Les Plages d’Agnès

affiche_4.jpgElle se présente d’emblée comme  » une petite vieille, rondouillarde et bavarde « . Agnès Varda ne manque décidément pas d’humour et si on lui accorde aisément raison pour ses rondeurs et sa parole incessante, on a en revanche plus de mal à  la voir en petite vieille, tant l’énergie, le plaisir à  vivre et à  partager irradient le splendide documentaire qu’est Les Plages d’Agnès. Un film passionnant qui retrace les quatre-vingts ans – balais, le terme est plus approprié – d’une artiste sans cesse à  l’écoute du monde et de ses habitants, tout à  la fois photographe, cinéaste, vidéaste, plasticienne et organisatrice d’installations. Et qui n’a de cesse de se réinventer, d’aller de l’avant en regardant le passé et tous ceux qui ont disparu entretemps avec tendresse, sans jamais tomber dans la nostalgie ou les regrets. Les instants douloureux sont vite balayés par d’autres plus légers, plus joyeux et l’on aime beaucoup cette phrase ultime, :  » Je me souviens pendant que je vis., « .

De la Belgique à  Sète, de Paris à  Avignon, en passant par la Chine, Cuba ou Los Angeles, la vie d’Agnès Varda fut riche de rencontres et d’activités. Après une enfance heureuse dans le sud de la France au sein d’une famille de cinq enfants, la jeune Agnès va ressentir le besoin de sa liberté et de son indépendance qui va la conduire en Corse où elle sera l’assistante de trois pêcheurs. Cette vie rude et sans luxe, cette fréquentation des gens de peu vont durablement marquer la jeune femme dont les travaux futurs seront empreints du regard altruiste et curieux porté aux autres.D’abord photographe et documentariste, Agnès Varda se révèle par la même occasion une artiste à  part entière, exigeante et inventive, toujours en quête de procédés et de dispositifs au service de son propos. C’est pourquoi et en toute logique, Les Plages d’Agnès est-il un film foisonnant et dense, qui multiplie d’autant les angles d’attaque, les manières de revisiter le passé, qu’il soit celui de la sphère intime ou celui du monde du vingtième siècle. Dès la première scène, on voit Varda installant toute une batterie de miroirs sur une plage avec lesquels elle joue et décline à  l’infini les reflets et les images qu’ils renvoient. Cette volonté d’innovation perpétuelle émaille constamment le film, où Agnès Varda se campe comme spectatrice de son enfance et de son adolescence, interprétées par de jeunes comédiennes.

Si les plages sont primordiales pour la réalisatrice de Cléo de 5 à  7, c’est parce qu’elle les perçoit comme les bords d’un territoire, ceux par lesquels on aborde ou on s’en va. Considérant l’existence comme un puzzle, elle sait aussi la place particulière réservée aux bords qui permettent de structurer et d’achever l’oeuvre en cours. Donc l’oeuvre de Varda est protéiforme, nourrie de ses nombreuses rencontres. A sa façon, Les Plages d’Agnès est aussi une fantastique histoire des arts qui nous fait croiser Jean Vilar, Gérard Philipe, Godard, Resnais, Picasso, Jim Morrison, Nathalie Sarraute et tant d’autres. Et puis, bien sûr, Jacques Demy, le compagnon et l’alter ego, qui vécut avec Agnès rue Daguerre dans cette maison incroyable, tenant à  la fois de lieu de résidence, de studio d’enregistrement, de siège social, de décor de tournage. Des années passées avec Demy découlent les instants les plus forts et émouvants du film, notamment le tournage de Jacquot de Nantes, avec une équipe soudée et respectueuse autour des deux cinéastes.

Agnès Varda marche en arrière, semble ainsi rembobiner la bande de sa propre vie et se souvient. De tout avec l’envie de retenir quelque chose qu’elle sait éphémère. Comme la vie qui passe inexorablement, qu’elle quittera à  son grand regret seule – mais elle ne s’appesantit guère sur cette vieillesse solitaire, pas plus qu’elle ne s’est attardée sur l’évocation de la mort de son père. Plutôt que de sombrer dans la commémoration, Les Plages d’Agnès opte pour l’allégresse et la vitalité dans des scènes frisant le surréalisme, : la plage en pleine rue de Paris, la baleine en toile, les trapézistes au bord de la mer.
En plus d’être le parcours d’une femme formidable, Les Plages d’Agnès est aussi un bel hommage au septième art dont il montre en permanence les procédés. Ici tout se mélange, : passé et présent, réel et reconstitution, extraits de films et rushes de tournages, devant et derrière la caméra, dans le plan ou à  l’extérieur. Pour notre plus grand bonheur, on en ressort émerveillés et enchantés.

Patrick Braganti

5.gif

Les Plages d’Agnès
Film français d’Agnès Varda
Genre, : Documentaire
Durée, : 1h50
Sortie, : 17 Décembre 2008

La bande-annonce, :

Plus d’infos sur ce film

Envie de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *