Le Voleur de lumière

Quel soulagement de voir qu’aujourd’hui le système de distribution européen, au-delà  des infamies commerciales qu’il propage logiquement, peut favoriser au public l’accès à  une cinématographie aussi rare et inconnue que celle du Kirghizistan. Aktan Arym Kubat, largement remarqué il y a une petite dizaine d’années avec Le Singe, sélectionné à  Cannes pour Un Certain Regard, revient avec un film libre comme l’air, une farce sociale et humaniste qui ressemble à  du Kusturica apaisé, abandonné à  un comique moins codifié et plus réaliste.

Il a fallu des années pour que ce film trouve un financement suffisant et qu’une voie d’exportation digne de ce nom lui soit offerte. Au final il serait dommage de reculer devant ce petit joyau d’une sincérité désarmante, évitant le plus souvent les écueils de la naîveté. Le récit se concentre sur le combat d’un électricien qui vient voler les sources de lumière pour les donner à  ceux qui n’ont plus les moyens de payer leurs assommantes factures. Le Voleur de lumière est un film simple qui dit avec une grande économie de moyens l’opposition entre le monde urbain et les villages reculés, l’électricité devenant à  tout prix une métaphore politique, une lumière redonnée à  ceux qui vivent dans l’ombre des zones évoluées et surpeuplées. Le cinéaste, lui-même villageois, se défend de nous montrer un seul plan d’une société industrialisée et prise dans les filets de la technologie ; mise à  part la présence de quelques voitures l’action se situe dans la rusticité d’un village montagneux. Et de ce retranchement naît une passion pour les choses simples, les mots et les visages, les présences, les touches burlesques aussi. Il n’y a aucune violence rude dans ce film généreusement humaniste. L’action évolue par bribes inégales, préférant la succession improvisée à  la scénarisation millimétrée qui sans doute enlèverait au film son immense charme. Car c’est une esthétique en soi que l’on voit dans cette totale liberté de mouvements, de situations et de lieux.

L’oeuvre semble guidée au gré du vent, la révolte politique grondant sous le ciel orageux et les pointes d’émotion et d’humour sur les jeunes souffles du vent frais. Voilà  un élément immatériel qui pourtant semble manifester sa présence à  l’écran, par le son mais aussi en rendant vivant les beaux cadres du metteur en scène ; parfois sur les zones ensoleillées d’un plan, l’ombre des branches d’arbre se déplace de gauche à  droite. On a l’impression d’assister à  une Nature vivante guidant tout simplement ce film adorable dans le rythme mouvant de ses éléments. Le Voleur de lumière devient alors, en plus d’être un film au caractère engagé – du moins jusqu’à  une certaine mesure, sans aucune violence – l’oeuvre d’un cinéaste inspiré par tout ce qui l’entoure, entre émotion et humour issu du folklore traditionnel, toujours dans l’intimisme et dans l’absence d’hésitation. On pourrait croire qu’il se saisit peu à  peu d’une esthétique fugitive. Celle du vent…

Jean-Baptiste Doulcet

Le Voleur de lumière
Drame français, kirghiz de Aktan Arym Kubat
Durée : 1h16
Sortie : 2 Mars 2011
Avec Aktan Arym Kubat, Taalaikan Abazova, Askat Sulaimanov,…

La bande-annonce :

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