Un an seulement après La Fille aux yeux d’or, Fabrice Jambois nous offre un nouveau thriller de haut vol. Intelligemment construit, mais aussi très noir, Grandir comme la nuit nous entraîne dans les couloirs d’une étrange école, isolée dans les forêts des Vosges. Un roman difficile à lâcher.

Comme dans son précédent livre, La Fille aux yeux d’or, Fabrice Jambois nous propose un thriller choral dans lequel on va suivre plusieurs personnages que de tragiques événements vont réunir. Au début du roman, ils sont trois ; d’autres voix viendront ensuite compléter un récit à la construction impeccable.
Maud est une journaliste qui intervient en tant que bénévole dans une association qui vient en aide aux femmes victimes de violences conjugales. Elle même victime de la brutalité d’un homme, Maud s’implique avec dévouement dans cette mission. C’est ainsi qu’elle a fait la connaissance de Julie Allard, une jeune femme battue par son mari. Maud aurait aimé la convaincre de fuir avec son fils Daryl, un petit garçon de dix ans atteint d’une lourde déficience intellectuelle. Mais Julie a préféré renoncer. Cette décision se révèlera tragique car, après une énième dispute, le corps de Corentin, le mari de Julie, est retrouvé poignardé. Julie et Daryl ont disparu du côté de Baccarat, dans les Vosges. Maud part alors à sa recherche, talonnée par Fred, un policier dépressif au bout du rouleau…
Moins machiavélique peut-être que celle de La Fille aux yeux d’or, l’intrigue de Grandir comme la nuit brille par sa capacité à nous happer dès les premières pages pour ne plus nous lâcher jusqu’aux révélations finales, plus ou moins prévisibles, mais toutes parfaitement cohérentes.
Il faut dire que Fabrice Jambois évite les facilités dans lesquelles tombent de trop nombreux thrillers qui privilégient les cliffhangers à la vraisemblance du récit. Ici, ce sont les personnages qui concentrent dans un premier temps toute notre attention : Julie et Daryl bien entendu mais aussi Maud et Fred, deux personnages malmenés par l’existence mais qui s’efforcent de tenir debout : la première en se lançant dans l’écriture d’un livre sur les violences conjugales ; le second en consacrant toute son énergie à son boulot de flic. Ces personnages ont de la chair et ils nous touchent tous d’une manière ou d’une autre.
Puis, petit à petit les doutes s’immiscent à mesure que d’autres protagonistes apparaissent, en particulier les élèves de l’institut Montandon, une école réservée aux enfants à très haut potentiel intellectuel. Jambois est très doué pour instiller des soupçons par petites touches. Et si, ce que l’on avait lu jusque-là n’était qu’une partie de la vérité ? Voire un mensonge ? Manipulé, trompé, le lecteur en redemande tant est grand le plaisir de lecture.
Le romancier, qui signe là son troisième roman, s’installe donc dans la catégorie des auteurs à suivre absolument. Philosophe de formation, Fabrice Jambois allie rigueur et réflexion avec une intrigue qui interroge notre époque (avec la question des violences faites aux femmes) mais également les dérives de l’éducation expérimentale, un thème plus rare dans le polar. Le livre baigne aussi dans une ambiance particulièrement lugubre : les Vosges et ses immenses forêts fouettées par une pluie quasi incessante, et cette école Montandon que l’on jurerait sortie d’un roman gothique. Il nous faut toutefois avertir le lecteur des scènes particulièrement violentes qui surgissent dans le dernier tiers du roman. Ce sont des scènes clés pour comprendre l’ensemble du projet romanesque de Fabrice Jambois mais elles sont particulièrement éprouvantes. Mieux vaut le savoir.
Quoi qu’il en soit, répétons-nous : Grandir comme la nuit confirme le talent de l’écrivain, assurément l’un de nos meilleurs auteurs de thrillers, un genre très apprécié mais qui n’évite pas toujours les écueils de la dramatisation outrancière. Espérons qu’un large succès public vienne couronner le travail de Fabrice Jambois mais aussi celui de son éditeur, La Manufacture de livres, formidable pourvoyeur de polars.
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Grégory Seyer
