[Live Review] Ghinzu et We Hate You Please Die à l’Olympia : les diables rouges

Les impressionnants Belges de Ghinzu ont montré une fois de plus, hier soir à l’Olympia, leur maîtrise impeccable du live, rendant littéralement fou (de joie) le public parisien : une leçon de puissance.

Ghinzu 15.10.26 04
GHinzu à l’Olympia – Photo : Laetitia Mavrel

L’une des vérités indiscutables dans le petit monde du Rock, c’est que la Belgique est, et de loin, le pays du continent où l’on compose et l’on joue la meilleure musique. Et le retour de Ghinzu après dix-sept ans de silence a encore augmenté la taille du fossé entre la maîtrise belge et le reste de l’Europe. Ghinzu, un groupe redoutable qui nous avait balayés à l’époque avec ses albums Blow et Mirror Mirror, et qui est revenu, comme si de rien n’était, presque deux décennies plus tard, avec un nouvel album, et, surtout, des concerts impressionnants de puissance… Le seul problème, quand même, c’est que le public, très fan du groupe, qui a envahi l’Olympia deux soirs de suite les 14 et 15 octobre, a l’âge de John Stargasm et de sa bande, et qu’on ne voit guère de jeunesse dans la salle… ce qui est toujours une chose triste quand on doit constater qu’une formation avec un tel talent ne franchit plus le « plafond de verre » qui lui permettrait de recruter un nouveau public…

20h00 : L’Olympia n’est pas encore totalement remplie quand le trio rouennais de We Hate You Please Die attaque son set de 25 minutes, largement privé d’éclairage, ce qui n’est pas très élégant quand même. Mais Chloé, Mathilde et Joseph ne se départissent pas de leur habituelle conviction et de leur férocité, passant en revue sept titres de leur album Chamber Songs, datant déjà de 2024, dont les excellents Adrenaline, Stronger Than Ever, et surtout Lust en belle conclusion sonique. Leur musique est toujours aussi déterminée, relayant largement un militantisme bien de notre temps, même si elle est un peu moins punk qu’elle ne l’était aux débuts du groupe. Le public réagit favorablement, l’énergie déployée est convaincante, on regrettera seulement que le set ait été si court – après tout, il leur restait cinq minutes ! Et on aimerait bien que le groupe nous dévoile de nouveaux morceaux : sur la setlist, il n’y a qu’un seul titre qui soit un inédit, non publié sur disque. C’est Short Sighted, joué en avant-dernière position… En tous cas, ce set nous a donné envie de revoir rapidement le groupe dans une plus petite salle, et dans une atmosphère plus appropriée.

21h00 : Ça y est, ils sont là, les cinq de Ghinzu, et on sent déjà au frémissement de la foule l’enthousiasme des fans. When Other Worlds Await fait office de corridor d’entrée progressive – dans les deux sens du terme – dans la musique des Belges : le chant initial en falsetto de John Stargasm déconcertera ceux qui n’ont pas pris la peine d’écouter le dernier album, W.O.W.A., et le lyrisme croissant de la chanson ne débouche pas sur l’explosion d’intensité que l’on attend forcément de Ghinzu. C’est Cold Love, premier des trois seuls extraits de Mirror Mirror de la soirée, qui rassure les nostalgiques de la « grande époque » avec une belle accélération « rock ». On a connu John plus intense que ce soir, le frontman du groupe semble plutôt d’humeur bienveillante et décontractée, enchaînant les sourires et les blagues : il donne un peu l’impression qu’il attend que quelque chose démarre dans le public, et d’ailleurs, ce ne sera qu’au bout d’une quarantaine de minutes qu’il posera la question : « Bon, on peut débuter le concert, maintenant ? ». En revanche, aux deux extrémités de la scène, les deux guitaristes Greg Rémy – vite torse nu – et Jean « Montevideo » Waterlot se démènent comme deux beaux diables, et font le spectacle presque à eux seuls.

La setlist est, logiquement, largement consacrée à W.O.W.A avec huit morceaux interprétés, ce qui nous vaut plusieurs passages moins forts, où le groupe semble jouer la carte d’une musique recherchant une sorte d’ampleur plutôt que l’urgence rock, moins basée sur les guitares et pas aussi forte émotionnellement. Heureusement, il y a le très beau Out of Control qui allumera la mèche de la première déflagration émotionnelle de la soirée. Ce sera la montée en intensité de Dragster Wave, enchaînée avec l’hystérie de 21st Century Crooners, puis de Death Race qui nous rendront complètement le Ghinzu puissant que nous adorons en live : ce groupe qui nous fait hurler de bonheur et nous met les larmes aux yeux… ce groupe que, par moments, nous sommes prêts à célébrer comme l’un des meilleurs qui soient sur scène. Do You Read Me permet à John de démontrer pleinement son ascendant sur un public qui lui est désormais totalement soumis, et de la fosse au balcon, l’Olympia est en ébullition ! C’est bon, et c’est beau, cette ferveur !

Le set s’interrompt – trop vite – après une heure, ce qui a pour effet de nous frustrer, mais, pas d’inquiétude, il reste encore à Ghinzu quarante minutes pour nous faire à nouveau décoller. Deux rappels donc, l’un de quatre titres et l’autre de deux, construits sur la même dynamique : d’abord des explosions d’une folle puissance (Mirror Mirror, le colossal Blow), puis un retour au calme et à des atmosphères lyriques mais plus sereines. Ce serait presque frustrant, ce choix final de nous quitter sur un Forever, au texte certes approprié pour un au revoir, mais au romantisme qui tranche avec l’intensité que nous aimons le plus chez Ghinzu.

Même si ce concert a eu quelque chose d’une promenade en montagnes russes, ses moments les plus « hauts » ont été d’une force incomparable, et nul ne peut se prétendre le moins du monde déçu ce soir. Et finalement, peu importe que le public de Ghinzu ait vieilli en même temps que ses musiciens : pendant près de deux heures, nous avons tous retrouvé cette ferveur adolescente, cette foi absolue dans la puissance du Rock’n’roll, qui nous faisait croire que la musique pouvait changer nos vies. Et qui, certains soirs, nous le fait encore croire.

We Hate You Please Die :
Ghinzu :

Eric Debarnot
Photos : Laetitia Mavrel

Ghinzu et We Hate You Please Die à l’Olympia (Paris)
Production : Radical
Date : le jeudi 15 octobre 2026

Leurs derniers disques :

Chamber SongsWe Hate You Please Die – Chamber Songs
Label : NMAS
Date de sortie : 20 septembre 2024

 

 

 

 

GHINZU-WOWAGhinzu – W.O.W.A
Label : PIAS France
Date de sortie: 29 mai 2026

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