Chroniques Express 102

HERSELF / JEAN ELLIOT SENIOR / RALFE BAND / HARD WORKING BOSS / , 16PAC / SIRIUSMO / FLECHE / SOFT RIOT / THE ELWINS / MIDNIGHT FACES / ALBA LUA / AUBE L / MY TIGER SIDE

HERSELF – Herself

Le nom de l’album, éponyme, pourrait nous laisser à  croire qu’il s’agit d’un premier album, alors que le songwriter italien en est à  son quatrième (dont un Homeworks d’excellente facture). Le nom lui-même pourrait nous laisser à  penser à  une féminité de plume, alors c’est bien un homme, Gioele Valenti, qui se cache derrière le pseudo. Composée autour d’une guitare acoustique, la musique est avant tout marquée par la folk sombre et directe proche de Bill Callahan,, de Will Oldham voire de Mark Kozelek. Mais cela serait sans compter sans les fidèles alliés de Valenti, à  savoir Aldo Ammirata, Marco Campitelli , (The Marigold) et Amaury Cambuzat (Ulan Bator), pour faire irrésistiblement changer le ressenti de la musique. Le premier , vient mettre sample, basse et violoncelle au service des harmonies naturelles d’Herself, faisant entrer les boucles de guitares dans un univers plus complexe aux confins d’un certain psychédélisme. Les suivants – au mixage, au mastering et intervenants plus précisément sur certains titres – traduisent bien une filiation plus gothique en filigrane du projet. Tout ceci reste léger, ne brouillant qu’en douceur la pureté musicale qui se dégage de l’ensemble. Certaines ambiances rappelleront dès lors Sophia, Espers ou Piano Magic, ce qui n’est pas pour nous déplaire. (4.0) Denis Zorgniotti
Deambula Records / Acid Cobra Digital – Avril 2013

 

JEAN ELLIOT SENIOR – Balade Sauvage

Après avoir fait partie du groupe, Crëvecoeur, pendant huit ans, (on se souvient d †˜un très bel album paru en 2007 mêlant des influences allant de, Calexico, à , Ennio Morricone),, Jean Elliot Senior, propose,  cette fois son premier album solo dans lequel on retrouve, tout ou en partie, des influences de son groupe d’origine »et plus encore., Avec des chansons tournées vers les horizons lointains et plus largement en fond des idées de voyage, de liberté ou d’émancipation,, Jean Elliot Senior, distille un album à  la fois drôle et élégant où il est question d’une plante d’appartement qui décide de retourner vivre dans la forêt tropicale., Le temps de treize morceaux richement orchestrés,, Jean Elliot Senior, raconte l’étonnant périple de cette plante, avec un chant lent et détaché et un fond de mélancolie qui ne sont sans doute pas pour rien dans le charme que peut dégager Balade Sauvage. (3.5) Benoît Richard
Les Disques Célestes – Février 2013

 

RALFE BAND – Son Be Wise

On avait aimé les deux premiers albums du, Ralfe Band, (Swords et Attic Thieves, 2008) pour leur côté »mélange des genres » très réussi,  ou comment faire cohabiter dans un même disque l’esprit de songwrtiers aussi divers que, Beirut, Sparklehorse, Will Oldham, ou, Calexico., Sur ce troisième album, la formation londonienne emmenée par, Oly Ralfe, et le multi-instrumentiste, Andrew Mitchell, prouve que l’inspiration ne s’est pas tarie malgré les 5 années d’absence si l’on oublie une très belle B.O. pour le film »Bunny and The Bull« ., Avec ce son country-folk aux accents épicés qui est un peu leur marque de fabrique depuis le début, le, Ralfe Band, fait un retour réussi avec toujours ce plaisir intact de retrouver le songwriting impeccable de ces Anglais. Tantôt dansantes, tantôt mélancoliques, tantôt chatoyantes, les chansons de, Son Be Wise, s’égrènent tranquillement sans que l’on ressente jamais la moindre pointe d’ennui., Un bel album donc pour un groupe encore trop méconnu., (3.5) Benoît Richard
High Lines Records – Mai 2013

 

