Sir Alice – Isle of You

La diva électronique revient avec Isle of You qui donne envie de passer directement à  la plage 4. D’abord trop policé, l’album diffuse ensuite son poison électro-new wave., Après le pire, le meilleur !

Entre branchée underground et performer d’art contemporain, Alice Daquet est un objet musical et artistique non identifié, que ce soit comme chanteuse de Viva and the Diva ou comme artiste solo sous le nom de Sir Alice. L’Ircam, Tigersushi, la Fondation Cartier et aujourd’hui l’estimable label Pan European recording, la désormais trentenaire sort un nouvel album qui, en premier lieu, surprend. Exit l’indus, le bruitisme, l’expérimentation, Isle of You est un album , respectable. Si le son garde une partie de sa force d’impact, les aspérités ont sensiblement disparu et Sir Alice écrit désormais des titres couplet-refrain.

Le début est décevant, , ressemblant de trop à , un produit radio-diffusable, un peu vain, un peu gentillet , Un comble pour Sir Alice ! Les guitares sont là , en embuscade mais sans jamais vous sautez à  la gorge. Si, The First Stone balade folk synthétique est encore troublée par un choeurs incantatoire, Faith Box vire carrément variété-pop, alerte mais fade. Jesus Made in Taîwan commence un Elton John se prenant pour Otis Redding et le léger enrobage électronique ne change pas le niais en joyau. Mais quelle mouche a piqué Sir Alice ?

Hormis UFO, entre Queen Adreena et Garbage (sic), la suite est nettement plus réjouissante (commencez le disque au morceau 4, c’est un conseil) et ce changement a de quoi rendre extatique. Ce revirement qualitatif allié à  un caractère désormais vénéneux n’est seulement pas dû aux invités de choix qui, appâtés par la personnalité artistique de, Sir Alice, ont accouru vers elle. Il y a Turzi, il y a surtout trois vocalistes hors-pair, chacun dans un style différent. Avec Nicolas Kerr, la musique rappelle Poni Hoax (et pour cause, Nicolas en est le chanteur), un timbre de dandy décadent pour un morceau d’électro-cabaret expressionniste et empoisonné (Héra). Son binôme artiste, Colin Ledoux, vient parler-chanter en italien (rendant carrément effrayant cette langue »musicale ») pour une longue et implacable plongée en eaux troubles, entre coldwave habité et psychédélisme électronique (Il ragno, impressionnant). Avec le bien-nommé Sisters, Sir Alice trouve en Lydia Lunch une soeur musicale pour un titre grinçant, menaçant, d’une noirceur indélébile.

Mais même sans ses appuis de talent, vrais poids lourds de l’underground, la Française a, finalement, trouvé – , enfin ! – le ton juste. Entre The First stone (honni en début de chronique) et Phantom (célébré maintenant), il n’y a pas de si grande différence et pourtant, ce qui patinait avant, fonctionne désormais à  merveille : un équilibre entre rock indé, réminiscence gothic et trip électronique fait de ce morceau un must en mélancolie tordue. Le suivant Holy Ghost, gras comme du cambouis, est aussi à  la hauteur avec un petit côté, PJ Harvey. Marchant tout en émotion sur la triste mélopée d’un accordéon, encerclé de nappes menaçantes, Sir Alice nous invite à  la suivre encore plus sur ces chemins macabres et cela donne The Bird Sanctuary, un morceau qui finit de consacrer les talents de chanteuse de la jeune femme.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 2 avril 2012
Label / Distributeur : Pan European Recording / Sony

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