[Live Review] Geese et Westside Comboy au Bataclan (Paris) : les nouvelles stars

Pas de crise de l’énergie en vue pour cette soirée événement au Bataclan, avec les enfants terribles de Geese, précédés de la future sensation Westside Cowboy !

Geese Bataclan 04
Geese au Bataclan – Photo : Jean O

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Geese était attendu pour cette nouvelle date dans la capitale, après le triomphe, critique et public, de leur dernier album, Getting Killed, sorti fin septembre dernier. Les enfants terribles du rock new-yorkais ont réussi à incarner une relève crédible pour une veine à la fois énergique et lettrée du rock, trempée dans le meilleur de leurs glorieux aînés locaux (Talking Heads…) et du post-punk « canal historique », avec ce troisième album inespéré. Un phénomène renforcé par le succès du premier album solo de son leader, le charismatique Cameron Winter, publié fin 2024, et adoubé par Nick Cave lui-même. Preuve si l’en est de ce succès inattendu, une audience composée ce soir à 90% de vingtenaires, ou jeunes trentenaires, pour une première date parisienne sur cette tournée européenne. En réalité, il s’agit de la deuxième date parisienne annoncée, la première, à la Cigale, ce samedi 7 mars, ayant affiché complet très vite. L’annonce surprise de cette seconde date, la veille (le vendredi 6 mars), a provoqué une razzia rarement vue  pour un « jeune » groupe, les 1.700 billets pour le Bataclan s’arrachant en deux heures !

Westside Cowboy Bataclan 01Faisant partie des heureux élus, nous nous dirigions avec le cœur léger dans la salle du boulevard Voltaire, certains que la soirée nous offrirait de belles perspectives, d’autant qu’une autre sensation, Westside Cowboy, officiait en première partie, et pour ces deux dates. Secret d’initiés jusqu’ici, cette jeune équipe de Manchester, qui s’affiche sobrement en un mot descriptif sur Spotify (« Britainicana », soit le mélange de pop britannique et d’Americana), n’a sorti que dix titres, réunis dans deux EP, publiés en août 2025 et en janvier. En enregistrement, le mélange des influences, ayant une couleur dominante power pop, quelque part entre un axe briton English TeacherJames, et un autre Fountains of WayneNada SurfPavement, témoigne de qualités certaines, tout en n’offrant pas encore une identité artistique totalement stabilisée. Certains y voient des touches de country, pourquoi pas ? Même si c’est un peu tiré par les cheveux… D’autres comparent le groupe à Black Country, New Road, et la référence nous semble intelligible. Mais Westside Cowboy est beaucoup moins « art rock ».  Une chose est sûre, le premier album du groupe, à paraître dans quelques semaines, devrait clarifier les choses, et sera attendu au tournant.

Une autre chose est sûre : sur scène, le groupe s’est fait une petite réputation lors de ses premiers passages parisiens, notamment au Pitchfork Festival l’automne dernier. Le quatuor britannique déboule à 20h pétantes sur la grande scène, et nous offre une démonstration de ce que le rock devrait toujours être : une furie totale, jouée la rage au corps, quatre musiciens faisant corps, unis, impeccables, hurlant et déchaînés, tout en ménageant de rares moments de répits lors de courtes ballades réparatrices. Tout y passe ou presque de leur court répertoire, bientôt prolongé en premier album, les musiciens s’excusant de pas s’épancher avec le public entre les morceaux, pour en jouer un maximum. Westside Cowboy prend toutefois le temps de saluer quelques amis présents dans la salle avant de repartir dans une folle cavalcade de fin de set. Côté chansons, nous retiendrons pour notre part les singles récents Cant’ See et Dont’ Throw Rocks, chantées à deux voix, ce qui leur donne une dynamique plus complexe que leur mélodie. Le groupe termine à quatre, regroupés, devant le public, s’offrant un moment à la fois intime et de triomphe. Une première partie qui risque d’éclipser la tête d’affiche, cela arrive, et c’est rare : on se disait qu’on était un peu dans cette situation après ces 32 minutes brillantes en tous points. Totalement galvanisant, et d’ores et déjà un des très grands espoirs de 2026 et au-delà !

Westside Cowboy Bataclan

Pendant la demi-heure nous séparant de l’arrivée de la tête d’affiche, se produit alors ce phénomène étrange : la fosse se remplit d’un public exclusivement jeune, assez international, majoritairement anglo-saxon, mais on entend parler aussi espagnol, italien… Et un peu français. Ce public aussi très féminin, ce qui est suffisamment rare pour être souligné dans un concert de rock en 2026. La hype a aussi son effet au stand merchandising, où le groupe n’affiche pas du tout des tarifs pour étudiants ou jeunes débutant dans la vie active, avec ses multiples t-shirts à 40 euros, son hoodie à 80…

Geese Bataclan 02A 21h pile, les tant attendus Geese envahissent la scène dans leur formule habituelle : Cameron Winter (chant, guitare, claviers), Emily Green (guitare), Dominic DiGesu (basse) et Max Bassin (batterie), auxquels est adjoint pour la tournée le discret Sam Revaz (claviers). La scénographie est minimaliste, voire nulle, seuls des jeux de lumières sobres et efficaces appuieront la puissance du groupe dans les moments les plus tendus. Dans ce contexte, les regards convergent naturellement vers Winter, qui est une rock star désormais, ou pas loin, comme ont pu le constater les heureux témoins de son passage en solo au Cabaret Sauvage à Paris, en décembre dernier.  Avec lui, ça passe ou ça casse ; on adore ou on déteste. Evidemment, tous les membres de l’audience ce soir adorent ce chant nasillard, qui bénéficie d’un large spectre, et peut s’énerver fort, ou se montrer plus subtil.

