Soirée Ici D’ailleurs à Brest avec Bruit Noir, Thomas Belhom et Mathias Delplanque

A Brest, le 20 avril 2016, La Carène fêtait le label Ici D’ailleurs avec une soirée à l’affiche plus que prometteuse (Bruit Noir, Thomas Belhom et Mathias Delplanque) racontée ici par Colin Chloé.

Bruit noir - soirée ici d'ailleurs - photo Juliette Bonhême

Une fois n’est pas coutume, BENZINE a fait appel à un musicien pour revenir sur la soirée du 20 avril à La Carène à Brest avec cet hommage rendu au label Ici D’ailleurs. Nous étions là l’après-midi pour une série d’interviews sur lesquelles nous reviendrons prochainement en ces pages.

La soirée s’ouvrait sur le concert du batteur/chanteur Thomas Belhom, accompagné du saxophoniste Cédric Thimon. Son univers scénique se compose de différents claviers, boucleurs et tout son savoir-faire de percussions et attirails bigarrés. On reconnaît quelques titres de son album Maritima, dont Color, au texte impressionniste, chanté timidement en Français.
La voix est traitée comme un instrument, samplée, malaxée. Les deux musiciens étirent les morceaux oniriques et mélancoliques, autour de boucles de guitares sèches, et improvisent avec délicatesse sur cet univers spirituel. Les percussions félines et aériennes de Belhom, qu’on avait entendues sur The Hungry Saw des Tindersticks et sur les albums de Stuart Staples, font ici merveille sur son monde fragile, palpitant. Et toujours ce son caverneux de grosse caisse, reconnaissable entre tous, cœur battant.

Thomas Belhom - soirée ici d'ailleurs - photo Juliette Bonhême

Changement radical pour la 2nde partie de soirée, avec le Nantais Mathias Delplanque, qui vient présenter son projet Drachen. Artiste pointu et élégant, entouré de machines électroniques, mais aussi d’une guitare électrique posée qu’il joue d’un archet strident ou encore d’un xylophone. Il marie étonnamment ces textures, cette matière sonore triturée, avec une grande maîtrise des fréquences.
Delplanque chorégraphie son univers. Il danse littéralement sur scène entre ses instruments et semble nager avec une précision étonnante dans ce climat oppressant et contemporain, électronique et analogique savamment imbriqués. La maîtrise du son est totale, organique, puissant. On est aimanté par ses ambiances sombres, tumultueuses, parfois proches de la musique concrète ou industrielle.

Mathias Delplanque - soirée ici d'ailleurs - photo Juliette Bonhême

Puis, voici la tête d’affiche, Bruit Noir, véritable phénomène de la scène française de ce début 2016. Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pirès, du groupe Mendelson, ont sorti cet album, I/III, radical et attachant, aux textes définitivement désespérés, voix-boîtes à rythmes-cuivres, figures imposées. On a hâte de découvrir ce que ça peut donner sur scène. D’autant que l’on annonce un premier album solo du décidément prolifique auteur de 1983 (Barbara) et un nouvel album de Mendelson pour la rentrée.
Contrairement aux Mendelson un peu touffus, vus à la Carène il y a quelque temps, on a ici affaire à un Pascal Bouaziz en liberté totale, accompagné de la batterie minimaliste, sans ferraille, post- punk et forte du discret Jean-Michel Pirès, d’un petit sampler avec les ambiances cuivrées de l’album, de quelques diapos d’endroits désolés.

Bruit Noir

C’est un nouvel homme qui déballe son sac. Au premier plan, les textes scandés, grinçants, cyniques, au nihilisme jubilatoire de l’album, prennent une ampleur et une saveur différentes, grâce aux interventions désopilantes, provoc, glaçantes ou tendres de l’animal Bouaziz entre les titres.Dès l’entrée en scène, visiblement heureux d’être à la Carène de Brest, en quelques mots simples et directs, il met le petit public de convertis dans sa poche, avant d’entamer (en toute modestie) son Requiem pour Pascal Bouaziz ! On est désarmés face à cet humour froid et pince-sans-rire (on l’a quand même vu sourire).
Un mélange de  Desproges par moment, époque différente bien sûr, et de Cioran sous acide. Moment scénique de bravoure, avec le titre Joy Division : le « On est toujours entourés d’abrutis », balancée frontalement. Ça passe ou ça casse. Ça passe, grâce au talent d’un auteur et véritable acteur inattendu qui nous jette des histoires terribles à la gueule, pleines de nos contradictions contemporaines, mesquineries, bêtise.
On passe du rire aux larmes, dans ce concert montagnes russes. Dernière pirouette du Bouaziz en liberté : il harangue le(s) journaliste(s) et scribouillards dans la salle en leur soufflant le titre de leur futur papier : « Bruit Noir à Brest, un moment d’exception ! ». Tout à fait Pascal.

Colin Chloé

Brestois d’adoption, Colin Chloé est l’auteur de deux albums diamétralement différents, l’un plus folk, le très beau Appeaux, le second plus électrique, Au ciel mais toujours accompagné d’une écriture rare et minérale qui va autant se nourrir au sein de Guillevic que d’une américanité fantasmée. Bien entouré, Colin Chloé est un artiste qui active sa vitalité dans la collaboration. On pense à sa fidélité à Bruno Green mais aussi à ses échanges musicaux avec Pascal Humbert de Sixteen Horsepower ou Détroit.

http://colinchloe.bandcamp.com/

Photos : Juliette Bonhême

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