Dog Pound

dog.jpg« Dog Pound » se présente à  priori comme un énième film de prison, filmé au cordeau et raconté avec une violente perversion envers la maltraitance des corps. Là  où le film dérange plus que d’autres, c’est qu’il met en scène des délinquants mineurs qui vont subir une sentence atroce dans un centre de détention où les rapports raciaux et les gangs existent toujours malgré la mise en place d’un système tout-sécuritaire »Dog Pound » parle d’une société cramée jusqu’à  la moelle à  travers cette prison allégorique (et pourtant existante au pluriel), maîtrisant ses effets sans tomber dans la violence gratuite. On aurait pu redouter une réalisation tape-à -l’oeil puisque Kim Chapiron a hérité de la nervosité clippesque du collectif Kourtrajmé, pourtant il n’en est rien ; sa mise en scène reste sobre, tout en couloirs qui défilent, cherchant l’ambiance clinique d’un lieu où la violence éclate par petites touches jusqu’à  une montée en puissance digne des grands moments du cinéma ‘carcéral’ américain. La direction des acteurs est magistrale (la plupart étant de vrais délinquants), justement parce qu’ils ne se réduisent jamais à  de simples accès de violence mais parce qu’au-delà  de leur regard saisissant existe une intimité de groupe qui laisse parfois vivre de belles scènes de dialogues paisibles où le sexe, la confiance et les aveux se rassemblent »Dog Pound » est clairement, dans sa forme, un film de maître, d’une intelligence technique redoutable et d’une force étonnante (ah!, la fin…). Là  où le film peut par contre poser un problème, c’est dans son absence de point de vue, et ce malgré l’excellente idée d’alterner les regards entre les gardiens et les délinquants, les pères de familles et les jeunes désoeuvrés. Chapiron montre subtilement la façon dont les deux côtés se dégradent jusqu’à  la confrontation fatale. Il sait aussi saisir la stimulation des deux partis, justifiant alors leurs erreurs. Mais de cette violence brutale où chacun semble subir le délit d’un autre (qui lui-même n’est que victime), Kim Chapiron semble hésiter : ses personnages, d’une barbarie sidérante (les jumeaux albinos sont d’inoubliables démons), avancent et évoluent vers une rébellion logique mais entre deux scènes l’attitude du cinéaste change, semblant ne jamais choisir entre une bande de tarés débiles où un groupe d’humains qui tentent de survivre. Quelques éclairs lumineux nous font pencher vers cette optique – un oiseau dans le ciel suffit à  dire le simple désir d’évasion – et quelques secondes après le récit retombe dans le graveleux et l’ultra-violent des comportements où la vengeance est le seul dialogue possible. Bien sûr on comprend que le pessimisme provient d’une pensée humaniste (sinon à  quoi bon faire tout un film en huis-clos sur de jeunes délinquants?), seulement le schématisme qui s’installe facilement entre le côté humain et animal de la jeunesse laisse à  désirer, nuisible au rythme fonctionnant pourtant sur des connaissances cinématographiques extrêmement bien assimilées et habilement réunies »Dog Pound » reste alors un film incroyable, à  la limite du grand film attendu, un spectacle de la violence qui, sans beaucoup de métaphores ou d’exemples, ni de mots, parvient à  dire quelque chose de fort, tout en limitant sa portée philosophique à  un refus de jugement pourtant bien vu. Cependant il manque la dimension radicale d’un film trop inaccessible comme »Hunger » pour en faire un grand film terrible »Dog Pound » a au moins pour lui ce qui à  l’inverse manque à « Hunger » cette relation spectaculaire avec le public qui n’est ni du voyeurisme ni de la violence gratuite, tour de force dans le cas d’un sujet aussi dérangeant. Il manque à  l’un le sens de l’accès dans son lyrisme morbide, à  l’autre la radicalité tranchante dans sa sobriété crue. Nul doute en tout cas que les deux films ensemble forment une très grande oeuvre.

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Jean-Baptiste Doulcet

Dog Pound
Film franco-américain de Kim Chapiron
Genre : Thriller carcéral / Drame
Durée : 1h31 min
Avec : Adam Butcher, Shane Kippel, Mateo Morales…
Date de sortie cinéma : 23 Juin 2010

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