Control

control.jpgDifficile pour moi de parler d’un film comme celui-ci, sans être affecté profondément par ma sensibilité musicale. Groupe culte annonçant une décennie aussi pénible qu’un deuil, Joy Division est resté cette étincelle muette, sourde, absorbé par l’ombre par laquelle elle était déjà  arrivée. Eclat sans teint, la musique de Joy Division perçait par tous les pores obstrués de Ian Curtis, personnage maussade, chanteur mortel. Un regard à  la beauté électrique, un corps transi autant par sa fierté toute mancunienne que par ses convulsions foudroyantes. Charismatique, énigmatique, tous les termes galvaudés n’aurait d’intérêt, puisque trop faible pour le qualifier, que de l’ancrer dans un mythe musical au même titre que toute la file de suicidés de la »rock collection ».

Pourtant, Anton Corbijn (le réalisateur) n’insiste pas sur les faits nécessaires à  bâtir les jalons d’une mythologie. D.’autres l’ont fait, Corbjin les rapporte ainsi de façon presque informative (rencontre avec Tony Wilson de la Factory, polémique sur l’imagerie nazie, épilepsie sur scène, et suicide). Juste des repères scénaristiques. Finalement Control, c’est simplement le drame d’un garçon qui ne sait pas choisir entre deux femmes.
Que retirer de ce film ?

La qualité de la représentation : acteur incarné, environnement asthénique, dans un noir et blanc d’une consistante matière débordant l’attendu écueil industriel et désespérée qui colle à  la peau de Joy Division.
Contraste du blanc pris en tenaille par un noir profondément tumoral, sa jeune chair orgueilleuse palpite encore sur la granuleuse pellicule. Là  où il trouve recueil : chambre d’autel à  Bowie, concerts secoués par les prémisses post punk d’une Angleterre destroy.
Mais, le cadre ciselé du photographe isole notre personnage par l’élargissement continu, et mesuré des échelles de plans. Isolement plus tragique et ironique que sa solitude adolescente puisque Ian Curtis devient, d’abord, l’icône central d’un rock band émergeant de promesses, mais principalement ce jeune homme déchiré par deux amours. Isolement plus tangible parce qu’entouré par la dévotion. Corbjin dépasse la pose photographique crainte à  l’idée de ce biopic. Son noir et blanc éternel, creusé, épaissi de la poussière du fusain, esquisse forcément la pesanteur post-industrielle d’une pluie de suie »Manchester, sa banlieue Macclessfield, vivotaient après la récession économique succédant aux Glorieuses industrielles. Souffle de vie fébrile qui animait les jeunes des classes populaires, tel Curtis, qui, par la musique, épuisa cette énergie à  défaut de la transcender.

Mais le film reprend les thèmes chers du Corbijn photographe, cette sorte de retour intimiste comme une plongée dans le noir des idoles. La narration se chemine sur les travées d’un zigzag mental, d’un balancement de plus en plus accablé, entre son épouse et sa maîtresse. Rabaissant le mythe Curtis au niveau d’une lâcheté triviale, d’une faiblesse normale, Anton Corbijn réalise un mélo assez simple sur cet homme partagé, incapable de faire un choix. La mort de Curtis est y montré comme l’impasse fatale de son indécision, coincé entre ces allers-retours amoureux répétés jusqu’à  la haine de soi. l’amour, disait-il, a tué sa fierté. Le voilà  dépossédé de sa substance, jusqu’à  devenir une énigme si fardée de profondes frustrations, qu’il ne sera plus qu’une ombre fantomatique, sans poids, sans grain. Le noir et blanc a changé doucement de tonalité.

Sam Riley impressionne par sa capacité d’implosion en retenue. Toujours prêt à  faire craquer la surface vernie et distancié de son personnage, qui ne trouve d’exutoire que dans ce relâchement épileptique. Les séquences musicales (chantées par lui-même. Riley joue dans un groupe de rock) intensifie son exigeante incarnation : Riley reprend la gestuelle particulière, cette danse survoltée du chanteur de Joy Division. l’interprétation musicale se révèle excellente, bien aidé et supervisé par New Order (groupe des anciens membres de Joy Division). Ces éléments donne corps à  un ensemble homogène, évitant le hiatus entre scènes musicales et scènes quotidiennes.

Le passage cinématographique de Corbjin est acquis. Bien qu’il réalise un mélodrame assez classique et parfois longuet, le réalisateur assure du mouvement à  ces images soignées, développe une mise en scène de l’impasse. En optant pour un regard réaliste et prosaîque, Corbjin parvient à  étendre son sujet en transcendant les frontières souvent limitées du Biopic passioné.

Maxime Cazin

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Film britannique, américain (Biopic) – 1h58 – sortie le26 Septembre 2007
avec Sam Riley , Samantha Morton, Alexandra Maria Lara
la bande annonce sur Youtube

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