Keiki – Popcorn From the Grave

Entre PJ Harvey, Add N To X et je ne sais quel groupe de métal, Keiki étonne et détonne dans un album sombre et ironique.

Mine de rien, le label belge Cheap Satanism Record arrive à  rester raccord avec son idée de départ, sortir des albums barrés et même mieux (ou pire), il arrive à  dénicher des groupes sataniques, histoire d’être en osmose avec son nom. Après Swilson, Vitas Guerulaîtis et Joy as a Dodo, voici donc Keiki, un duo , annonçant la couleur : les Bruxellois revendiquent de faire de la pop satanique. Vous voilà  prévenus. Rangez néanmoins eau bénite, pieu et crucifix, si, Keiki, propose un album parlant essentiellement de mort et de folie, il le fait avec un regard qui n’appartient qu’à  lui, ironique et bourré d’humour noir. Sur, Hiroshima-Nagasaki, premier titre de l’album où le duo s’intéresse au cas de Tsutomu Yamaguchi, survivant des deux bombes atomiques., , Sur, Pies and Popcorn, il imagine Linda Mc Cartney et Paul Newman continuant à  vendre leur bouffe en boîte outre-tombe. On ne prend pas du popcorn en regardant un film de zombie dans un drive-in (la musique habitée et tendue nous en dissuade fortement) mais on balance entre noirceur macabre et sourire en coin.

Si l’on devait résumer Popcorn From the Grave, on parlerait de PJ Harvey, celle de Dry, en plus dégoulinant et en plus barré. Le timbre de Dominique Van Cappellen-Waldock est proche de celui de l’Anglaise, cela aide pour faire le rapprochement. Mais ce n’est pas tout, des guitares noises, une émotion parfois exacerbée et un précipité hautement instable participent aussi, , à  jeter un pont entre les deux entités. Mais les Belges ont leur univers propre, au niveau du regard comme dit précédemment mais pas que.

Car c’est surtout au niveau de la musique que le schisme s’opère. Keiki aime ajouter à  ses guitares des machines qui vont de la boîte à  rythme minimaliste au Thérémine pourvoyeur attitré de sons effrayants et d’ambiance de film fantastique. Un loup semble hurler à  la lune sur un Full Body Wolf (en duo avec Pete Simonelli d’Enablers) à  l’ambiance séminale. Dans cette combinaison bruitisme/minimalisme/Thérémine, Keiki rappellera évidemment Add N To X. Mais rien n’est encore aussi simple.

Ces drôles de belge semblent vouloir mélanger volontiers l’élitisme et la culture populaire, la cuisine moléculaire et la junk food, Ils pourraient sans doute prendre autant de plaisir à  regard »Alphaville » de Godard qu’une série Z de Jesus Franco. Et dans cet état d’esprit, il en rajoute dans le genre adolescent attardé en rajoutant ça et là  des plans métal à  leur musique incisive comme un scalpel. Cela donne surtout, Stab you, Stains et headless, avec ce dernier dans une étrange combinaison de fuzz/slide. On peut se confronter à  ce qui s’apparente déjà  à  des OVNIS ou prendre un plaisir plus classique, comme sur Pies and Popcorn qui ressemble à  un bon Sonic Youth. The Killing Cure _ avec Eugene Robinson d’Oxbow, en invité, , _ , s’apprécie aussi naturellement sans vouloir à  tout prix redistribuer les cartes ; un, bon titre à  la, PJ Harvey ou Scott Niblett avec une voix masculine apportant une densité dramatique supplémentaire à  la musique. L’amateur appréciera.

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Denis Zorgniotti

Date de sortie : 17 Septembre 2012
Label / Distributeur : Cheap Satanism record / CD1D (France) – Mandai (Belgique)

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