Avec Burn, Hollywood, Burn !, quatrième opus de la saga American Parano, Hervé Bourhis et Lucas Varela signent un polar historique brillant et nuancé. Une immersion totale dans la dérive sanglante du rêve hippie californien.

Après avoir disséqué les névroses du San Francisco de 1967 et la paranoïa new-yorkaise de 1968, le brillant tandem composé d’Hervé Bourhis et Lucas Varela pose ses valises dans la moiteur californienne de l’été 1969. Avec ce quatrième opus intitulé Burn, Hollywood, Burn !, les auteurs signent une œuvre saisissante où les désillusions intimes percutent de plein fouet la grande Histoire.
Nous retrouvons Kim Tyler, l’ex-lieutenant de police démissionnaire après l’assassinat du sénateur qu’elle était censée protéger. Désormais à la dérive et mère célibataire, elle est retournée vivre chez sa mère et se retrouve contrainte de travailler dans un « diner ». Sa trajectoire bascule à nouveau lorsque sa jeune collègue, Susan, succombe à une overdose dans les toilettes de l’établissement. Cette dernière gravitait autour de la communauté hippie du magnétique Charles Wilcox – un gourou aux airs de faux prophète directement inspiré de Charles Manson. Approchée par le FBI pour infiltrer l’université de Californie et surveiller les Black Panthers, Kim accepte le deal, mais avec une idée fixe en tête : infiltrer la « Family » de Wilcox pour venger la mort de son amie.
Hervé Bourhis, en fin connaisseur et exégète reconnu de la pop culture et de la musique, insuffle à ce récit une paranoïa ambiante redoutable. Pour parfaire cette immersion, le scénariste a eu la brillante idée de concevoir une playlist dédiée. En scannant un QR code apposé au début de l’ouvrage, le lecteur est instantanément bercé par la bande-son de cet été de tous les dangers, renforçant le contraste entre la douceur des mélodies de l’époque et la violence sourde qui s’apprête à éclater.
Visuellement, Lucas Varela réalise une véritable prouesse. Tout son art réside dans un paradoxe technique fascinant : utiliser les codes de la ligne claire franco-belge, par essence très lisible et épurée, pour dépeindre une noirceur humaine poisseuse et étouffante. Sa palette de couleurs, dominée par des tons pastel — des bleus poudrés aux oranges pop typiques des sixties —, est ici volontairement assombrie. Elle confère à ce Los Angeles de fin de décennie une atmosphère crépusculaire de fin du monde. Chaque arrière-plan, chaque affiche, chaque design de véhicule est une leçon de reconstitution historique minimaliste mais ultra-efficace.
Grand habitué des détournements pop-culturels, Hervé Bourhis s’amuse à parsemer le récit d’avatars romancés. Le lecteur prendra un malin plaisir à identifier les figures bien réelles qui gravitaient autour de la nébuleuse Manson à Los Angeles : on croise ainsi le batteur des Beach Boys, Dennis Wilson, le producteur Terry Melcher et même l’icône Jim Morrison, avec une mention particulière pour Frank Zappa que Lucas Varela croque à merveille !
Contrairement à ce que l’intensité de cet été 1969 laissait présager, Burn, Hollywood, Burn ! n’est pas le point final des aventures de Kim Tyler. Hervé Bourhis a d’ores et déjà bouclé le scénario du cinquième opus, que Lucas Varela est actuellement en train de dessiner.
Les chanceux visiteurs des Rencontres Chaland de Nérac ont d’ailleurs pu en avoir un avant-goût exclusif. Au cœur de la Galerie des Tanneries, qui abrite la superbe exposition rétrospective dédiée à Hervé Bourhis (invité d’honneur du festival cette année), cinq planches originales du tome 5 sont dévoilées en exclusivité. Et le virage s’annonce radical.
Désormais intégrée pour de bon au FBI, Kim Tyler y apparaîtra plus mûre, plus expérimentée et plus sûre d’elle. L’intrigue délaissera le soleil californien pour une ville imaginaire du centre des États-Unis, au Kansas, autour d’une macabre affaire de cadavres de vaches mutilées. Varela y déploie un encrage noir beaucoup plus dense et profond.
Tout juste pourra-t-on regretter que ce quatrième opus souffre d’une légère baisse de rythme en son milieu, la mise en place de l’infiltration prenant parfois le pas sur la tension dramatique. De même, le format classique de 64 pages laisse un léger sentiment de trop-peu face à la richesse d’un sujet si fascinant.
En attendant ce virage prometteur vers le polar le plus sombre, Burn, Hollywood, Burn ! n’en demeure pas moins un excellent moment de lecture. Malgré ces quelques tracas de rythme, ce tome 4 reste une pièce maîtresse de la rentrée littéraire. Les auteurs signent une brillante chronique historique en bande dessinée, qui parvient à capturer l’essence d’une époque charnière avec une redoutable acuité.

Christophe Pelletier
American Parano, tome 4 : Burn Hollywood, Burn !
Dessins & Couleurs : Lucas Varela
Scénario : Hervé Bourhis
64 pages
Editeur : Dupuis
Parution : 28 août 2026.
American Parano, tome 4 — Extrait :

