The Leftovers – saison 1

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Attendue comme un Messie télévisuel, la nouvelle série de Damon Lindelof (le créateur de Lost) pour HBO (la chaîne productrice de nombreuses séries marquantes de l’histoire TV récente) vient de clore sa première saison. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle intrigue, déconcerte, et fait débattre.

Elle démarre dans le quotidien d’une petite bourgade de l’Amérique moyenne, Mapleton, trois années après la mystérieuse disparition subite de quelques habitants – et 2% de la population terrestre à  l’échelle globale. On ne sait pas les raisons de ces manques brutaux, on ne sait pas plus ce qui s’est déroulé entre ces trois années, on constate juste ce qui se passe désormais : une vie presque routinière pour les Leftovers (« ceux qui sont restés »), l’émergence d’une secte muette qui ne communique que par messages écrits, des phénomènes étranges qui ponctuent des existences à  ruminer le passé, tenter de survivre à  l’absence des pairs, ou les dépressions qui persistent entre résignation et espoir de retour. Du super-gai, donc.

Par contre, tout est très référencé : si les premiers épisodes font penser à  la série française Les Revenants ou à  un début de film de M. Night Shyamalan (Sixième sens, Phénomènes) de par le sujet et son traitement, les épisodes suivants déroutent et brouillent les pistes, à  l’instar de l’oeuvre de Lynch (j’y ai beaucoup pensé) ou justement de la série précédente de Lindelof (Lost) mais avec un essai de niveau scénaristique largement supérieur à  la moyenne, qui fait d’ailleurs la patte assez intellectuelle et exigeante des productions HBO, type Six Feet Under. De quoi passionner ou fasciner les foules, sauf qu’on en reste quelque peu au stade de la triste indifférence.

L’atmosphère très dépressive de The Leftovers, sa mise en scène parfaite mais rêche, ses personnages fouillés et excellemment interprétés, une musique lancinante et romantique de Max Richter qui rappelle le grand Philip Glass, ses scènes parfois mémorables en font une série originale et en tous points remarquable, sauf que le plaisir du spectateur reste émoussé, ce dernier étant laissé constamment sur le carreau d’une intrigue éparpillée, des questions que nous savons déjà  sans réponses, et une progression dramatique sans cesse malmenée bien que toujours extrêmement lente. Vous l’aurez compris : faut s’accrocher pour rentrer pleinement dans cette série. Et si quelques épisodes, concentrés sur un seul personnage, restent superbes (épisode 6 sur Nora qui n’arrive pas à  vivre après la disparition de son mari et ses deux enfants), d’autres sont franchement décevants, tant le statu-quo et l’inutilité de ce que l’on regarde semblent prendre le pas sur le reste.

De plus, et c’est ce qui m’a le plus gêné, le symbolisme religieux y est omniprésent et parfois douteux : si la foi, les croyances et les superstitions doivent obligatoirement figurer au cahier des charges d’un tel scénario, l’idéologie qui y est instillée prête à  confusion et semble très portée sur les fondements catholiques – du moins dans certains épisodes – qui régissent l’existence des personnages : rédemption, pêché, prières, Jésus, miracles, fléaux, prière, baptême, culpabilité morale, confessionnal, sectes, jusqu’au générique style »Chapelle Sixtine » où des personnages contemporains veulent ou révulsent à  atteindre un ciel paradisiaque attirant… La question qui peut se poser parfois à  la vision, c’est si les athées peuvent objectivement tenir le long de cette première saison…

D’aucuns penseront que je pinaille, que la série prend son temps et la qualité de l’ensemble mérite qu’on s’y attarde et qu’on patiente, et ils auront raison. Mais devant la prolifération de séries, et la qualité élevée de celles-ci désormais, il ne faudrait pas que les créateurs de The Leftovers ne fassent trop peser l’ambiance lourde, lente, religieuse et mortifère de leur nouveau bébé télévisuel, ou les téléspectateurs, déjà  refroidis par une fin de Lost contreversée, ne s’éloignent de ce qui pourrait être une série fascinante et possiblement addictive. A suivre donc…

2_5

Jean-François Lahorgue

The Leftovers, série (1 saison – 10 épisodes de 55 minutes)
Série de Damon Lindelof et Tom Perrotta
Diffusion US : HBO (juin 2014) et prochainement en France

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