Bertrand Belin était sur la scène du Théâtre Romain Rolland à Villejuif dans le cadre du Festi’Val de Marne. L’espace d’une soirée, l’artiste à l’absurde poésie, accompagné de ses six musiciens, a fini de séduire une salle déjà acquise à sa cause. Son jeu de guitare brillantissime n’y a pas été pour rien.

Je vais finir par croire que passer le périph’, pour aller fureter dans les concerts programmés en banlieue, c’est faire preuve de courage, mais aussi de la peur de ressembler à la majorité de ceux qui font grimper la moyenne d’âge d’une salle, aussi rock soit-elle. Et dieu sait si le Festi’Val de Marne offre des affiches alléchantes dans des contrées non parisiennes à ne pas manquer !
En effet, il nous en faut plus pour ne pas apprécier l’affiche de ce soir à Villejuif. Même si, autant être francs, nous pourrions passer sous silence la première partie, Savanah, autrice et interprète, accompagnée de sa guitariste. On pourrait la passer sous silence, c’est vrai, parce que nous ne sommes pas là pour dire du mal d’une artiste, surtout émergente. C’est un monde tellement dur, la musique, qu’on peut déjà saluer son tour de force d’être programmée au Festi’Val de Marne, qui plus est, en première partie de Bertrand Belin. Mais sa pop doucereuse et un peu naïve n’est pas taillée pour la scène. La recette : des boucles enregistrées qui structurent le morceau, une guitare un peu timide – sur le fond comme sur la forme -, et au final un goût un peu flou qui s’installe à mesure que Savanah déroule ses morceaux. Ce qui ne nous empêche pas, une fois rentrés, d’écouter l’album (Désillusions), sorti en 2025. Et force est de constater qu’il rend bien. En même temps, ne lui jetons surtout pas la pierre. Quelqu’un a dit : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron. » Savanah va se bonifier sur scène avec le temps, c’est sûr.
Passée cette déconvenue qui n’en était pas vraiment une, et après encore une poignée de minutes d’attente, Bertrand Belin, costume violet et mèches dociles, débarque sur scène avec pas moins de deux claviers, un piano, l’incontournable duo basse / batterie et un guitariste (très bon). Imaginez un peu ensuite quand le dandy rockeur se décide à son tour à s’emparer de sa guitare pour revisiter son dernier album, Watt avec des airs à la fois électriques et synthétiques. Oubliées les cordes, inédites dans le répertoire studio de Belin jusqu’alors, qui ont fait le sel de ce LP sorti en 2025. Il s’agit bel et bien là d’un set rock à en faire pâlir plus d’un !
Quand les premières notes de Que dalle tout, single de son album précédent, Tambour vision, se sont fait entendre, les synthés un peu cold ont pris le dessus pour une version revisitée du morceau. Et ça a fonctionné. Vint ensuite Sur mon 31, marqué par les mouvements de danse surréalistes de Belin. Fait notoire, il a été particulièrement bavard ce soir-là, drôle et sensible. Les morceaux se sont enchaînés à un rythme endiablé : les musicien.ne.s étaient tous meilleur.e.s les un.e.s que les autres. D’ailleurs, le chanteur n’a pas manqué de leur rendre hommage pendant toute la soirée. L’inconnu en personne, premier extrait de Watt, arrivé ensuite dans la set list, fidèlement et brillamment joué, a déclenché l’enthousiasme du public. Enthousiasme encore plus marqué quand Belin a entonné Oiseau, devenu un tube incontestable, qui devient sur scène un savant mélange de basse et de clavier, avec les fameux cuivres du morceau remplacés par sa voix juste et posée, sans fioritures. Tout le dernier album y est passé, sauf – on pouvait s’y attendre – le morceau éponyme, Watt, interprété en studio avec Rodolphe Burger.
Clou du concert, Belin n’a pas hésité à descendre dans la salle et à la parcourir de chaque côté en serrant affectueusement des mains et en prenant tout son temps pour aller aussi loin que le fil de son micro le lui permettait.
Deux rappels plus tard, les lumières se sont rallumées, et nous, nous sommes encore sous le charme d’une heure et demie résolument plus rock que le dernier album pouvait le laisser entendre.
Parlons peu mais parlons bien : Bertrand Belin est résolument sexy sur scène. Sa manière de bouger, de danser, de faire corps avec le micro, son costume impeccablement taillé et son jeu de guitare à se pâmer – vraiment ! – en font une véritable icône rock !
Rendez-vous maintenant le 17 au Pavillon Baltard à Nogent pour un autre tête-à-tête fiévreux, cette fois avec Benjamin Biolay…
Nadia Michaud
Savanah : ![]()
Bertrand Belin : ![]()
Bertrand Belin et Savanah au Théâtre Romain Rolland (Villejuif)
Production : Festi’Val de Marne
Date : 1er octobre 2026
Leurs derniers disques :
Bertrand Belin – Watt
Label : Wagram Music – Cinq 7
Date de parution : 3 octobre 2025
Savanah – Désillusions
Label : Yotanka Records
Date de parution : 7 novembre 2025
