Chroniques express 81

MONA KAZU / ILA AND THE HAPPY TREES / CONSTANCE / THE JUMPIN’ QUAILS / ROBERTS AND LORD / VELVELJIN / SAMIR BARRIS / SEALIGHT / RUMBLE IN RHODOS / EVANGELISTA

 

 

 

MONA KAZU – Sunlight (EP)

Mona Kazu, c’est la rencontre de deux personnalités contraires : d’un côté, Priscille, chanteuse ancienne membre de Blumen, groupe Emo rock indé dépressif (dixit la bio). , De l’autre, Franck, multi-instrumentiste de son état, , moitié du duo bruitiste Baka ! (deux albums chez We Are Unique records). La mélodie et l’expérimentation, le mainstream et l’underground, la fée musicale et le trublion.,  Dans les, trois cas, le second apportant du piment à  un premier qui serait sans doute un peu gentil sans cela. Le meilleur exemple de cette association parfois contre-nature demeure Sunlight, une mélodie à  la Tori Amos jouée sur un vieux piano droit flottant et tourmentée par une guitare sourde ;, un morceau, à  l’ambiance de sous-bois et de marécage derrière la joliesse des harmonies.,  Dans I’m not that one, on est carrément dans une atmosphère de chateau hanté. On peut par exemple regretter un chant un peu trop maniériste, un peu trop »heavenly voice » ;, sur l’efficace The faked song (guitares nerveuses, farfisa hypnotique), cela passe (un morceau plus classiquement rock mais qui fonctionne neamoins à  merveille)., C’est moins vrai sur Assassinée qui renvoie, au un peu daté Collection d’Arnell Andrea., L’association n’a pas encore donné son maximum mais cet EP est déjà  un bon début., (3.0) Denis Zorgniotti
Autoproduit / Mai 2011


, ILA & THE HAPPY TREES – Little World

Parfois certain album mériterait d’être plus court. Il faut dire que Ila et le groupe qui l’accompagne (The Happy Trees) marche sur le fil dangereux d’une pop qui peut soit devenir une vraie bouffée d’air pur, comme une sorte de Juliana Hatfield acoustique, ou tomber dans une musique fadasse à  habiller un épisode de Dawson ou des Frères Scott. Certains titres font donc tache (Field of light, I’ll close the door, le vaguement reggae I’ve got to go again) et laissent une mauvaise impression à  un disque par ailleurs plein de qualités (voix douce idéale à  l’exercice, mélodie immédiatement séduisante, arrangement délicat). , Des petites perles comme I can feel it (aussi charmant que du, Mary Kate O’Neil), rehaussé d’un joli Fender Rhodes ou Lentamente et sa tranquillité bossa auraient mérité meilleures fréquentations. A 10 titres, cela aurait été un bon album, à  15, cela donne un disque plus moyen. Comme aurait pu résumer Raffarin, un, Little world qui aurait mérité d’être encore plus little pour être bigger. , (3.0) Denis Zorgniotti
Tube Jam Records / Septembre 2011

 

CONSTANCE – Once Twice

Alors là , me suis fait piéger ! Que je vous explique : je n’avais jamais prêté une attention particulière aux albums Da Silva, vite écoutés, vite oubliés. Et voilà  qu’arrive Once Twice, relecture fidèle musicalement de la tendresse des fous du monsieur par Constance (Amiot). Et finalement, sans transformer le plomb en or, j’ai aimé. Naturellement, regrettant quand même quelques chansons (Tender Fools sur les traces éculées de Manu Chao, un Carnival bêtement Louise Attaquien) mais appréciant l’ensemble. Pourquoi ce revirement de situation alors que les compositions sont strictement les mêmes et les arrangements relativement proches ? Le puriste pourra préciser que l’emploi d’une guitare baryton à  la place d’une simple guitare, d’un bugle là  où il y avait une trompette (le beau Defeat) ou d’un clavecin en lieu et place d’un piano (Indecision et son côté Divine Comedy) pousse la musique de Da Silva dans une ornière moins évidente, plus clair-obscur. Mais tout ceci est très subtil. Est-ce donc car Constance chante en anglais ? Et cette question fondamentale : fais-je dès lors un délit de sale langue à  notre cher Français. Peut-être…encore que je préfère penser que les compositions et les arrangements naturellement folk trouvent leur point d’harmonie dans , la langue de Nina Nastasia et dans la voix douce de Constance. Une vraie symbiose qui atteint son point d’excellence sur le dernier Some Place, ses belles cordes et sa mélancolie diffuse. De l’art d’être Constance. (3.5) Denis Zorgniotti
Tôt ou Tard / Wagram / Septembre 2011, 

