Irène

affiche_16.jpgAvec Irène, Alain Cavalier poursuit le chemin vers l’épure et l’ascèse entamé depuis quelques années maintenant, en réalisant seul ses films sans comédiens à  l’aide d’une petite caméra DV. Il y a cinq ans sortait Le Filmeur, un journal intime en vidéo sur une période de dix années, méditation kaléidoscopique sur la fuite du temps. En 2009, cette thématique est encore largement présente à  travers l’hommage qu’il rend à  celle qui fut sa femme et mourut en 1971 dans un accident de voiture. Encore que le terme hommage peine à  qualifier précisément la démarche personnelle et radicale du réalisateur de Thérèse.

Prenant la forme d’une enquête fragmentaire, Irène aborde par la marge la mémoire de la compagne disparue et le travail de deuil qui s’ensuivit. Le film s’élabore et se construit devant nos yeux, sorte de †œwork in progress†, résultat des réflexions et des interrogations de son auteur. Comment filmer cette histoire, retrouver les éléments qui constituèrent la vie d’Irène et retracer les circonstances de sa disparition accidentelle. Alain Cavalier échafaude des projets, : embaucher une actrice pour interpréter Irène, entretenir un dialogue fantasmagorique avec Sophie Marceau, ou plutôt avec un poster de l’actrice, et surtout filmer au plus près des objets (lampe, écrits des carnets intimes, couette, oreillers, une tranche de pastèque creusée où un oeuf a été déposé pour figurer la naissance compliquée du réalisateur). Autant de signes éminemment subjectifs dont le choix nous est imposé, entremêlant fiction et réalité, temps de la remémoration (trente ans en arrière) et temps contemporain, ponctué notamment par les blessures et les maux dont le corps du cinéaste souffre, : crise de goutte, chute dans le métro, zona purulent, trace de la vieillesse sur un visage entraperçu dans un miroir.

La voix douce au rythme lent et mesuré, comme si Alain Cavalier cherchait le mot adéquat, crée un indéniable rapport de proximité avec le film, en relayant une véritable et bouleversante émotion. Loin de s’apitoyer, puisqu’il voulait à  l’époque se séparer d’une femme dépressive et suicidaire, Alain Cavalier tente l’impossible, : ressusciter une morte qui continue de le hanter et de l’obséder. Rongé par la culpabilité, le film devient une tentative de conjuration, de demande de pardon. Long poème d’amour sans fioritures, en n’exposant que la banalité des choses, sans presque jamais montrer Irène, le film ne cherche jamais à  être agréable ou facile d’accès. Ascétique, austère, la caméra fixée sur des objets à  priori insignifiants, supprimant du coup toute profondeur de champ, Irène requiert attention et effort, d’accepter de ne pas tout saisir des digressions de son auteur. Mais en revanche, le réalisateur ne laisse d’aucune façon à  l’extérieur le spectateur qu’il associe directement à  son étrange et envoûtant film.

Patrick Braganti

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Irène
Film français d’Alain Cavalier
Genre : Documentaire
Durée : 1h25
Sortie : 28 Octobre 2009

La bande-annonce :

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