The Bones of J.R. Jones – Radio Waves : nouvelle fréquence

Un an après sa parution américaine, le nouveau disque de Jonathan Robert Linaberry, alias The Bones of J.R. Jones, arrive enfin en France. Onze compositions baignées de folk et d’americana, marquées par l’influence de Bruce Springsteen, qui révèlent un artiste moins rustique et plus ambitieux qu’auparavant. Une réussite.

Photo : Christian Harder

Levons déjà le suspense sur l’identité de l’homme qui se cache derrière ce nom intrigant de The Bones of J.R. Jones : c’est en effet le projet de Jonathan Robert Linaberry, un auteur-compositeur originaire de l’État de New York, et plus précisément des Catskills.

Sa musique se situe au croisement du blues rural et de l’americana, du folk sombre et du rock alternatif, et rappelle par certains aspects la Southern Gothic de 16 Horsepower, notamment à travers l’utilisation d’instruments acoustiques. Il officie depuis pas mal d’années, puisque son premier EP date de 2012 et que Radio Waves est son 4e véritable album. Celui-ci marque un tournant dans la trajectoire de Jonathan Robert Linaberry, qui travaille ici pour la première fois avec un producteur extérieur, et rompt ainsi avec l’isolement de son processus créatif habituel. Cette nouvelle orientation vise clairement à élargir son audience.

Précisons-le d’emblée : une influence majeure traverse le disque. Dès les premières notes de Car Crash, il est évident que Jonathan Robert Linaberry a beaucoup écouté Nebraska. Avec Savages, c’est le Bruce Springsteen de Tunnel of Love qui affleure, en particulier Tougher Than the Rest, dont le morceau reprend très fidèlement l’atmosphère et certains choix d’arrangements. La boîte à rythmes et le synthé affichent une couleur années 80 assez marquée, qui tranche avec l’âpreté de ses compositions antérieures.

L’apport de Robbie Lackritz donne davantage de profondeur et de clarté aux arrangements, sans effacer la rudesse ni l’intimité qui caractérisent The Bones of J.R. Jones. La batterie électronique, plus sèche et mécanique, apporte une pulsation moderne qui contraste avec les guitares acoustiques et éloigne encore l’album du blues rural de ses débuts. Heart Attack est un morceau court et acoustique, avant que Shameless, l’un des temps forts, ne lorgne vers The National, du fait d’une façon de chanter proche de celle de Matt Berninger. Les paroles illustrent bien les thématiques de l’album : le poids du passé et les regrets affectifs, avec la route et la voiture comme symboles de la solitude : « It’s been so long since you’ve been gone / Since I was wrong / I’m still out here / Taking the long way home / I’m just feeling shameless / Caught in this light / I’m just feeling shameless / I still drive by our old house at night » (Ça fait si longtemps que tu es parti / Depuis que j’ai eu tort / Je suis toujours là / À rentrer chez moi par le chemin le plus long / Je me sens tout simplement sans pudeur / Exposé à cette lumière / Je me sens tout simplement sans pudeur / Il m’arrive encore de passer devant notre ancienne maison la nuit).

Ceux qui ont assisté au récent concert d’Alela Diane à Vincennes auront reconnu Paige Anderson, qui l’accompagnait sur scène. La chanteuse, issue de la scène folk et americana du Nevada, prête également sa voix à Ghosts, morceau convaincant, du moins jusqu’au passage des chœurs en « sha la la« .

Après un Hills qui se révèle au fil des écoutes, le plus rythmé Drive relance l’album avec une énergie plus franchement rock. La guitare, nerveuse, en fait l’un des morceaux les plus entraînants de l’ensemble, sur les terres des Black Keys. Malgré son nom, il n’est ici question ni de voiture ni de route, mais d’un état d’agitation : Jonathan Robert Linaberry essaie de dormir sans y parvenir.

Autre temps fort, The Devil évoque le Jason Molina des débuts, celui de Songs: Ohia, avec son folk dépouillé. Start Again fait ensuite entrer un piano crépusculaire, bientôt rejoint par des synthétiseurs et des percussions qui se déploient progressivement.

Une fois apprivoisée la batterie mécanique, Radio Waves s’impose comme une belle réussite : un disque qui modernise l’univers de The Bones of J.R. Jones sans en sacrifier l’intimité. Jonathan Robert Linaberry viendra le défendre sur la scène de Petit Bain le 16 octobre, jour de sa parution française.

Laurent FEGLY

The Bones of J.R. Jones – Radio Waves
Label : Broken Dog Publishing / Tone Tree Music
Date de sortie : 16 octobre 2026

 

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