 

THE JUMPIN’ QUAILS – Bishops in Tea Shops

Bien que fortement marqué par les années 60 et 70, The Jumpin’ Quails, c’est comme la Samaritaine : on y trouve de tout. Même un titre à  la Stray Cats chanté en Français (Pattie), ce qui de la part d’un groupe italien peut sembler pour le moins incongru. Donc Bishops in Tea shops, deuxième album des Turinois, contient une pléthore de références : citons en premier lieu les Yardbirds, les Moody Blues, les Kinks. Il y a même »Rawhide » – la musique de la , série – sur Goodbye Pussycat. Et si The Jumpin’Quails est un groupe de guitares, c’est pourtant les claviers qui donnent souvent une certaine patte à  la musique. Par exemple, des orgues permettent souvent de rapprocher The Jumpin’ Quails des, Stranglers (One night stand, I met George Stephenson in my garden). Sur Green Flamingo, le Farfisa donne une touche 80’s à  une mélodie très Moody Blues. Encerclé de synthés, , , Marigot Bay, , à  l’esprit proche des, Animals, se transforme en étrange virée impulsée par l’électronique. Soit dit en passant, on verrait bien ces Italiens tourner avec nos Bikini Machine. En attendant, Bishops in Tea Shops est un bien agréable bordel., (3.5) Denis Zorgniotti
Sounday / Octobre 2011

 

ROBERTS AND LORD – Eponymous

On suit d’office le nouveau projet de Simon Lord (Ex Simian) avec intérêt. Associé à  Rafter Roberts, cela donne Roberts and Lord, tout simplement. Le duo est placé sous le signe du fun. Savant collage electro-pop bâti essentiellement sur des gros sons analogiques (ne rechignant à  mettre aussi quelques guitares notamment sur le garage Windmill), notre paire anglo-américaine s’emploie à  chanter comme les artistes black par exemple de la Tamla Motown entre chant gospel et sensualité débordante. Ressortant au milieu des programmations, ces lignes de chant donne tout l’aspect mélodique à  la musique. Quelques petits airs , C’est un peu les Commodores chez Peaches. Ou Curtis Mayfield chahuté par une électronique turbulente (Wild berries). Avec Mosquito et ses synthés malicieux, c’est un peu d’été qui revient. (3.5) Denis Zorgniotti
Asthmatic Kitty / Differ-ant / Septembre 2011

 

VELVELJIN – Nostalghia

Basé à  Paris, Velveljin est un duo composé de deux Japonais fous de cinéma et de musique. On ne sera pas étonné donc que le second album du groupe s’inspire de Nostalghia, l’avant dernier film de Tarkovski. La référence a tout pour rester secrète, si tant est qu’on ne le sait pas, car contrairement à  Arca (qui avait déjà  pris référence sur la cinéaste russe), aucun sample de dialogues ne vient explicitement évoquer Nostalghia.,  La musique de Velveljin est instrumentale, elle est même totalement électronique. A la différence d’autres artistes du label Noble, le duo ne fait pas ni dans la dream pop (Films) ni dans une version modernisée de musique de chambre (Kazumasa Hashimoto). Entre Ambiant, Deep House et techno minimale, Velveljin tisse un lit musical sur une rythmique continue minimaliste en 4/4. Cela pourrait apparaître monotone mais c’est souvent dansant (pas mal) et même parfois onirique (encore mieux). Velveljin arrive à  créer des paysages électroniques changeants ; que certains diront cinématiques. C’est d’ailleurs en cela que les Japonais rendent le meilleur des hommages à  Tarkovski : hiératique au premier abord mais dans une économie de moyens, chaque son devient signifiant voire même émouvant. Recommandé. (4.0) Denis Zorgniotti
Noble Label / Octobre 2011

 

SAMIR BARRIS – Tenter l’atout

Et si un des artistes de chanson française les plus intéressantes était… belge. Je corrige donc Samir Barris fait de la chanson »francophone » (évitons l’incident diplomatique). Et je corrige même une nouvelle fois : à  écouter les mélodies fraîches et harmonieuses de cet ex Mellon Galia, on se met plus à  évoquer la pop de, Kings of Convenience ou de, Belle and Sebastian (surtout quand une voix féminine vient flirter avec celle de Barris). De ce côté là , le Belge se rapproche d’Orwell, Alex Beaupain ou d’Hugo, ceux qui arrivent à  mêler plume en français et mélodie pop anglo-saxonne. , Il évoquera même une génération oubliée, Gérard Manset ou Yves Simon (Tu files). L’art léger de Samir Barris est acoustique (avec trompette, flûte, violon, violoncelle et bien sûr guitare), ce qui lui permet d’esquisser quelques airs de bossa (Non) et même d’évoquer Michel Legrand sur un Si bien Dire jazzy qui révèle petit à  petit toute son ampleur comme dans un film de Jacques Demy. Tenter Samir Barris(3.5) Denis Zorgniotti
Team 4 Action / Pias / Septembre 2011