HARD WORKING BOSS – Bonjour Fucker

Jim Shepard alias Hard Working Boss ne manque pas d’humour et de second degré, comme en témoigne le nom de son album. Mais c’est surtout dans la musique elle-même que ce trait de caractère devient évident. L’Anglais de Paris n’aime pas les choses lisses, les machines bien huilées et en adepte d’un D.I.Y. malicieux, met l’écriture pop à  sa propre sauce. Entre boite à  rythme, vieux synthés cheap, guitares en tout genre (parfois même dissonantes), , Bonjour Fucker va lorgner du côté du lo-fi tendance Folk Implosion, sa vitalité, sa créativité et son impertinence. Hard Working Boss affirme, haut et fort, ses références pour le moins hétérogènes : Elton John, Gus Van Sant ou Yesterday reprenant d’ailleurs une partie de la composition des Beatles pour mieux s’en éloigner et créer sa propre musique. L’Anglais revendique son pouvoir d’imitation et sur le manifeste, Imitating, il prend le parti de regrouper un multitude de gimmick archi-connus de la musique (d’un blues classique à  Jump de Van Halen) pour aboutir à  un résultat rafraîchissant et totalement inédit. Au final, les petits tubes bizarrement taillés qui composent Bonjour Fucker mettent ainsi en joie – grâce aux qualités mélodiques de l’ensemble – mais savent aussi sortir les griffes. (4.0) Denis Zorgniotti
Microcultures – Juin 2013

 

16PAC – Underwater Sessions EP

En dehors des modes, à  la croisée des chemins, 16pac poursuit sa route avec un nouvel EP. Le, quatuor peut se targuer de n’appartenir à  aucune chapelle et pourra séduire les amateurs de pop, des égarés du trip hop ou de plus aventureux auditeurs, ceux qui s’intéressent aux sonorités post-rock. Pourtant, 16pac peut apparaître des plus classiques, une chanteuse, une formation basse-guitare-batterie, une écriture pop…Mais seulement voilà , depuis Endless work in Progress en 2007, on sait que ce groupe soigne particulièrement les ambiances qui sous-tendent ses mélodies. A l’instar d’Archive, 16pac aime le son, les claviers cotonneux qui enveloppent, le piano en sous-sol, les arpèges de guitare exposés à  la lumière et qui peuvent prendre le pouvoir (la fin incendiaire de Californian girl). Déplaçant une partie de son coeur à  l’est, Armenian Rhapsody évoquera, non pas Queen, mais bien Dead can Dance. Dans ces morceaux à  différents étages, les rythmiques, amènent aussi, une énergie particulière – entre entrain et apathie – et des harmonies clair-obscur. Du bel ouvrage, dont on regrettera peut-être un mixage mettant un peu trop en avant la voix – par ailleurs jolie – de la chanteuse. (3.5) Denis Zorgniotti
Autoproduit – Juin 2013
site

 

SIRIUSMO – Enthusiast

Pas vraiment un nouveau venu dans la sphère electro-techno,, Siriusmo,  de son vrai nom, Moritz Friedrich, s’est fait repérer au départ avec quelques Eps bien sentis qui renfermaient des titres qui sont rapidement devenus de redoutables machines à  faire danser., Après deux albums électro techno assez déjantés mais contenant déjà  quelques tueries : Diskoding, (2008) puis Mosaik, (2011), on retrouve en 2013 un, Siriusmo, dans les mêmes dispositions ou presque, toujours capable de faire la nique au cadors de chez, Ed Banger, et d’ailleurs grâce à  un savant mélange de techno, de hip-hop, de funk et d’electro et de folie douce. Car ce qui fait la particularité des musiques de ce jeune allemand c’est avant tout l’aspect ludique et l’imagination débridée qui peuvent s’en dégager., Passionné de vieux claviers,  (Rhodes, Wurlitzer, mais surtout Korg Trident),, Siriusmo, parsème ses compositions de sonorités electroîdes plus ou moins distordues dans des titres bourrés d’énergie et assez joussifs à  l’image de Doctor Beak, ou Congratulator, qui ouvrent l’albul sur des bases très élevées., Ce Enthusiast, est donc une franche réussite de musique électronique bariolée, celle d’un artiste touche-à  tout (Moritz Friedrich, est aussi peintre, graphiste, illustrateur) dont on devrait reparler très vite. (4.0) Benoît Richard
Monkeytown records/La Baleine – juin 2013

 

