Tokyo !

aff film_6.jpgLes grandes capitales comme sujet et toile de fond sur lesquels planchent plusieurs cinéastes internationaux pour un film kaléidoscopique, ce n’est pas là  quelque chose de bien nouveau. Souvenons-nous : en 1989, Scorsese, Coppola et Allen réalisaient les trois sketches de New York stories. Il y a deux ans, ils s’y étaient mis à  une vingtaine – la fine fleur du gratin mondial – pour mettre en scène les fragments de Paris, je t’aime. En 2008, pleins feux sur Tokyo investi par trois cinéastes, deux français et un coréen.

Si les trois courts films abordent des histoires différentes et sont imprégnés de la marque de leur réalisateur, ils ont en commun de mettre en lumière des personnages marginaux – ou en voie de l’être – dont le retrait du monde se justifie ici par l’impossibilité pour eux à  vivre dans la capitale nippone.
Chez Michel Gondry, un jeune couple arrive à  Tokyo, hébergé par une amie dans un minuscule appartement. Si le garçon rêve de cinéma, sa compagne est plus indécise, tapie dans l’ombre de celui-ci. Son incapacité croissante à  être au monde passera par une étrange métamorphose – très kafkaîenne – dans laquelle elle finira par trouver une véritable utilité. Dans son refus de se fondre dans le moule moderne et oppressant, que son amie disciplinée a, quant à  elle, bien intégré, l’héroîne rejoint sans conteste le clan des personnages affectionnés par le réalisateur de La Science des rêves. Gondry paraît le plus en phase avec la culture japonaise dont il partage le goût du gadget, les ambiances décalées et ludiques.

Bien sûr, le court-métrage de Leos Carax, absent comme créateur depuis dix ans, était attendu. En le titrant Merde, on sait d’emblée que le metteur en scène de Mauvais sang n’a rien perdu de son désir de provoquer, de susciter polémiques et controverses. Ce qui ne va pas manquer d’arriver face à  cette farce grotesque et creuse mettant en scène Monsieur Merde lui-même, une étrange créature sortie des égouts, se nourrissant de billets de banque et de chrysanthèmes et terrorisant les habitants. Attrapé, emprisonné, il est ensuite jugé et défendu par un avocat français (Jean-François Balmer, qui en fait des tonnes et a heureusement l’air de beaucoup s’amuser), seul en mesure de dialoguer avec son client. Force est de reconnaître qu’on ne savait pas Leos Carax aussi drôle, joueur et politiquement incorrect. Son dégoût de Tokyo transparaît dans les propos qu’il fait tenir à  Merde (campé par le très caoutchouteux Denis Lavant) : en effet, celui hait les Japonais qu’il qualifie d’êtres dégoûtants, avec  » des yeux en forme de sexe de femme « . Alors oui, on rit mais on peut aussi trouver une certaine laideur dans Merde et l’exposé d’un discours plutôt convenu et superficiel.

Il a donc fallu en passer par deux films sympas, mais mineurs, pour découvrir la contribution de Bong Joon-ho – dont on garde en mémoire les excellents Memories of Murder et The Host. Si le héros du sketch est aussi retiré du monde, c’est de manière bien plus discrète et ne portant pas à  conséquence. En effet, Bong Joon-ho met en scène un hikikomori, espèce d’anachorète tokyoîte, retranché volontairement dans son appartement, limitant au strict minimum ses contacts avec l’extérieur. Les premiers plans découvrant l’antre impeccablement rangé et organisé confirment – si besoin en était – l’élégance du cinéaste coréen. Cependant, le bel agencement de l’existence de notre hikikomori va affronter quelques turbulences, à  l’aune des secousses sismiques qui touchent la ville.

Certes, les éléments inhérents à  la culture japonaise parsèment les trois petits films mais au final les histoires qu’ils mettent en images auraient très bien pu se dérouler dans n’importe quelle autre métropole. Le triptyque ne souffre pas d’incohérence mais Tokyo ! n’en demeure pas moins une oeuvre modeste, qui ne parvient jamais à  faire de son décor imposé un personnage à  part entière.

Patrick Braganti

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Tokyo !
Film allemand, coréen japonais et français de Michel Gondry, Leso Carax et Bong Joon-ho
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h45
Sortie : 15 Octobre 2008
Avec Ayako Fujitani, Ryo Kase, Ayumi Ito, Denis Lavant, Jean-François Balmer

La bande-annonce :

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