Ses amis lui avaient prédit le pire. Il a quand même planté son drapeau au premier rang de Petit Bain pour le concert de Unsane. Verdict : ni moshpit dévastateur, ni révélation absolue, mais une belle leçon sur ce que la musique, même rugueuse, peut encore créer entre les gens.

Je ne suis pas vraiment un adepte du hardcore US – même si je garde évidemment un souvenir que je chéris du passage de Fugazi à l’Espace Ornano en 1990 -, et des amis se sont effrayés quand je leur ai annoncé que je passerais ce samedi soir à Petit Bain, pour le concert de Unsane. Sachant mon addiction pour le premier rang, ils m’ont prédit plaies et bosses comme récompense de « ma folie ». Mais quand on aime la musique, et qu’on a envie de découvrir des groupes qu’on n’a encore jamais eu l’occasion de voir sur scène, il faut vivre dangereusement !
Arrivant tôt à Petit Bain, alors qu’en ce week-end pascal, les fans de Unsane arriveront très tard, je peux assurer le premier rang et surtout une position stratégique tout à la droite de la scène, où je devrais échapper à la folie éventuelle du moshpit dans une salle qui sera normalement bien remplie, la soirée affichant complet !
19h40 : les hostilités débutent avec les Tourangeaux de //LESS, un groupe bruyant ayant déjà acquis une belle réputation scénique. Le hardcore punk du trio est d’ailleurs un peu teinté de sonorités « indus », du fait d’un choix d’instrument original : le chanteur-« guitariste » joue en fait sur une basse dont il a ôté une corde, et produit un son saturé remarquable avec cet instrument insolite, qui est pour beaucoup dans l’intérêt de la musique de //LESS. Mais on remarque aussi une belle variété des rythmes et des constructions des morceaux, assurant quarante minutes de set qui passent sans jamais paraître longues et lourdes. Comme trop souvent dans le Rock français, les vocaux – hurlés, comme il est de coutume dans ce genre musical – sont le point faible de la performance scénique, mais rien de dramatique non plus. La setlist comprend 10 titres extraits de leur dernier album, Crawl in the Blur, sorti l’année dernière, et ce set bien sympathique donne envie de l’écouter attentivement. Bref, « //LESS is more », et mérite les louanges reçues.
20h40 : encore un format trio avec Unsane, encore du punk hardcore hurlé, pas de surprise. Chris Spencer, le leader et seul membre permanent du groupe, est désormais entouré de deux musiciens, qu’il nous présente comme ses « frères », et au côté desquels il rayonne d’une évidente jubilation. Souriant, décontracté, facétieux – il vient régulièrement prendre Eric, le bassiste, dans ses bras, et lui « chercher des noises » en le heurtant en plein morceau ! -, Chris souhaite un « happy birthday » à une amie qui doit être dans la salle, règle ses comptes avec son président orange dans un langage sans équivoque, et se lance dans la première partie du set. Le but de la tournée est de célébrer le quatrième album du groupe, Occupational Hazard, datant de 1998, qui vient juste de ressortir en version remastérisée. Il ne s’agit pas d’en rejouer à l’identique et dans l’ordre tous les titres, comme c’est désormais la mode, mais nous aurons droit à sept des quatorze morceaux du disque, avec le plus « accrocheur », Understand, réservé pour la clôture du set.
Il faut bien dire que dans un premier temps, le son et l’approche plus traditionnelle du hardcore qui est celle d’Unsane déçoit un peu par rapport à la première partie, et il y a une sorte d’uniformité des morceaux qui empêche qu’on se laisse vraiment emporter par la musique. Heureusement, peu à peu, l’enthousiasme monte dans la fosse, et entre en résonance avec celui du groupe : finalement, ce n’est pas que la musique de Unsane soit particulièrement exceptionnelle, mais il se crée un lien émotionnel fort. Nombre de spectateurs vivent intensément le set, entrant littéralement en transe. C’est beau à voir, et ce d’autant que Chris est de plus en plus radieux au fur et à mesure que la soirée avance. Il y a quelque chose d’émouvant à réaliser que cette musique, née il y a trente ans de la colère et de la frustration, soit aujourd’hui l’occasion d’un véritable partage, presque d’une communion – utilisons sans vergogne ce terme religieux puisqu’on est à Pâques !
La seconde partie du set est consacrée à des extraits judicieusement choisis pour leur impact d’autres albums du groupe, ce qui, quelque part, aide à la montée en intensité. Le trio reviendra pour un encore composé de deux titres, dont l’incontournable No Pain.

Je sortirai de cette soirée finalement sympathique, à défaut d’être originale, sans plaies ni bosses : et ce n’est pas seulement dû à ma position « astucieuse » au premier rang, ni au vieillissement des fans avec le groupe (car il y avait pas mal de gens bien plus jeunes dans la salle), mais bien plutôt au fait que le public a préféré « vibrer » avec la musique plutôt que de semer le chaos.
Preuve, s’il en fallait une, que la musique, même la plus rugueuse, finit toujours par rassembler plutôt que diviser. Personne ne s’en plaindra.
//LESS : ![]()
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Eric Debarnot
Unsane et //LESS à Petit Bain (Paris)
Production : Sanit Mills / Petit Bain
Date : le samedi 5 avril 2026
Leurs derniers disques :
//LESS – Crawl in the Blur
Label : A Tant Rêver Du Roi
Date de parution : 21 mars 2025
Unsane – Occupational Hazard (2026 Remaster)
Label : Lamb Unlimited
Date de parution : 6 février 2026
