[VOD] The King of Staten Island : la thérapie de Pete

Avec The King of Staten Island, Judd Apatow dresse le portrait touchant d’un jeune adulte marqué par le deuil, Un film inspiré de la vie de son acteur principal, Pete Davidson, repéré dans le Saturday Night Live.

THE KING OF STATEN ISLAND
Copyright 2020 UNIVERSAL STUDIOS.

“Il finit par rouvrir les paupières et se retrouve au milieu d’un accident qu’il n’a en rien provoqué. L’évitant de justesse en accrochant un autre véhicule, il continue sa route.” En quelques minutes, Judd Apatow met en lumière tout le caractère du personnage interprété par Pete Davidson : Scott est passif, lâche, égoïste. Il va mettre un temps considérable pour évoluer, guidé par les paroles de Kid Cudi durant cette séquence : « I’m just what you made God — not many I trust. I’ma go my own way God, take my fate to wherever you want ».

Sorti durant cette étrange année 2020, The King of Staten Island s’inspire de la vie de Pete Davidson, celui-ci l’a par ailleurs co-écrit aux côtés de l’humoriste Dave Sirus et du réalisateur Judd Apatow, connu pour tourner en dérision des inadaptés sociaux notamment avec la série Freaks & Geeks ou le célèbre 40 ans, toujours puceau. On y suit le personnage de Scott, 24 ans et amateur de drogues, squattant chez sa mère à Staten Island, cinquième arrondissement de New York, que Davidson prend plaisir à critiquer dans de ses sketches au Saturday Night Live dont il fait partie depuis 2014. D’abord en jouant dans des saynètes, notamment aux côtés d’un certain Adam Driver, puis en ayant une chronique régulière : le Weekend Update où il réagit à la fois sur l’actualité et sur sa vie personnelle de manière cynique. En France, on peut le rapprocher de Roman Frayssinet dont les interventions dans l’émission Clique portent la même bienveillance accompagnée d’une certaine nonchalance.

The King of Staten IslandApatow et Davidson se rencontrent peu avant le tournage de Crazy Amy, après que ce dernier eut été présenté par Amy Schumer. Le réalisateur lui offre alors un petit rôle dans le film. Par ailleurs, c’est grâce à ce tournage et sa rencontre avec Bill Hader sur le plateau qu’il intègre le SNL puisque ce dernier est un acteur récurrent du show et le recommande chaudement auprès des producteurs de l’émission. Cette expérience à la télé fut très gratifiante à Pete, mis à part un différend avec Louis C.K. qu’il tourne en dérision dans son très bon spectacle Alive From New York disponible sur Netflix.

Le processus d’écriture de The King of Staten Island ainsi que son tournage ont eu un effet cathartique pour Pete Davidson. Il a pris conscience de son total manque d’empathie et, en décidant de finalement écrire sur sa vie, il parvient à en extraire l’origine de ses maux. Le décès de son père, Scott Davidson, pompier au World Trade Center, en est le fondement ; et lorsqu’il se retrouve face à un incendie pour la première fois durant le tournage, il demande au réalisateur de filmer ses réactions en premier car il n’est pas capable de rester sur le plateau.

Mis à part l’utilisation du prénom de son père pour le héros, Pete met donc beaucoup de sa vie dans le long-métrage notamment en y faisant participer nombre de ses proches. Sa sœur, Casey Davidson, interprète la vraie fausse copine d’un des amis de Scott ; son grand-père écope de très bonnes répliques lors de la fête au début du film ; Ricky Velez, l’un de ses meilleurs amis, fait partie de la bande du héros. Velez s’implique tellement dans The King of Staten Island qu’il en deviendra co-producteur au même titre que Dave Sirus. Enfin, une partie des pompiers de la caserne sont de véritables soldats du feu (Steve Buscemi portait d’ailleurs l’uniforme avant sa carrière d’acteur), certains sont même des anciens collègues de Scott Davidson tel que John Sorrentino. Ce dernier a avoué être touché par la démarche du fils et fier de participer au projet.

Judd Apatow met brillamment en scène les confessions de l’humoriste en se concentrant sur les émotions de Pete “Mon but n’était pas de faire une comédie mais de raconter une superbe histoire avec des touches d’humour”.  Il se concentre à raison sur les personnages plutôt que sur l’humour, ce qui constituait un défaut de certains de ses précédents films comme En cloque – Mode d’Emploi notamment. Ils ont tous leur importance dans cette narration très rythmée et bourrée d’improvisations (la scène dans le ferry en première place) rappelant le stand-up par lequel Apatow est passé depuis son précédent film et auquel il rend hommage dans son formidable Funny People ainsi que dans son livre d’entretiens, Mes Héros Comiques.

La musique de Michael Andrews, collaborateur récurrent des productions Apatow (Funny People Walk Hard : The Dewey Cox Story – Mes Meilleures Amies), s’intègre parfaitement à l’ambiance du film à la fois chaleureuse et névrosée. Le choix de commencer le film par un morceau de Kid Cudi traitant de la dépendance et de l’autosuffisance pour finalement terminer sur un autre morceau de l’artiste appelant à essayer d’être heureux tout en sachant que tout ne sera pas fait d’or montre l’étendue de l’évolution du personnage de Scott, et ainsi de Pete dans sa vie.  Ce dernier a d’ailleurs insisté pour utiliser des musiques de l’artiste : « Au moment où nous avons commencé à écrire ce film, Pete a dit que nous devions utiliser sa musique parce qu’il l’aimait et s’y rapportait, et cela lui avait été d’une grande aide pendant les moments difficiles. Il espérait que le film ferait la même chose pour d’autres personnes. ».

The King of Staten Island est un film collectif, qui ne serait pas ce qu’il est sans les costumes taillés sur mesure aux personnages de Sarah Mae Burton et la pellicule toujours aussi réussie de Robert Elswit, l’ancien chef opérateur des films de Paul Thomas Anderson. Il reste dans la simplicité sans pour autant basculer vers la facilité comme le prouve ce dernier plan de Scott face à Manhattan, prêt à prendre sa vie en main, et où en arrière-plan s’élève de nombreuses tours dont la Freedom Tower.

Nathan Peinturaud

The King of Staten Island
Film de Judd Apatow
Genre : Comédie et drame
Avec Pete Davidson, Marisa Tomei, Bill Burr…
Durée : 2h17 min
Date de sortie : 22 juillet 2020
Disponible en VOD et DVD