[Interview] We Hate You Please Die : “Arrêter d’attendre et vivre maintenant !”

Quand on est normands, punk-rockers et aussi enthousiastes que les quatre membres de We Hate You Please Die, ce n’est pas une petite pandémie qui va vous faire peur ! Alors que le second album de l’un des groupes les plus excitants de l’hexagone va bientôt paraître, il était bon de prendre un petit shot d’adrénaline et d’émotion avec ce quatuor au grand cœur !

We Hate You Please Die
© Charlotte Romer

“Un nom de groupe qui exprime notre colère…”

Benzine : Racontez-nous un peu d’où vient WHYPD !

Raphael : J’ai toujours rêvé de faire de la musique, c’est le rock qui m’a emmené à de grosses envies de fureur. C’est à la médiathèque d’Yvetot où j’habitais, que j’ai fait ma culture musicale, jusqu’au jour où je me suis mis à la batterie, au désespoir de ma mère… Mais ça ne dérangeait pas les vaches ! (rire). Je n’étais pas très assidu dans ma pratique musicale, même si j’ai participé à deux groupes. En arrivant à Rouen j’ai rencontré Chloé et je lui ai parlé de mes projets… et elle s’est mise à chanter ! On a gambergé quand même une dizaine d’années, on a fait de la pop, puis un groupe de synth punk… Mais il nous manquait de la rigueur, jusqu’à ce qu’on rencontre Joseph ! J’ai cherché une maison avec un jardin dans Rouen, et un jour j’entends du gros son, chez mon voisin qui jouait de la guitare : c’était Joseph ! Je lui ai fait écouter mes maquettes, je lui ai proposé d’être dans le groupe, et voilà…

Mathilde : Moi, j’étais aussi dans un projet de groupe, mais finalement Joseph m’a proposé de les rejoindre…

Joseph : Première répétition en mars / avril 2017. Et depuis, le line-up n’a jamais changé !

Benzine : Et le nom du groupe ?

Raphael : au Canada, ils trouvaient ça impertinent. « Sassy » comme ils disent…

Joseph : Ça vient du nom d’une chanson d’un groupe dans la BD Scott Pilgrim. Et dans le film, avec la BO de Beck, d’ailleurs…

Raphael : C’est un moment à mourir de rire dans le film, le groupe dédie le morceau à un spectateur qui les embête, qui met le boxon… On a choisi un nom sans concessions, à la fois pour jouer le jeu de la provocation, mais aussi comme catharsis, grâce un nom de groupe qui exprime notre colère. La chanson du même nom est aussi un fourre-tout pour toute notre colère. D’ailleurs, ça s’est comme institutionnalisé de la jouer en fin de tous nos concerts, parce que, peu à peu, à Rouen, les gens dans le public se sont mis à la chanter : du coup, c’est resté notre mantra !

Joseph : Et puis c’est compliqué de jouer d’autres chansons après, Mathilde ayant fait tomber ses cymbales ! (rires)

 

“Pour les changements de tessiture des voix…”

We Hate You Please Die
© Guillaume Kerjean

Benzine : Quelles seraient les influences musicales souterraines que vous revendiquez dans le groupe ?

Joseph : A l’époque du premier album, c’était plutôt le rock punk garage genre Oh Sees, Ty Segall…

Raphael : En fait on a quelques socles communs entre nous quatre, mais individuellement des influences très différentes…

Joseph : Moi, c’est System of a Down pour l’énergie en dents de scie…

Raphael : Moi aussi… et les Dead Kennedys pour la voix. Et bien sûr toute la clique grunge de Seattle…

Chloé : Le post punk et la cold wave. Plutôt le revival actuel d’ailleurs que les groupes originaux du début des années 80, même si je les écoute aussi…

Raphael : Ah, et Sonic Youth… et toute l’œuvre de Kim Gordon. Mais j’aime aussi beaucoup la pop, par exemple : Sia… et MGMT… Et dans le metal, Maximum The Hormone pour les changements de tessiture des voix…

Mathilde : en termes de batterie, mon influence, c’est Dave Grohl

Benzine : Parlez-nous un peu de la genèse de ce second album, qui va sortir le 18 juin…

Joseph : Eh bien, contrairement au premier, la composition des chansons a été très étalée dans le temps, sur un an et demi : depuis des vieux morceaux composés avant le premier disque, qu’on jouait déjà sur scène, jusqu’à des chanson écrites la semaine même de l’enregistrement… Donc du coup, l’album vient de plein d’endroits différents !