FLECHE – Hey ! Light up The Canyon Parade

Avec un nom pareil, on, rêve de trajectoire directe et d’être frappé en plein coeur.On n’en est pas encore là  pour craquer totalement, après tout Flèche est un petit groupe débutant qui sort ici son premier EP. Pourtant, tous les espoirs sont d’ores et déjà  permis à  l’écoute de Hey ! Light up The Canyon Parade qui file droit et bien dans une énergie communicative. Fan de Bloc Party ou de Foals, ce disque est pour vous. Les guitares se répondent en de petits gimmicks assassins, les voix se croisent et se décroisent en des joutes échevelées, le couple basse/batterie se tire la bourre, changeant pour la peine sans cesse de vitesse et de braquet. Tout ceci, permet de parfaire encore plus, ce sentiment de vitalité et de liberté. Pas une minute à  perdre semble être le credo du groupe mais pas question de proposer une musique simpliste. Au contraire, le mouvement s’emballe par toutes les petites nuances, apportées en permanence par le groupe. Flèche, ça tourne grave mais jamais en rond (3.5) Denis Zorgniotti
Autoproduit – Mai 2013 Bandcamp

 

SOFT RIOT – Fiction Prediction

Jack Duckworth a eu la main heureuse quand il s’est choisi son pseudo. Au-delà  de l’oxymore, Soft Riot traduit bien la musique de ce Canadien émigré en terres londonniennes. Si Fiction Prediction avait été fait de guitares, l’album serait apparu comme un digne rejeton de punk. Mais seulement voilà , Duckworth est amateur de claviers, cela sonne dès lors plus soft, mais cela n’en est pas moins minimaliste et cela n’en est que plus perturbant. La pop de Soft Riot ressemble à  l’hydre d’une pré-new wave renaissant de ses cendres et prêt à  jeter un voile synthétique et glacial, sur le monde. Cabaret Voltaire, , hier, John Maus aujourd’hui ou John Foxx, hier et aujourd’hui, , épousent les même contours d’une musique où les mélodies s’expriment à  travers un bouillon de claviers, des poum tchak, industriels ou tribaux, et une voix en état de décomposition avancée. Fiction Prediction comporte son lot de réussite (Some abstract terror, très bien) mais lasse aussi sur la longueur (3.0) Denis Zorgniotti
Volar records / Other Voices – Juin 2013

 

THE ELWINS – And I thank You

A l’image du titre de leur premier album, ces Canadiens sont bien sympas. Ce qui ne les empêche pas de démarrer leur carrière discographique sur les chapeaux de roue. Un disque produit par Ryan Hadlock et encensé par Exclaim !, le magazine de référence canadien, des participations à  tous les grands festivals là -bas et un Stuck in The Middle qui , taquine les charts dans leur pays. La raison de cet engouement, qui peut-être contagieux, est pour le moins mérité : leur pop d’inspiration sixties – tendance Beach Boys – a tout pour plaire. Les arrangements sont riches et recherchés et And I Thank you propage autour de lui fun et vitalité, tout en cultivant nuance et finesse. Il y a la touche indé en plus, celle qui ajoute un supplément de personnalité. Que demandez de plus ? Les plus gentils demanderont un album plus long (28′, comme les Finger, c’est trop court). On leur dit déjà  Thank you (3.5) Denis Zorgniotti
La Baleine – Juillet 2013

 

MIDNIGHT FACES – Fornication

Co-fondateur avec Josh Tillman du groupe post-rock Saxon Shore, Matthew Warn revient avec un nouveau projet aux antipodes de son premier. Pour Midnight Faces, il est accompagné de Philip Stancil pour un projet nettement plus pop et chanté : le duo le juge comme étant proche d’un Tom Petty joué à  la manière de Cure. Cela ressemblerait plutôt à  du Coldplay produit à  la manière de, au mieux Cocteau twins, au pire Pet Shop Boys. C’est vrai qu’au début Fornication donne vraiment le change, la musique a de l’ampleur et on peut se laisser submerger par une certaine force émotionnelle (Crowded halls) et un certain entrain communicatif (Kingdom come). Mais de la jubilation à  l’écoeurement (comme de l’amour à  la fornication), il n’y a qu’un pas et in fine, c’est bien ce second sentiment qui en gâche le premier, face à  un disque par trop empoulé et parfois englué dans une production synthé new wave du début des années 90 un peu pénible. Tout est question de dosage et Midnight Faces en fait des tonnes. Dommage car il y a vraiment de bonnes choses là -dedans. (2.5) Denis Zorgniotti
Broken Factory – Juin 2013

