Ghinzu – W.O.W.A : Tout vient à point à qui sait attendre

Non, vous ne rêvez pas : Ghinzu nous reviennent après dix-sept années d’attente avec leur quatrième album W.O.W.A. Les années passent, mais le rock fougueux et sexy des Belges restent, et c’est là l’essentiel.

Ghinzu/PIAS ©Bob Jeusette

Dix-sept ans. Une longue période durant laquelle une vie change. Du temps pour se faire une carrière, faire des enfants et changer de catégorie d’âge. Pour les personnes qui ont eu la chance de découvrir Ghinzu lors de leur premier album Electronic Jacuzzi en 2000, les tempes se sont grisées, les verres de lunettes épaissis mais la passion demeure. Comment pourrait-il en être autrement avec ce groupe dont les trois seuls albums frôlent la perfection ?

Ghinzu se fait rare. On respecte leur rythme et on se doute que de nombreux autres projets guident leurs vies professionnelles. C’est aussi peut être ce qui les rend aussi particuliers : la qualité d’Electronic Jacuzzi, Blow et Mirror Mirror leur apportant un statut de groupe quasi-culte. Pour une majorité de fans, c’est le single Do You Read Me en 2004 et le tsunami qui s’est déclenché à sa suite qui les a enrôlés dans les armées de nos amis belges. En ce début de XXIe siècle, à l’heure ou les grosses guitares garage new-yorkaises venaient fermer le clapet de la juvénile Britpop, apparaissait un ovni, un son qui ne s’embarrassait d’aucune étiquette. Guitares rugissantes, piano envoûtant, un chant ensorcelant et des textes sensuels … Ghinzu a alors rappelé au monde entier où se situait la Belgique sur la carte du rock.

On se remémore les tournées gigantesques, surtout des musiciens ultra généreux sur scène et pas prétentieux pour un sou malgré le succès. L’élégance du style Ghinzu nous a porté jusqu’en 2009 où Mirror Mirror est venu clôturer une parenthèse dorée. Après cela, silence radio. Le groupe s’est bien rappelé à notre bon souvenir en 2015-2016 avec quelques dates en salle et en festivals, mais la nouvelle musique ne venait toujours pas. Nouvelle onde sismique en 2024 quand le groupe se met à raviver ses réseaux sociaux avec à la clé une tournée en salles prestigieuses, entre un Olympia à Paris et plusieurs Ancienne Belgique à Bruxelles, avec en prime quelques inédits dans les setlist.

Tout cela a ravivé notre flamme et c’est en cette fin de mois de mai précocement caniculaire que nous mettons la main sur W.O.W.A, quatrième album studio de Ghinzu. Qu’en est-il donc après tout ce temps à espérer ? Passée l’euphorie de la nouvelle, nous nous plongeons de façon sérieuse dans le disque aux treize pistes, car des come-back en forme de pétard mouillé, nous en avons malheureusement vécus de trop nombreux. Mettons immédiatement un terme au suspense : W.O.W.A, après dix sept années d’attente, se révèle plus qu’à la hauteur de nos espérances.

On démarre les hostilités avec un morceau fleuve de plus de sept minutes When Other Worlds Await, petite odyssée entre boucles hypnotiques et gros riffs ravageurs. La tension est un des ingrédients phares du rock de Ghinzu, et ici on ne cesse de naviguer en mer agitée. John Stargasm et sa voix de crooner déglingué au whisky nous mène par le bout du nez tout au long de ces morceaux. Le single Snow White, du calibre d’un Do You Read Me, coche toutes les cases : c’est prenant, dansant, sexy, voilà le style Ghinzu retrouvé et celui qui continue de guider les compositions du groupe malgré les années qui se sont écoulées.

La dualité est également un atout très habilement utilisé par les Belges : on passe de rage à douceur, avec entre deux des morceaux soul et jazzy tel Apologies qui rendent hommage aux références des musiciens. Les boucles electro ne sont jamais loin, elles sont habilement mêlées aux beats hip hop comme dans It’s The Law et ce mélange se fait dans une parfaite cohérence. Le piano de John est à nouveau mis en valeur dans le disque, on se laisse bercer par Fool ou Breathless où l’on y retrouve grâce et élégance, ce dernier clôturant le disque comme on regagnerait le plancher des vaches après un vol aux nombreuses turbulences, évidement dans un cockpit infernal aux sièges B et D.

Dix-sept ans, c’est long, peut-être trop sauf quand on aime profondément. Ainsi, le retour de Ghinzu dans nos bacs est non seulement providentiel dans le sens biblique du terme, mais en plus il se permet d’être parfaitement réussi. Voilà de quoi nous motiver pour la belle série de concerts que nous réserve le groupe à compter cet été pour revenir en conquérants dès octobre dans la capitale pour deux Olympias et entamer une tournée conséquente dans l’Hexagone.

Spoil Alert : nous en serons car qui sait où nous nous trouverons dans dix-sept années maintenant ?

Laetitia Mavrel

Ghinzu – W.O.W.A
Label : PIAS France
Date de sortie: 29 mai 2026

 

 

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