Un an après son précédent album folk, Swirl, qui avait unanimement conquis le public, Flora Hibberd est de retour avec un disque plus orienté vers une pop électronique truffée de synthés analogiques et de cuivres savamment dosés.

Alors que l’actualité a tendance à se refroidir rapidement, de nombreux albums tombent dans l’oubli aussitôt leur chronique publiée. Si bien qu’on parle parfois trop vite des artistes au passé, alors que leur œuvre continue de vivre bien au-delà de sa période d’exposition médiatique. Pour son nouvel album, Mammoth, Flora Hibberd a invité plusieurs artistes à poser leur voix sur ses compositions (J.E. Sunde, Sufjan Stevens), ce qui témoigne de son ouverture musicale et de sa volonté de s’éloigner momentanément du folk.
Ce troisième disque pourrait à lui seul changer la donne, par son orientation résolument pop, reposant sur un art de la composition minutieux et maîtrisé, comme semble l’annoncer le titre d’ouverture, Bowling Ball. Sur Deltaplane, la voix flotte au-dessus du monde, il y a quelque chose de mystérieux et pourtant lumineux dans ces nappes de synthés, ces cuivres légers et cette lap steel qui enveloppent le chant presque méditatif de Flora Hibberd. L’enregistrement semble prolonger une expérience intime : composer une musique qui accompagne l’existence suppose de s’interroger sur ce qui nous rattache au réel. Sur le titre éponyme, Mammoth, le rythme s’emballe, sans jamais perdre de son intensité, on se surprend à fredonner le refrain et à le réécouter plusieurs fois. C’est cette introspection que Flora Hibberd exhume des profondeurs. Sa volonté de renouer avec une certaine poésie musicale ne consiste pas à reproduire les formes du passé, mais à faire coexister une écriture contemporaine et une sensibilité intemporelle.
La musique de Mammoth possède la même transparence lumineuse que sa pochette. L’album tout entier repose sur le charisme de Flora, sur sa propension à passer d’un genre à un autre. Rien ne semble gratuit dans les arrangements, les compositions reflètent la sensibilité singulière d’une artiste immédiatement identifiable. Son écriture conjugue une simplicité presque visionnaire et un art subtil de l’ellipse.
Les émotions affleurent de toutes parts, c’est avec Ache que l’album prend encore de l’ampleur, d’autant plus que les titres précédents nous ont déjà transportés dans cet univers lumineux. Sur Shelley, de facture plus classique, Flora Hibberd saisit l’instant, accompagnée de ses musiciens de studio. Mammoth apparaît avant tout comme une œuvre affranchie des angoisses existentielles de son auteure. Pour aller plus loin, il faut reconnaître que cet album échappe à toute classification trop rigide, tant ses chansons peuvent résonner avec notre expérience quotidienne. Comme l’oiseau qui chante ou la fleur qui déploie ses couleurs sans se soucier d’être admirée, Flora dessine de délicates arabesques musicales, un petit miracle qui donne envie de revenir à ses deux précédents albums, de se les approprier, jusqu’à ce qu’ils deviennent des compagnons du quotidien.
La musique a toujours incité l’être humain à exprimer ses émotions par le rythme et le chant, à raconter sa propre existence. La composition naît d’une intuition, d’une émotion, avant de prendre forme sous les doigts du musicien. Flora Hibberd réussit à concrétiser ses idées, ses visions, en les restituant de manière quasiment spontanée, dans un élan vibrant, porté par une énergie lumineuse qui, une fois canalisée, donne à sa musique une force capable de nous arracher à l’immobilité.
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Franck Irle
Flora Hibberd – Mammoth
Label : 22TWENTY | REDEYE
Date de Parution : 16 Octobre 2026.
