Barbara – Mathieu Amalric

Biopic qui n’en est pas un, collage qui chamboule tout, Mathieu Amalric fait de la figure de Barbara un portait en forme de déclaration d’amour.

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Vouloir l’accaparer, elle, s’accaparer un tel monstre sacré de la chanson française, il fallait faire. Et puis parce que elle, Barbara, paraît au-delà d’un réel, de la captation, elle est devenue une icône que l’on vénère, un culte (ses concerts étaient comme des « messes », dira l’écrivain et journaliste Jérôme Garcin), un mythe à la limite. Et puis parce que les monstres sacrés, il faut pouvoir s’y frotter, les apprivoiser, il faut pouvoir aller les chercher dans l’abîme de nos souvenirs, des archives, des irruptions publiques, et se risquer à la mise en abîme de leur vie. C’est ce que ose Mathieu Amalric en se servant, en s’imprégnant de Jeanne Balibar, sublime, pour évoquer elle, Barbara.

barbara-affiche-mathieu-amalricIl les mélange, il les confond, il les fait se rencontrer. Elles se superposent, elles s’interchangent en jeux de miroirs et de tiroirs, en figures multiples, en tours de passe-passe. On admire Balibar, et la seconde d’après on admire Barbara. Puis Balibar à nouveau, puis Barbara toujours, altières toutes les deux. Ce n’est évidemment pas un biopic dans le sens commun du terme, avec ce que cela suppose de linéarité et de consensualité (Dalida, Cloclo, Cousteau…). C’est plutôt une variation, une déclaration d’amour. C’est une vibration de Barbara. Elle hante le film, davantage que l’habiter. Elle hante Amalric et son personnage (un metteur en scène transi), elle hante Balibar et son personnage (une actrice gracile). Elle nous hante quand on entend sa voix, quand on l’entend chanter Du bout des lèvres. On aurait voulu Marienbad aussi, Septembre, Les mignons et pleins d’autres encore, mais qu’importe, on est conquis quand même.

Son portrait est délicat, demeure comme insaisissable, pourtant on sait la femme fantasque, on connaît les chansons, la tentative de suicide (« Je n’ai pas voulu mourir, j’ai voulu dormir »), les médicaments, les hommes, les amis, Brel, Béjart, Depardieu, les caprices, Précy-sur-Marne, la voix qui s’est brisée, en 1981… On sait tout cela, et pourtant elle est là, telle une énigme, Amalric préférant une réalité altérée, une fiction réinventée, le sentiment d’un rêve filmé (ou d’un film rêvé ?) s’imprégnant de son mystère et ses réminiscences, de ses quelques vérités. L’illusion d’un visage qui se redessine, de voix qui se font écho, de caméras qui entrent puis s’échappent du cadre, s’y faufilent puis s’y soustraient… Parfois le film patine un peu, cherche comment se renouveler, cherche comment dire ça ou montrer ci, se perd dans ses collages et ses envies de tout chambouler. Mais l’envie de Barbara est là, essentielle. L’envie de lui dire des choses, d’en étreindre l’aura ; elle est un sortilège.

Michaël Pigé

Barbara, Cannes 2017
Film français réalisé par Mathieu Amalric
Avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Aurore Clément…
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h37min
Date de sortie : 6 septembre 2017

1 thoughts on “Barbara – Mathieu Amalric

  1. Bonjour heureusement que Jeanne Balibar sauve le film…car on ne sait pas où Mathieu fantasque veut nous amener.

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