Fontaines D.C. – Dopamine Chamber : Haute Dose

Le virage et le carton Romance a fini de placer Fontaines D.C. parmi les figures de proue de la scène rock d’aujourd’hui. Le nouveau venu Dopamine Chamber poursuit dans cette direction et vient confirmer le statut de rouleau compresseur du groupe irlandais, devenu machine de guerre d’une redoutable efficacité.

© Photo : Elizaveta Porodina

Lorsqu’il sera temps de faire les comptes et de regarder dans le rétro de la décennie musicale 2020’s, il ne fait nul doute que le nom de Fontaines D.C. aura une place de choix tant le groupe irlandais s’est imposé comme l’une des références rock, si ce n’est LA référence, de ces dernières années. Un rouleau compresseur que rien ne semble arrêter, pas même et surtout pas le virage Romance opéré en 2024. Plus grand succès commercial du band jusqu’ici, une percée côté Outre-Atlantique avec une nomination aux Grammys, une critique dithyrambique, des festivals qui s’arrachent leur venue, Chatten et les siens ont non seulement réussi leur pari mais en plus conforté leur statut de bankable.

L’éternelle question du succès est de savoir si le plus dur est fait en atteignant le sommet ou reste à faire en s’y maintenant ? Pour trancher, Fontaines D.C. a décidé de se donner les mêmes grands moyens avec les mêmes grands remèdes. Initié pendant la tournée 2025 de son prédécesseur, Dopamine Chamber en est une continuité naturelle dans la direction artistique. Ce même goût de la grandiloquence contenue, des grandes embardées qui viennent gifler une fois portées à ébullition. Et le même James Ford venu prêter main forte à la production, rejoignant Chatten en Italie du côté de Palerme, pour peaufiner le disque.

Logiquement, l’écoute de cet album n’offre plus le même choc que leur mouture passée, et se présente plutôt comme un digne héritier fait du même bois et des mêmes structures. Il n’y a plus l’effet surprise donc, remplacé ici par l’effet grand barnum inarrêtable, une machine de guerre parfaitement huilée, emportant tout sur son passage à grands coups de compositions massives, taillées pour les stades.

Dès l’introduction Six Shot Morning, il faut attendre à peine 1 mn 30 d’échauffement pour que la machine à laver lance son programme d’essorage. Une mise en bouche à deux étages puisqu’une relance synth-pop fait son apparition à 2 mn 30, et on ne peut déjà qu’applaudir le spectacle pétaradant. Suit l’efficace premier single Marianne, et la vibe là aussi eighties new-wave/texte scandé qui fait son petit effet pour parachever l’entrée en matière.

La suite s’inscrit dans le même plan, avec un schéma désormais connu de tous : un début de morceau tendu, murmuré avant l’explosion pour épater la galerie. On pioche dans l’ADN du groupe, on passe de titres à l’ambiance shoegaze tels que le très bon Happy For You ou Demolition, l’indie-punk sur le petit tube You Miss Me, on retrouve des bribes de synthés électroniques un peu partout, des élans pop disséminés (Mimesis) voire des orchestrations lyriques sur le joli Where is Gone ? avec la participation de la star Rosalia, preuve du nouveau statut mais aussi de l’ouverture musicale de la troupe. N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Justement, en ayant maintenant une patte sonore reconnaissable, la possibilité de s’enfermer dans une recette qui fonctionne et de s’acoquiner avec des icônes pop, Fontaines D.C. doit éviter une sorte de « U2« -isation. C’est à dire de se reposer sur son nom pour capitaliser, en mode roue libre sûr de son talent et de ses capacités pour toujours attiser la curiosité, mais en privilégiant l’efficacité à l’expérimentation plus rugueuse. On n’en est pas encore là, fort heureusement, et il serait de toute façon bien trop tôt pour tirer des conclusions hâtives à ce sujet, seul l’avenir proche pourra mieux nous en dire sur les intentions artistiques du band. Mais il existe un monde où les quelques facilités ci et là (Japan, Tongue) deviennent des tics de langage fatalement redondants sur la longueur d’une discographie.

Ceci étant, ce Dopamine Chamber est, à l’instant T, un tour de force à l’image de son final Intimate, d’une puissance bluffante. Pour une entité qui a sans doute atteint son rythme de croisière et transforme actuellement tout ce qu’il touche en or. Car incontestablement l’opus saura trouver son public, rencontrer le succès et asseoir le statut de groupe rock incontournable. Et c’est tout sauf immérité pour les Irlandais qui n’ont jamais baisser le pied avec cinq solides albums en l’espace de sept ans.

Alexandre De Freitas

Fontaines D.C. – Dopamine Chamber
Label : XL Recordings
Date de sortie : 16 octobre 2026

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