Bodega – All Inside Aquarium : le virage indie rock

Les New-Yorkais de Bodega sont de retour avec All Inside Aquarium, un album qui, comme d’habitude, devrait se révéler pleinement en concert. D’abord déconcertant par son orientation classic rock et indie rock revendiquée, le disque finit par séduire grâce à la qualité de ses compositions. Manifestement, Bodega tente de passer au stade supérieur.

Bodega

Ceux qui ont déjà vu Bodega sur scène le savent : le groupe compte parmi les formations les plus euphorisantes en concert. Mais il est souvent difficile de convaincre les non-initiés, ses disques peinant à restituer cette folie. Quelques semaines après son passage au Pop-Up du Label, où il nous avait offert la primeur de cinq des onze titres de ce nouvel album, All Inside Aquarium est dans les bacs. Il va faire couler pas mal d’encre, car Bodega y abandonne assez clairement les envolées post-rock qui ont fait le sel de ses premiers disques. Pas de Name Escape ou de Doers, mais un rapprochement avec un rock alternatif porté par les guitares.

Le morceau-titre avait été joué récemment à Paris et nous avions noté une similitude avec The Dandy Warhols. Elle est encore plus évidente sur disque, et c’est loin d’être une critique, car All Inside Aquarium est absolument irrésistible avec ses guitares jouissives. Bodega tente le tube, et cela peut marcher. Whether Me, qui débute par la basse tonitruante et très funk d’Adam See, voit ensuite Nikki Belfiglio déclamer les paroles, tandis que les motifs répétitifs de la guitare en font un pur morceau new-yorkais que David Byrne n’aurait pas renié. Pour ceux qui auraient des doutes sur la hiérarchie au sein de la formation, le clip précise qu’il s’agit du bulletin météo de Nikki et Ben Hozie, sans que les autres membres apparaissent. Literary World montre Bodega sous son jour le plus mélodique, avec une touche de britpop. C’est indéniablement très réussi, mais Astro Night Ride redonne un peu de peps bienvenu dans un registre totalement indie rock. Si l’on pense beaucoup à Pavement, c’est surtout en raison des guitares et de la désinvolture de la musique, plus que des paroles, très personnelles puisqu’elles évoquent un rêve dans lequel Ben Hozie se remémore sa mère disparue.

Pick Up the Check était très réussi en concert et tient toutes ses promesses en studio, porté par un groove dansant, des guitares puissantes et un refrain taillé pour être repris en chœur. Avec ses échappées shoegaze, le morceau confirme la nouvelle orientation plus ample et mélodique de Bodega. Ben Hozie utilise son chant rappé pour l’une des rares fois du disque. Les premières écoutes ne sont pas tendres avec Oxygen. À ce stade, la nouvelle passion de Bodega pour le rock indé américain sous toutes ses formes est patente, mais ce titre aux faux airs de sous-Weezer peine à convaincre. Fear Not the Fear tente ensuite de relancer l’énergie du disque avec ses guitares réverbérées, de plus en plus psychédéliques. Le morceau demeure pourtant assez moyen et s’étire sans retrouver l’inspiration du début de l’album.

On en arrive à Slow Train, que Bodega joue depuis longtemps sur scène sans l’avoir enregistrée. Il avait ainsi ouvert son concert de la Maroquinerie, en avril 2022, avec cette reprise improbable de Bob Dylan. Ben Hozie imite le chant de Perry Farrell tandis que les guitares singent Dave Navarro : Bodega nous offre sa version de Dylan façon Jane’s Addiction. Nous sommes loin de la suave version originale, sur laquelle sévissait Mark Knopfler, producteur de Slow Train Coming. Quoi de plus opportun que de livrer une chanson de Dylan que l’on ne reconnaît pas ? Y a-t-il, en effet, un meilleur hommage à rendre au barde de Duluth, lui qui s’amuse si régulièrement à rendre ses chansons méconnaissables en concert ?

Combustible est également une réussite, mariant l’esprit d’Echo and the Bunnymen à des riffs bien agressifs. Le groupe ne s’y est pas trompé et l’a déjà intégré à ses setlists. Pile Driver est, en revanche, la chanson que zapperont allègrement, ou au mieux toléreront, ceux qui écoutent encore des albums dans leur intégralité. Totalement anecdotique, ce rap de Nikki n’est pas sauvé par l’arrivée tardive des guitares. Heureusement, Backbeaten rehausse le niveau. Ben Hozie a manifestement beaucoup écouté le college rock américain : sonorités carillonnantes, légère saturation et refrain accrocheur composent un morceau aussi familier qu’efficace, mais qui peut faire grimacer les fans de la première heure. Enfin, Nikki a le dernier mot avec ce qui est probablement sa meilleure contribution au disque : Olivia est une ballade très agréable, mélancolique et lumineuse, qui clôt l’album sur une note apaisée.

All Inside Aquarium propose ainsi une synthèse globalement satisfaisante de post-punk et de dad rock. En délaissant une partie de la nervosité de ses débuts au profit de compositions plus amples et mélodiques, Bodega risque de dérouter ses fans de la première heure, mais pourrait bien toucher un public plus large.

Laurent Fegly

Bodega – All Inside Aquarium
Label : Chrysalis Records
Date de sortie : 9 octobre 2026

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