Sous toi, la ville

Membre en vue de la †œ nouvelle nouvelle vague † du cinéma allemand, fondateur de la revue Revolver, le munichois Christoph Hochhà£usler signe avec Sous toi, la ville son troisième long-métrage, en prolongeant une oeuvre exigeante et minimaliste. Après avoir été inspiré par les frères Grimm (Le Bois lacté en 2004) et par le poids de sa propre famille (l’Imposteur en 2006), le réalisateur adapte cette fois à  la sauce capitaliste un épisode de la Bible, celui de David et Bethsabée, durant lequel le tueur de Goliath devenu roi envoie au combat et à  la mort son officier Urie le Hittite pour mieux séduire sa femme. En 2010, David s’est transformé en Roland Cordes, un banquier influent, désigné l’homme d’affaires de l’année, qui régit celles d’un consortium au sommet d’une tour à  Francfort-sur-le-Main. Quant à  Bethsabée, elle se réincarne en Svenja Steve, l’épouse d’un collaborateur récemment embauché du banquier, travaillant elle-même dans l’édition de photos.

Si le thème de la puissance mise au service d’un objectif personnel allant jusqu’à  la destruction de celui-ci n’est pas neuf (puisqu’il apparaît dans les textes religieux juifs), son implantation dans la société moderne des milieux de la haute finance et de l’art contemporain – dont on peut raisonnablement penser que le premier cornaque ou phagocyte le second – apporte un angle de vision inédit et donne tout son prix à  ce film pour le moins glacial, faisant froid dans le dos. l’instrumentalisation et la manipulation tant à  des fins privées qu’au service de transactions internationales règnent en maîtresses dans le quartier central de la ville allemande la plus américanisée, parsemée de gratte-ciels cathédrales de verre et de métal. Néanmoins, la quatrième place boursière européenne est également un important pôle scientifique et culturel, avec ses universités, opéras, théâtres et musées. Christoph Hochhà£usler réussit la parfaite fusion des deux mondes dans un film idéalement mis en scène, nous faisant pénétrer dans des univers où le cynisme et l’absence totale de principes constituent des modus vivendi coutumiers et partagés. Fonctionnant pour l’essentiel sur la verticalité, utilisant à  merveille les ressources du décor des tours francfortoises, Sous toi, la ville se singularise par l’élégance de sa mise en scène, , la complexité d’une construction scénaristique jouissive, même si les étapes des négociations de rachat et de fusion resteront hermétiques aux non-initiés. La fréquentation d’hommes d’affaires austères et calculateurs, se jouant du destin même potentiellement funeste de leurs subalternes, contient en elle son parfum capiteux et vénéneux qui en fait la toile de fond idéale pour un film oscillant entre drame passionnel et thriller financier. Christoph Hochhà£usler se sert avec bonheur de palettes chromatiques qui alternent le bleu et le gris des bureaux futuristes de Francfort avec les tons nettement plus chaleureux des appartements luxueux des banquiers ou des chambres d’hôtels abritant les ébats clandestins.

Très abouti dans son esthétique et dans ses choix tranchés de mise en scène – on trouve ici un emploi renouvelé du travelling latéral, aussi bien surplombant un lit dévasté après l’amour qu’un espace de bureaux – conjuguant avec brio l’étrangeté à  l’ancrage on ne peut plus réel pour le coup dans le monde capitalistique actuel, Sous toi, la ville confirme à  la fois le talent du cinéaste comme authentique formaliste, malgré un excès de rigueur et de désir parfois affecté de vouloir trop bien faire, et la vitalité du mouvement auquel il appartient.

Patrick Braganti

Sous toi, la ville
Drame allemand de Christoph Hochhäusler
Durée : 1h50
Sortie : 15 Décembre 2010
Avec Robert Hunger-Buhler, Nicolette Krebitz, Mark Waschke,…

La bande-annonce :

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