Mathilde : On a fait un EP aussi pendant le premier confinement, mais les titres du EP ne sont pas sur le second album, sauf Coca Collapse qui a quand même changé de paroles.

Joseph : De ce fait il y a plus de diversité, c’est plus pop d’un côté, d’un autre moins pop, il y a même quelques influences plus « doom ». Il y a une chanson post-rock et une autre post-punk. Mais ça va toujours droit au but !

Raphael : Il y a même un truc qui fait très Motorhead…

Le premier disque avait été fait dans l’urgence, avec un son très lo fi. Le second est enregistré et produit par le cinquième membre du groupe, Guillaume : c’est notre ingé son, on a réfléchi ensemble à ce qu’on voulait obtenir. On a enregistré chez lui, dans sa maison.

Mathilde : 10 jours à travailler comme on voulait dans cette maison !

Raphael : Oui, du coup, l’album paraît moins bourrin, mais il est en fait beaucoup plus féroce. Au début je voulais faire un opéra punk ! (rires)… Mais même comme ça, il y a un fil rouge entre les chansons…

La première chanson va sortir, elle s’appelle : Can’t Wait to Be Fine. Quand on a écouté l’enregistrement pour la première fois, c’était Wouaouh ! Et puis qu’est-ce qu’on pouvait trouver mieux que ce titre de chanson pour dire qu’il fallait arrêter d’attendre et vivre maintenant ?

© Lucie Marmiesse

“Ces vibrations uniques qui viennent des instruments…”

Benzine : Au-delà du problème critique mais temporaire, on l’espère, des concerts, comment voyez-vous l’avenir du Rock ?

Raphael : Moi j’ai peut-être une théorie, c’est que ça fonctionne par cycle. L’une des forces du rap c’est que c’est immédiat, et qu’on peut faire ça avec n’importe quoi, un ordinateur, un téléphone. Je pense qu’il va y avoir ensuite un retour vers le rock, parce qu’il y a les instruments, il y a ces « vibrations » uniques qui viennent des instruments.

Joseph : Je crois qu’il y a beaucoup de choses qui s’hybrident en ce moment, qui donnent naissance à de nouvelles musiques. Ma claque 2020, c’était Crack Cloud. L’avenir du Rock est dans le mélange !

Benzine : Il y a quand même encore des choses totalement originales qui apparaissent, non ? Black Midi par exemple…

Joseph : Oui, j’aime beaucoup black midi ! Justement, j’ai mis leur nouvelle chanson l’autre jour, mais Chloé m’a fait remarquer que c’était pas hyper adapté à l’ambiance ! (rires)

Chloé : Oui en effet, j’ai beau bien aimer, c’est pas le truc le plus écoutable en soirée ! J’ai limite trouvé ça angoissant sur le moment.

Benzine : Comme on disait à une époque, la bonne musique, c’est celle qui arrête les conversations ! Mais pour revenir à notre question, ce n’est pas préoccupant qu’il y ait de moins en de gens qui écoutent du Rock ?

Joseph : Il y a moins de gens qu’avant qui en écoutent du Rock, mais il y aura toujours assez de gens passionnés pour ça…

Raphael : Tant qu’il y a des gens aux concerts, ça va ! Même cinq personnes… Nous, de toute façon, ce n’était pas prévu d’en faire notre “boulot”, au départ ! Et puis tout est allé très vite, on en est arrivés là, il faut qu’on remercie tout le monde. Alors, tant qu’on peut faire des concerts…

Benzine : Justement, on a hâte que ça reprenne…

Raphael : Oui, on va chialer au prochain concert, ça c’est sûr !

We Hate You Please Die, c’est : Raphaël (chant, guitare) – Chloé (basse) – Mathilde (batterie) – Joseph (guitare)

Interview réalisé par Eric Debarnot

Nouveau clip : “Can’t Wait to Be Fine, en attendant la publication du nouvel album le 18 juin prochain :

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