Tramhaus – Blister : l’épreuve de vérité ?

Pour un groupe aussi impressionnant scéniquement que Tramhaus, et après un premier disque réussi, l’épreuve de vérité du second album s’avérait redoutable, et nos Néerlandais chéris ont joué quelques cartes inattendues. Est-ce suffisant pour autant ?

Tramhaus
© Marc Elisabeth

Ceux qui ont eu la chance d’assister à des concerts de Tramhaus peuvent tous en témoigner : ces Néerlandais sont depuis plusieurs années ce qui se fait de plus impressionnant scéniquement en matière de post-punk, se distingant sur un champ de bataille sanglant où les rivaux ne manquent pourtant pas. Et puis, surprise, leur premier opus studio, The First Exit, paru il y a deux ans déjà, ne nous avait nullement déçu alors que notre niveau d’attente était forcément très élevé.

BlisterCe qui nous amène aujourd’hui à la plus haute barrière qui soit dans la trajectoire d’un groupe à haute visibilité : le second album. Celui qui décide si l’on a affaire à un simple feu de paille, ou si l’on peut espérer apprécier leur musique sur la durée. Entre la répétition prudente de ce qui a fait leur succès jusque là, et le grand saut dans le vide vers… autre chose, Tramhaus a choisi une voie intermédiaire : pour ne pas perdre le cœur de leur public amoureux de leur intensité et de leur frénésie, tout en indiquant leur volonté d’évolution, la bande à Lukas Jansen explore, au fil des onze titres qui composent Blister, tout un tas de façons différentes d’aller au delà du post-punk, sans (trop) perdre de leur sauvagerie. Il s’agit de s’affranchir des étiquettes en travaillant de manière différente aussi bien les guitares, le chant que les arrangements des morceaux. Et, même si leur admiration pour les Pixies reste perceptible (comme sur Sly (Like Ever)), il s’agit d’intégrer de nouvelles influences, comme par exemple celle, nouvelle, des Deftones (et de Chino Moreno), qui imprègne un titre comme Overachiever, Big Believer.

L’une des évolutions les plus frappantes se trouve dans le chant de Jansen, qui hurle beaucoup moins systématiquement que de par le passé : sa voix, plus versatile, suggère désormais aussi la fragilité, l’épuisement ou la tristesse. Suivant les morceaux, on peut rapprocher son chant de celui de gens comme Perry Farrell, Kurt Cobain (sur I Was Never Alone ou Swarm, magnifique conclusion du disque), voire même Nick Cave (Cluster) par moments. Et il y a là la possibilité pour Tramhaus de mûrir en investissant dans une puissance émotionnelle qui aille au-delà de la violence et du volume sonore.

Mais peut-être que la grande différence avec les premiers enregistrements de Tramhaus, dont l’énergie positive était la caractéristique la plus frappante, c’est la prise en compte sur ce Blister de la fatigue – physique et mentale – du groupe, résultat d’années à tourner, à donner un maximum d’énergie au public. Et, comme l’a expliqué Jansen en interview, alors que les titres ont été composés et enregistrés rapidement, sans avoir été beaucoup joués sur scène, les références aux voyages, aux départs, à la « fuite » permanente que représente la vie nomade d’un groupe de rock, mais aussi à ceux qu’on aime et qu’on laisse derrière soi, sont apparues naturellement dans les textes des chansons. Finalement, il n’est pas interdit de lire dans le titre de l’album, Blister – c’est-à-dire « ampoule » – la métaphore de cette douleur qui naît d’une répétition de gestes, de frottements incessants sur le corps et l’esprit des musiciens.

Moins gai, donc, moins immédiatement enthousiasmant que ce que Tramhaus nous a offert jusqu’alors, Blister nécessite d’être écouté plusieurs fois avant de pouvoir être jugé de manière objective. Et il n’est pas impossible que certains y voient, en dépit des tentatives d’ouverture mentionnées plus haut, un risque de répétition d’un groupe qui a déjà énormément donné.

Ce qui nous amène à une double conclusion : d’abord, ce sera, évidemment, sur scène, que ces chansons prouveront réellement leur force, et trouveront leur sens ; ensuite, et ça ne surprendra personne, ce sera le troisième album qui permettra de trancher. D’ici là, soit les ampoules se seront transformées en corne dure et résistante, soit en plaies impossibles à guérir.

Eric Debarnot

Tramhaus – Blister
Label : Vicious Circle
Date de parution : 9 octobre 2026

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.