D’emblée, Husbands, dont la mélodie monte doucement, Winter y déclamant que « You don’t have to waste your time » impose un son puissant, net et précis, et un savoir-faire mélodique, qui est la patte de Geese, affirmée avec Getting Killed. Soit des chansons syncopées, aux ruptures inattendues, mais sachant rester mélodiques, aux textes pas toujours clairs mais remplies de chevaux (que de « horses » dans les paroles !), comme sur les t-shirts à 40 balles du groupe. La suite sera à l’avenant, ce dernier album constituant l’ossature d’un set montant en puissance, jusqu’à culminer avec 100 Horses (sic), en milieu de set, le groupe calmant le jeu avec un Half Real de bonne facture. C’est alors le moment « oldies », avec les deux seules chansons issues de leur second album de 2023 (le débattu 3D Country) : le post-punk 2122, précédé d’un jam du groupe sur le Interstellar Overdrive de Pink Floyd, et Cowboy Nudes, sont des bons choix, permettant au groupe de redynamiser son show, tout en ouvrant une ouverture sur son répertoire plus ancien. Mais Geese affirme ainsi, en creux, ne pas vouloir revenir à son (salué) premier album de post-punk plus « classique », voire tendance poisseuse et britannique sur les bords (Projector, 2021). On n’aurait toutefois rien eu contre un ou deux extraits bien choisis, comme Rain Dance, qui auraient trouvé aisément leur place dans le set de ce soir.

Geese Bataclan 03La deuxième partie du concert tiendra toutes ses promesses, la tension ne se démentant pas sur les explosifs Cobra et Bow Down, où débute un premier vrai pogo des familles dans la fosse, avant les « tubes » Au Pays du Cocaine (sic) et Taxes, repris en chœur par une foule chauffée à blanc, y compris sur ce refrain dont on n’a toujours pas compris à quel degré il était : « If you want me to pay my taxes / You better come over with a crucifix / You’re gonna have to nail me down » (Si tu veux que je paie mes impôts / Tu ferais mieux de venir avec un crucifix / Tu vas devoir me clouer au pilori). Enfin, comme sur les autres dates de la tournée, la frénétique Long Island City Here I Come, qui clôture également le dernier album, nous rappelle l’origine new yorkaise du groupe, et sa capacité à transcender ses influences assumées (Talking Heads, voire Can). Pour la peine, le chanteur est passé aux claviers, à l’arrière de la scène, mais cela ne change pas grand-chose à l’effet produit sur un public rendu extatique par cette jam tendue et structurée, le moshpit voyant des slammeurs se lancer à présent . Car oui, le slam existe bel et bien encore, et des jeunes gens peuvent s’y adonner en 2026, dans un concert de rock : grâce soit décidément rendue à Geese ! Trinidad, avec son riff basique et efficace, sera la seule chanson du groupe retenue en rappel, prolongeant l’effet catharsis pour un public à présent complètement en état second, et clôturant ce concert intense, néanmoins professionnel (ce sont des Américains, rappelons-le), d’1h15 pile, comme sur toutes les autres dates. Paris ou pas. Bataclan ou pas.

Alors, tout ne fut pas parfait, c’est vrai : on aurait souhaité que le groupe communique un peu plus avec le public, prenne le temps de jouer une ou deux chansons de plus. Ou qu’on puisse le suivre partout, tout le temps, comme par exemple sur la version de 2122 précédée d’une jam sur du Floyd en milieu de concert qui nous un peu laissés perplexes, sur le mode « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ». Mais c’est aussi pour cela que l’on aime Geese, son caractère déstructuré, imprévisible, avec puissance et inventivité. Et on l’apprécie, et salue, plus que tout, cette capacité à se faire aimer d’un public et à prouver que le rock, même pas mort, est bel et bien en pleine forme en 2026.

Westside Cowboy :
Geese :

Jérôme Barbarossa
Photos : Jean O (Geese, Westside Cowboy / portrait) et Jérôme Barbarossa (Westside Cowboy / paysage) – Merci à eux

Geese et Westside Cowboy au Bataclan (Paris)
Production : Alias
Date : le vendredi 6 mars 2025

Leurs derniers disques :

Getting KilledGeese –  Getting Killed
Label : Partisan Records
Date de parution : 26 septembre 2025

 

 

 

 

 

So Much CountryWestside Cowboy – So Much Country ‘Till We Get There (EP – 5 titres)
Label : Adventure Recordings
Date de parution : 16 janvier 2026

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