« Le corset » de Louis Clichy : la légèreté du carcan

Pour son premier long métrage en solo, Louis Clichy puise dans ses souvenirs d’enfance pour raconter une adolescence entravée par le handicap, sur fond de crise du monde agricole. Mais loin du misérabilisme, Le Corset fait le choix de la légèreté, de l’humour et de la poésie. Un très beau film d’animation, où la fantaisie devient une manière de résister à la dureté du réel.

Le corset
© Eddy Cinema

Le Corset est en un sens le premier long métrage de Louis Clichy, jusqu’alors animateur pour Pixar (Wall-E, Là-haut) et coréalisateur avec Alexandre Astier des deux films d’animation d’Astérix. Un récit dans lequel il puise largement dans des souvenirs personnels, en tant que fils d’agriculteur de la Beauce atteint d’un handicap le contraignant à porter, aujourd’hui encore, un corset.

Le corset afficheTrois thèmes s’enchevêtrent dans ce tableau de la fin des années 80 : la déshérence du monde agricole converti de force aux méthodes productivistes, les difficultés à communiquer dans une famille au bord de la faillite, et l’initiation contrainte d’un gamin qui doit combiner la métamorphose corporelle propre à son âge avec un très coercitif carcan métallique.

Un matériau particulièrement intense qui pouvait alimenter un récit résolument pathétique, que Clichy contre immédiatement par une légèreté salvatrice. Les premiers symptômes de Christophe, qui ne tient plus droit, sont l’occasion d’un slapstick accru par la légèreté du dessin, courbes imprécises et fugaces sur fond d’aquarelles, faisant la part belle aux gestes et aux silences. De quoi alimenter cette question centrale des échanges au sein d’une famille ou la verbalisation n’est pas de rigueur, tout en jouant sur la capacité du protagoniste à faire pencher un monde au gré de sa fantaisie, voire sa colère.

Le regard sur la vie agricole, qui vient rejoindre cette récente et belle cohorte de films français sur « les territoires », joue donc sur les contrastes entre un environnement solaire, gorgé de vie avant la moisson, et la progressive asphyxie d’un monde au bord du gouffre économique. Christophe, représentant d’une nouvelle génération, troque le tracteur contre l’orgue, faisant la part belle à une musique qui va convoquer aussi bien Fauré que Stéphanie de Monaco et son Ouragan. La raideur imposée au garçon trouve un alter ego parfait en la personne de Clara, ado rebelle vautrée, toute en souplesse face aux rigueurs du système. Le récit initiatique, sans jamais s’appesantir de didactisme ou de misérabilisme, traque donc les rires et la tendresse, transformant les maladresses ou les écarts de conduite en surgissements de vie.

L’animation est de ce fait particulièrement bien exploitée quand il s’agit de restituer cette fraîcheur de la jeunesse, et faire vibrer un monde aussi riche de promesses que lourd de contraintes. Les embardées plus poétiques et fantasmagoriques, notamment dans un final haut en couleurs, sont évidemment le terrain privilégié de ce type de films qui n’ont que leur imaginaire pour limite figurative. Il n’était pas forcément indispensable d’aller aussi loin, mais on comprend parfaitement la valeur cathartique d’une telle libération au sein d’un récit qui, dans son intimité, allie authenticité, grâce et émotions.

Sergent Pepper

Le corset
Film franco-belge d’animation de Louis Clichy
Avec : Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin…
Genre : comédie dramatique
Durée : 1 h 29
Date de sortie en salles : 14 octobre 2026

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