[Live Review] Morrissey à l’O2 Arena (Londres) : un double triomphe romain

Après avoir hésité, notre envoyé spécial à Londres pour assister au concert du Moz a décidé de partager ses sentiments sur cet événement descendu comme toujours par la presse anglaise, mais qui ne l’a pas déçu !

Morrissey O2 MEA

Au départ, je ne comptais pas écrire sur ce concert. En premier lieu faute de photos dignes de ce nom disponibles. Et surtout parce que je ne savais quoi faire d’un gig que je ne peux balancer aux oubliettes des concerts de Morrissey vus, en dépit de sa part de débattable. Les retours presse britanniques souvent très hostiles ont fini par me faire changer d’avis. Le concert (dont le seul écran géant projetait les images accompagnant le concert) était dès le départ placé sous le sceau de la polémique. Non seulement c’était le soir du show business britannique avec les Brit Awards… qui se déroulaient en plus « chez » l’ex-chanteur des Smiths, à Manchester.

Morrissey O2 posterCe concert incarnait un double triomphe romain : il accompagnait le premier album du Moz depuis 6 ans, et cette unique date britannique était celle d’un O2 londonien à guichets fermés. Double raison pour le Moz de fanfaronner un peu sur scène. Sur l’aspect revanche discographique, on se permettra de mettre un bémol : on pense personnellement que cette absence est liée à son fétichisme du label rock « mythique ». N’importe quel label mexicain aurait accepté un nouvel album, et le fandom de l’artiste aurait volontiers commandé ce dernier sur la toile. Sur le côté « revanche contre la cancel culture » : si l’artiste estime en avoir été victime sur disque, il n’a jamais été cancellé par les promoteurs de spectacle et encore moins par la fanbase.

Arborant une chemise à col relevé en probable hommage à Cantona, Morrissey semblait avoir retrouvé le sens de l’autodérision, avec des résultats inégaux : drôle lorsqu’il arrive sur scène en chantant a capella I Want to Know what Love Is de Foreigner, poussif dans ses allusions à la morphine. On a un peu tiqué à l’ouverture du concert : certes, Billy Budd n’est pas la meilleure manière de chauffer une salle. Mais il s’agit d’un morceau de Vauhxall and I, le chef d’œuvre de sa carrière solo. De même qu’on n’a pas goûté au peu de réaction à Now my Heart is Full du même album.

Entre les deux, on a eu entre autres le premier moment où le public s’est réveillé en mode karaoké (Suedehead). Et un peu du nouvel album : le complotiste Notre-Dame, un Make-Up Is a Lie bien côté texte, mais pas bien du tout musicalement. On est en revanche plus client que la presse anglaise de la reprise d’Amazona de Roxy Music, petit morceau du chef d’œuvre Stranded. Morrissey s’en sort mieux que lorsqu’il reprenait Street Life du même album, et le style de guitare pourtant pas très finaud de Carmen Vanderberg se marie bien avec le solo de Manzanera. Entre parenthèses, Roxy jouait à l’O2 la semaine où Morrissey se produisait à la Brixton Academy.

Le public retrouve une énergie sur A Rush and a Push and the Land Is Ours, morceau de Strangeways, Here We Come bien sûr jamais interprété sur scène par les Smiths. Le groupe joue dans un style bourrin mais efficace, avec un batteur énergique. Du nouvel album, The Monsters of Pig Alley est le meilleur titre sur scène, évoquant musicalement les débuts solo. Vient ensuite le moment où le monde a semblé s’accorder à mes désirs : une salle de la taille de l’Accor Arena communiant sur le sublime I Know It’s Over.

Le patriotisme d’Irish Blood, English Heart embarque ensuite l’assistance, en dépit de sa phrase introductive en mode « je me soucie de toutes les communautés, mais c’est la mienne qui est la plus menacée ». Puis rayon choix pertinent à l’heure où la guerre fait rage en Ukraine et au Moyen-Orient : World Peace Is None of Your Business. Sur ce coup-là, on ne fera pas de procès en démagogie à un Moz en grande forme vocale. Cette fois, le solo de synthétiseur de Camila Grey était réussi, contrairement au Zénith en 2026. Il fut suivi de la paire de classiques Everyday Is Like Sunday/How Soon Is Now?, prolongeant l’implication du public.

Prenant la suite d’un morceau du mal aimé Southpaw Grammar (Best Friend on the Payroll), la superbe Face B Jack the Ripper ne voyait pas comme à Paris le chanteur et son groupe noyés par la fumée. Ah, et cette fois le I Will See You in Far-Off Places, pas son meilleur titre solo, mais l’un des mieux produits sur disque (coucou Tony Visconti), n’avait pas seulement des airs de conclusion en mode « Vous ne vous débarrasserez pas comme ça de moi », grâce à son « Et si L’Amérique ne te bombarde pas » raccord de ces derniers jours.

Puis c’est le rappel unique : There Is a Light That Never Goes Out. Il m’a été difficile de ne pas être touché par sa reprise par une salle aussi « émotionnellement engagée » dans le morceau que le public des Gallagher à certains moments du concert d’Oasis en Ecosse.

Voilà : un fan marathonien des concerts du Moz m’avait dit avoir préféré réserver Valence dans la tournée actuelle, pour être dans une petite salle. Peut-être avait-il raison, d’autant que les retours de Lille semblent augurer d’un Moz moins « en guerre contre le monde entier » sur le Continent. Même si j’ai été un peu déçu de ne pas avoir entendu la superbe Face B Lost jouée comme sur d’autres dates de la tournée, ce concert londonien restera cependant dans ma mémoire. Peu importe les plaintes des journalistes présents qui parlaient en nostalgiques des Smiths. Un groupe qui, à titre personnel, m’inspire tout sauf la nostalgie, car mon amour pour lui est lié à certains des moments les moins joyeux de mon existence…

Ordell Robbie

Morrissey à l’O2 Arana (Londres)
Production : Live Nation
Date : le 28 février 2026

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