Le Passé – Asghar Farhadi

Au-delà  des qualités incontestables de mise en scène et de direction d’acteurs, adultes et enfants, de la capacité à  installer et mener pendant plus de deux heures un récit haletant à  la tension croissante et palpable et de la parfaite intégration du réalisateur iranien à  l’environnement parisien, loin des clichés et des cartes postales, on émet quelques réserves, non sur la forme, on l’aura compris, mais sur le fond. Plus précisément sur l’image de la femme véhiculée par le film et donc le regard du cinéaste. Prise entre un moralisateur – dont on peut penser qu’il est le double de Asghar Farhadi – et un martyr sacrificiel, la femme réduite à  l’égoîsme, la mauvaise mère (qui répudie, certes temporairement, sa fille et fume abondamment alors qu’elle est enceinte) et à  l’hystérie hérite ainsi de la mauvaise place – sans même évoquer un rôle secondaire d’une autre trahissant et interprétant en quelque sorte les événements à  sa convenance. A la décharge du réalisateur d’Une Séparation, il y a cette volonté de ne pas juger ses personnages, de montrer comment coexistent le meilleur et le pire et comment la déception, le sentiment d’abandon et l’enfermement fertilisent le terreau de la rancoeur et de l’incompréhension entre les êtres. Ce qu’il montre aussi avec intensité et fougue, c’est l’impossibilité de s’affranchir de son passé et de vouloir tout effacer d’un coup d’une éponge qui n’existe pas. Prisonniers d’un passé compliqué, les protagonistes partagent le même geste lourd de symboles : retourner sur ses propres pas pour confirmer, corriger quelque chose qui empêche la machine de tourner correctement. La grande interrogation demeure en substance : parviendront-ils à  s’extraire d’une gangue qui, pour l’heure, ne leur permet plus d’avancer et d’envisager le futur ?

Patrick Braganti

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Le Passé
Drame français, iranien de Asghar Farhadi
Sortie : 17 mai 2013
Durée : 02h10

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