 

ALBA LUA – Inner Seasons

Les nouveaux groupes français auront été assez nombreux en ce première partie d’année 2013. Mais s’il y a plus de déceptions (Fauve) que de satisfactions (La Femme), on pourra en tout cas ranger le groupe, Alba Lua, dans la seconde catégorie., Moins médiatiques, moins tape-à -l’oeil aussi que ceux qui ont fais les couvertures et le buzz des mags pop rock, les bordelais ont pourtant de sérieux atouts à  faire valoir, à  commencer par des mélodies franches et limpides et un son pop, à  la fois 60’s et 80’s, très classique – le disque a été produit et enregistré dans les studios de Joakim, , – mais qui a le mérite d’aller à  l’essentiel et de ne pas plaquer les chansons derrière des tas sonorités comme c’est parfois le cas. Le groupe la joue donc »à  l’ancienne » avec un son de guitare joliment réverbéré, des refrains fédérateurs et une forme de simplicité qui leur sied à  merveille. (3.5) Benoît Richard
Roy Music – Mai 2013

AUBE L –, , Wake up the Joy !

Il y a interprète et interprète et chez certain(e)s, l’aspect strictement musical se complète d’une sensibilité exacerbée proche de l’art dramatique. C’est le cas d’Aube L. dont la voix androgyne et le large spectre vocal permettent d’exprimer largement des sentiments à  fleur de peau. Tout cela reste mesuré et ce truc en plus ne devient pas une charge et permet au contraire à  Aube L. de donner des orientations plus libres à  sa musique. Egérie cabaret, spectre gothique, diva new wave (My Dreamed life, top avec son petit parfum OMD et sa guitare en forme de fil d’ariane), la jeune femme est un peu tout cela, évoquant tour à  tour les figures hors-normes d’ Ute Lemper, Klaus Nomi, Jack the Ripper ou Anthony and the Johnsons. Le tout en une seule femme. Le style musical hybride de Wake up the Joy ! traduit bien une vraie expression personnelle, mélangeant écriture classique, pop tendance new wave et électronica (alive). Des mélanges de fragrances donnant un parfum original et pour le moins séducteur. (4.0) Denis Zorgniotti
Autoproduit – Juin 2013
Deezer

 

MY TIGER SIDE – 1

Minimaliste et ambitieux, expérimental et sensible aux mouvements du coeur et de la nature, My Tiger Side est un peu tout ça à  la fois. Quand on connaît le parcours de Remi Saboul, l’avatar humain de My Tiger Side, cette musique prend un sens encore nouveau. Il y a une dizaine d’années, il était guitariste pour les noiseux de Drive Blind, puis, membre honoraire de« Rinôçérôse »et il y a peu, il jouait au sein de Sabo pour un rock sombre et ténébreux. un parcours qui a, bien des égards rappellera le cheminement artistique de Sylvain Chauveau, passant d’un format »chanson » à  une certaine forme d’abstraction. , Il en a fallu du travail pour en arriver à  cette épure musicale, totalement instrumentale;, où une guitare préparée et des drones musicaux suffisent à  notre bonheur. La première partie du disque ressemble à  cela, un impressionnisme musical où les aternoiements de la guitare rappellent les changements subtils de lumière sur l’horizon : des moments où même l’exposition prolongée à  une lumière d’aurore vous fait cligner des yeux dans une parfaite symbiose avec la nature et le ciel. Sur la deuxième partie de 1, My Tiger Side propose une messe en do majeur. Un même thème joué à  la guitare, parfois avec de l’orgue qui voit passer l’auditeur par différentes humeurs du simple frémissement au bruitisme, en passant des arpèges lumineux, la musique se charge étonnamment d’une part de sacré ; la, puissance mystique est accentuée ça et là  par des circonvolutions vocales arabisantes. Celles-ci sont, comme le reste, délicates et légères mais cela transcende totalement la musique. Un vinyle tiré à  100 exemplaires vient de paraître ; de quoi être largement tenté. (4.0) Denis Zorgniotti
Autoprod – Mai 2013 Bandcamp
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