Retour aux fondamentaux pour Mitski avec ce nouvel album : une production indie folk-rock aux petits oignons, quelques belles envolées art-pop orchestrales et cette écriture intimiste entre humour et cynisme très inspirée. Une pierre de plus dans une discographie irréprochable.

Devenue figure majeure de la scène indie depuis le milieu des années 2010, Mitski s’est imposée au fil des disques comme l’une des autrices-compositrices les plus singulières de sa génération. Révélée au-delà du cercle underground avec Puberty 2 en 2016, confirmée par le succès critique et public de Be the Cowboy deux ans plus tard, elle a su transformer une écriture très intime en véritable marque de fabrique. Une artiste capable d’être à la fois culte et populaire, radicale et accessible.
Alors que les deux derniers albums en date avaient vu la new-yorkaise tenter des choses artistiquement (la synthpop de Laurel Hell, l’esprit americana/folk orchestrale sur The Land Is Inhospitable and So Are We), le tout nouveau disque à date, Nothing’s About to Happen to Me, signe un retour vers les fondamentaux. Moins d’effets dans tous les recoins, on se reconcentre ici sur le gout aiguisé de la rupture qui envoie un titre à priori minéral vers des envolées d’art-pop sublimes (l’introduction In a Lake ou Dead Woman) ou un morceau rock minimaliste tendu qui finit par une explosion attendue (If I Leave).
Rien de spectaculaire ni de révolutionnaire sur le papier mais la bonne vieille formule fonctionne à merveille. Mitski en maitrise les moindres aspects et n’a plus qu’à apposer sa voix faussement douce, arme qui lui permet de jouer à peu près toutes les cartes, passant de l’émotion à l’humour cynique en un claquement de doigt. Ses textes viennent se calquer dessus et font le reste, entre anxiété banale du quotidien (Where’s My Phone ?), solitude et drôlerie noire (Dead Woman, Cats) avec une science méticuleuse du détail.
Déclinée sur une grosse demie-heure, la démonstration n’a pas le temps de connaître de temps mort. La durée concise permet de s’éviter trop de redite et rend l’écoute linéaire, agréable de bout en bout sans jamais avoir l’impression de s’ennuyer. Une belle affaire dans un style musical qui peut parfois faire perdre un bout d’attention. Mais il y a ici trop d’idées, trop de petits arrangements bien sentis pour perdre le fil, chaque minute peut réveiller quelque chose. Le final Lightning d’en être un excellent rappel avec sa montée progressive et son (trop court) feu d’artifice.
Nothing’s About to Happen to Me ne fait que confirmer le statut de Mitski en qualité d’artiste-autrice solide et exigeante. Moins spectaculaire et audacieux que ses prédécesseurs, il n’en demeure pas moins finalement l’un de ses plus cohérents et maitrisés. Et garder une certaine fraicheur après huit albums n’est pas donné à tout le monde.
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Alexandre De Freitas
