En rejouant les obsessions déjà à l’œuvre dans Dream Scenario, Kristoffer Borgli orchestre avec The Drama un jeu de massacre grinçant où le malaise fait office de moteur principal. Une expérience parfois stimulante, mais qui peine à dépasser son propre dispositif.

Après le petit buzz de Dream Scenario, Kristoffer Borgli reprend une formule qui sied bien aux productions A24 : des stars ravies de la jouer indépendant associées à un pitch intriguant et potentiellement dévastateur. Dans cette nouvelle itération, le couple glamour Pattinson / Zendaya va donc subir quelques épreuves déterminantes à quelques jours de leur cérémonie de mariage.
Le principe est bien rodé : jouer d’abord d’une forme de confusion formelle avant de poser plus sagement les enjeux. Le long prologue est un exercice (assez vain) de montage où les cuts abrupts distribuent le best of de la vie du couple à mesure que le futur marié rédige son discours. Le film, très soucieux d’exhiber une forme qui lui permette de se situer à la marge de la traditionnelle comédie romantique, laisse néanmoins s’épancher des comédiens tous très talentueux, et nous offre le plaisir de retrouver Alana Haim dans un rôle à sa mesure.
La trame reprend finalement celle de Dream Scenario : un lynchage et de la gestion des individus face à la foule. La révélation de la protagoniste, plutôt intéressante, permet quelques explorations d’un phénomène proprement américain qui interroge sur sa culture et ses mécanismes. Les ravages de son adolescence et la singularité de son parcours, – donnant l’opportunité à Pattinson de citer Lacombe Lucien, ce qui ne manque pas de saveur -,viennent enfin nourrir le récit d’un propos, qui sera pourtant rapidement laissé de côté pour se concentrer sur l’essentiel : le drama, donc.
Car si Borgli tente de prendre de haut la réaction et les petites mesquineries de chacun, son récit carbure surtout à la perpétuation d’un sabotage fondé sur les malaises et l’opprobre. Incapable de se satisfaire de la présence pourtant intense de ses personnages, le réalisateur ne cesse de surligner les situations par des séquences fantasmées, des flashes traumatiques et des images alternatives, dans ces traditionnels effets de manche soucieux d’étoffer par l’image ce que le texte disait déjà.
Si la modestie de l’épilogue permet enfin de faire advenir quelques émotions, c’est parce qu’on en vient à se dire que toute l’équipe était elle-même fatiguée de cette farce pesante qui, sous couvert de destruction des clichés du mariage, vire elle-même au poncif du vain jeu de massacre.
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Sergent Pepper
