupe. Le son originel du groupe je le connais, j’ai huit album sur Spotify pour ça tudieu.

Mais ça s’écoute, t’inquiète !

Une fois passées ces deux pieux plantés dans mes oreilles de fan, que reste-t-il de mon plaisir à l’écoute de Let’s Rock?

L’anecdote du titre emprunté aux derniers mots d’un condamné envoyé à la chaise électrique qui sert de pochette? Non, c’est glauque? Le plaisir de savoir qu’au moins la radio locale du sud Seine-et-Marne passera un titre rock écoutable dans les six prochains mois ? Mouais.
Le constat sonore de me dire que The Black Keys redonde dans un genre qu’il est le seul à avoir popularisé mieux et plus globalement que John Spencer ? Oui.
Sans doute aussi me rendre compte qu’une génération de collégiens de plus découvrira le groupe par le biais d’un album  quand même pas dégueu, et qu’il rajeunira les fosses pendant les concerts. Ça ça plait à mon âge de daron.
Le côté convivial de retrouver encore de vieux amis, aussi. Mais en fait ce  lo/hi qui lorgne vers les années 80 et ZZ Top reste mon plaisir majeur sur let’s rock. J’aurais peut-être aimé pouvoir m’accrocher plus longtemps à ce nouveau filon de relecture musicale, par ceux qui restent parmi mes musiciens préférés.

Denis Verloes

The Black Keys – Let’s Rock
Label : WEA international
Date de sortie : 28 juin 2019

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