[Netflix] The I-Land : les grands fonds

Poussées par la nécessité d’alimenter leurs plateformes toujours plus populaires, Netflix et consorts produisent de plus en plus n’importe quoi : The I-Land est un bel exemple de ce phénomène.

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Pourquoi perdre son temps à chroniquer ici un tel désastre ? Parce qu’on a perdu son temps – cinq précieuses heures – à le regarder ? Parce qu’on se sent le devoir d’avertir les téléspectateurs qui pourraient eux aussi se laisser tenter par cette revisite de Lost (des gens qui ne se connaissent pas se retrouvent prisonniers sur une mystérieuse île) ? Parce qu’on a trop l’habitude de défendre ici les « produits » Netflix pour ne pas également dénoncer les dérives d’un système aux effets pervers indéniables ? Certainement pour toutes ces raisons, et aussi parce qu’on aime trop les récits SF sur les réalités virtuelles pour ne pas maudire une trivialisation de leur usage qui ferait se retourner dans sa tombe ce pauvre Philip K. Dick

Il faut aussi déplorer la tendance au remplissage – il faut bien nourrir la « bête » (la plateforme…) – qui transforme ce qui aurait dû être, et aurait été, à une autre époque, un film de série B sympathique en une mini-série interminable. Car si l’idée de base du scénario, malgré son invraisemblance « économique », justifiée à la toute fin (on appréciera) par la montée des eaux causée par le réchauffement climatique, en vaut bien une autre, il aurait fallu pour faire « vivre » ce Koh-Lanta futuriste, qui laboure obstinément l’éternel même champ puritain de la culpabilité et de la rédemption et fait de la famille la source inévitable de tous les malheurs et de tous les traumas, bien plus de talent que n’en a Neil laBute : remarqué à ses débuts pour son In the Company of Men, Neil a eu en effet depuis une carrière tellement consacrée à la série Z involontaire et au DTV que lui confier un tel projet relevait de la part de Netflix soit de l’inconscience, soit plus certainement d’un jmenfoutisme absolu.

Affreusement mal écrit, et oscillant entre ridicule constant et gâchis systématique des quelques bonnes idées du scénario, The I-Land souffre en permanence d’une interprétation à la dérive, qui confirme la négligence générale et l’amateurisme du projet. Et le condamne à être un fiasco intégral, malheureusement représentatif de l’évolution récente de la Série TV, en passe de redevenir le sous-produit culturel abêtissant qu’elle fut durant des décennies avant l’explosion qualitative des années 90.

Tout cela n’est pas une bonne nouvelle.

Eric Debarnot

The I-Land
mini série américaine de Anthony Salter et Neil Labute
Avec : Natalie Martinez, Kate Bosworth, Ronald Peet
7 épisodes de 40 min
Genre : Science-fiction
Mise en ligne sur Netflix : 12 septembre 2019

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