Iggy Pop – Free : l’iguane change de peau… pour le meilleur ou pour le pire ?

A 72 ans, Iggy Pop fait partie des derniers survivants parmi tous ces artistes qui ont traversés les 50 dernières années à peu près sans dommage. Avec Free, l’iguane s’offre un (dernier ?) album sage et teinté de jazz. Audacieux ou totalement raté  ? Ici, les avis sont tranchés sur la question.

photo Iggy Pop © Harmony Korine

POUR :

Il y a des albums que l’on sent crépusculaires, qui ont des allures de cri dans la nuit (Love Missing) ou de prière avant l’extinction des feux (Sonali). On ne veut pas jouer les oiseaux de mauvais augure, mais on garde quand même en mémoire le son, la tonalité et le sens du testamentaire Black Star de David Bowie paru en janvier 2016.
Avec Free, on est assez loin du rock posé du Post Pop Depression réalisé avec Josh Homme en 2016. Ici, les guitares sont très en retrait pour laisser place à des musiques ambient jazz. On se dit alors que peut-être Iggy Pop a voulu s’offrir une dernière parenthèse, un disque plus tranquille et plus facile à porter sur scène, avec des musiques qui ne l’obligent pas à se contorsionner et se trémousser dans tous les sens.

A 72 ans, il s’offre ainsi un album en forme de sas de décompression, un truc qui va désarçonner les fans purs et durs de l’iguane mais qui va toucher le public d’une manière différente, les amener sur des terrains moins balisés qu’à l’accoutumée.
Si tout n’est pas réussi dans ce disque (comme l’horrible Dirty Sanchez),  globalement  la démarche d’Iggy s’avère intéressante et très touchante, notamment dans cette manière de poser sa voix différemment, presque de nous susurrer à l’oreille par moment, avec des morceaux totalement envoûtants (Glow In  The Dark et We are The People), ou en mode crooner (Page) avec un final qui plus est très « Lynchien ». Un disque court, osé, mais terriblement attachant.

Benoit RICHARD

CONTRE :

iggy pop - freeRappelons-nous : la disparition de Bowie, et le flashback / hommage magique sur les « années berlinoise » concocté avec l’aide du disciple Josh Homme, dans un Post Pop Depression qui devint sans trop de peine le sommet – avec The Idiot et Lust for Life, logistiquement – d’une carrière solo pour le moins irrégulière. Rappelons-nous aussi : la tournée suivante de l’Iguane, accompagné d’un rare combo puissant et hargneux, lui permettant de tutoyer sur scène les cimes à nouveau, malgré une fatigue physique de plus en plus visible. Et puis revenons à aujourd’hui, avec ce Free qui nous ramène pitoyablement vers les pires dérives de sa trajectoire, entre chanson française visitée en touriste et tentatives abstraites mal gaulées. Lancé comme une déclaration d’intention, sur le refrain connu et usé du « j’ai décidé de ne faire que ce que j’ai envie » (comme si ça n’avait pas toujours été le cas !…), Free est un gloubi boulga à la fois insipide et indigeste (un comble !), à la surface duquel ne surnage évidemment que la voix radioactive de celui qui pourrait chanter le bottin et rester encore intéressant.

Après une intro « honnête, » qui pose les bases de ce qui va suivre, Iggy Pop nous offre une bonne chanson (Love’s missing), avec une certaine tension, qui fera dramatiquement défaut dans tout ce qui va suivre) et demi (James Bond, l’une de ces plaisanteries un peu absurdes dont il a le secret). La suite hésitera sans pitié entre l’atroce (Dirty Sanchez, et ses paroles grossières indignes de l’intelligence de l’Iguane) et le soporifique (la seconde partie de l’album). Iggy a visiblement confié les clés du camion à d’autres (Leron Thomas et Noveller…) qui lui ont pondu un jazz ambient à la mode mais littéralement informe, sur lequel il pose ses textes et sa voix en s’en foutant visiblement complètement. Tout cela est très vain, mais ne dépare finalement pas au milieu d’une bonne dizaine d’albums précédents à peu près du même acabit.

Mais vous savez quoi, Free ou Orange, nous, on sera toujours là devant la scène à la prochaine ressortie sur les routes du vieux fauve, ça c’est certain !

Eric Debarnot

Iggy Pop – Free
Label : Caroline International
Date de sortie : 6 septembre 2019

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