 

SEALIGHT – Dead Letters (EP)

Il est difficile de reprocher à  quelqu’un d’être ce qu’il est : déjà  leader d’Heligoland, Dave Ollife aime la cold wave éthérée et diaphane des années 80/début 90. Avec son nouveau groupe, Sealight, il remet ça et se donne les moyens de réussir : cet EP inaugural a été mixé et masterisé par Robin Guthrie (Cocteau Twins évidemment) et la belle pochette du disque rappelle les matières composites de Vaughan Oliver, artiste attitré du label arty 4AD. Fort de tout ce background, l’écoute de Dead Letters n’est donc pas une surprise et pourra séduire ou agacer. Le trio franco-australien a en tout cas pour lui de ne jouer ni la caricature ni la surenchère. Pour preuve, Sandra Rossini n’essaye pas de rivaliser avec Liz Frazer mais trouve sa propre voie (et voix) dans un chant plus en retrait mais toujours affecté (un peu trop peut-être). A la copie, , Sealight préfère la stylisation, rendant plus atmosphérique encore les ambiances Cocteau Twins (un peu comme Slowdive sur Pygmalion), étirant le temps et épurant le propos pour ne plus laisser dépasser des drones que la voix de Sandra, quelques guitares réverbérées et une trompette annonçant les premières lueurs de l’aurore. Si le but initial était de traverser le temps comme dans un rêve éveillé, alors on peut dire que c’est plutôt réussi. (3.0) Denis Zorgniotti
Commission 45 / Octobre 2011

 

RUMBLE IN RHODOS – Signs of Fervent Devotion

Il est difficile d’avoir une dévotion fervente, pour le troisième album de Rumble in Rhodos. Il y a des choses vraiment agaçante chez ce quintet Norvégien, comme cette manière de chanter »hard rock » dans une voix de tête qui s’égosille. Et puis,, la volonté permanente de tout emporter sur son passage,  fait parfois ressembler Rumble in Rhodos à  la mutation infernale de Klaxons, en Linkin’Park. Plein de claviers, de guitares, de voix…, Oups !,  Heureusement, il y a quand même de quoi se réjouir, Rumble in Rhodos ne manque pas d’idées harmoniques intéressantes, de passages brillants, de moments ravageurs (dans le bon sens du terme), qui, explosent à  la figure de l’auditeur., , Dans une, architecture aussi complexe que dans la musique progressive (on pense parfois au Yes de Owner of the Lonely Heart), les morceaux, ne manquent pas de contours pouvant ainsi, regorger de trésors (en premier lieu Soft Insulated Days). Avec Rumble in Rhodos, on peut aimer les détails et, être plus perplexe sur la totalité d’un disque un peu too much. , (3.0) Denis Zorgniotti
Hip Hip Hip / MVS / Octobre 2011

 

EVANGELISTA – In animal Tongue

Icône de la musique underground américaine, Carla Bozulich revient avec un de ses multiples projets, Evangelista. Plus que la simple écoute d’une musique, In Animal Tongue vous plonge dans la tête de son auteure. Une vraie immersion dont on ne ressort pas totalement indemne., Le disque, est en effet, hanté par la voix de Carla, un organe rugueux parfois bouleversant, à  la densité équivalente, à  Patti Smith, Marianne Faithful ou PJ Harvey. Musicalement, elle se rapproche aussi des trois dames mais dans une version à  la fois plus dépouillée et plus expérimentale. L’instrumentation est pourtant essentiellement acoustique, portée souvent un violoncelle, une contrebasse.  Seuls Artificial Lamb, , plongé dans un bain d’électronique flasque, et Black Jesus à  la guitare spectrale gardent un rapport intime avec la fée électricité. Mais la présence, vocale de, Carla carrément fantomatique sur In Animal Tongue, incantatoire sur Hands of Leather ou Die Alone, la,  dissonance des, accords et, le bruitisme ambiant qui tirent Evangelista du côté de la musique contemporaine, tout ceci concourt à , nous créer des, ambiances étranges, et même à  faire flipper l’auditeur. Enter the prince navigue entre angélisme et climat mortifère,, de quoi nous troubler encore plus. Bien mais un peu rude. (3.0) Denis Zorgniotti
Constellation / Differ-ant / Septembre 2011

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