Stockholm est frappée par une mystérieuse épidémie. L’idée est bonne, le casting prometteur, le réalisateur chevronné. Et pourtant, Vaka rate à peu près tout ce qu’elle entreprend. Un gâchis symptomatique des productions internationales formatées ?

Il y a déjà bien des années, à l’époque où nous découvrions des merveilles comme The Killing ou Bron, regarder une série scandinave était la garantie de passer de grands moments. Nous nous émerveillions devant le fait que les qualités littéraires du polar scandinave, qui avait conquis le monde grâce à la trilogie Millenium, se retrouvaient peu ou prou dans ces thrillers au format télévisuel. Mais en ce début 2026, force est de constater que le genre a perdu sa belle singularité : Vaka (les éveillés) est aussi ordinaire que la vaste majorité des séries produites sur la planète. « L’exception culturelle » scandinave a vécu.

L’idée originelle de Vaka n’est pas mauvaise, même si son inspiration post-covidienne est désormais trop rebattue : une mystérieuse épidémie d’insomnie décime la population de Stockholm, les autorités semblant impuissantes à identifier la source de la « contamination », et encore plus à la contenir. Nous suivons d’abord Christian, ministre de la santé aux liens troubles avec l’industrie pharmaceutique suédoise, et également aux prises avec un fils toxicomane ingérable, avant de nous attacher à d’autres personnages dont la trajectoire va interférer avec la propagation de la maladie, ou va seulement être tragiquement impactée par celle-ci.
Le premier épisode est prometteur, mêlant paranoïa et mystère, avec à la clé un sujet politique pertinent sur les questions d’éthique et de transparence. Mais, peu à peu, Vaka se délite, la multiplication des fils scénaristiques donnant une sensation d’éparpillement, alors que les sujets les plus « importants » – ou intéressants – sont à peine traités. Pire, les acteurs sont visiblement à la peine pour réciter des dialogues peu convaincants, dans des épisodes au rythme anémique. On peine à croire que la réalisation est signée Henrik Georgsson, vétéran de Bron !
Si la première moitié des 6 épisodes fait encore illusion, la seconde (les 3 derniers épisodes) tourne à la déroute, jusqu’à une fin qui ne résout rien, et adopte la forme hésitante que l’on peut attendre d’une série qui ne sait pas encore si elle sera prolongée par une seconde saison ou non ! Un comble…
On a le droit de s’interroger sur cet échec, à partir d’un point de départ clairement non dénué d’intérêt. Avons-nous affaire aux maux classiques d’une co-production internationale, où l’on sacrifie les caractéristiques « locales » pour plaire à n’importe quel téléspectateur sur la planète, et où les personnages sont choisis pour représenter un certain échantillonnage qui se doit d’être là, de l’adolescent toxicomane au couple de lesbiennes, en passant par la jeune politicienne arriviste et le dangereux complotiste perdu dans ses délires ?
Finalement Vaka aligne les stéréotypes vus et revus mille fois ailleurs, et ne plonge pas sérieusement dans les remous politiques autour des rapports entre la Suède et l’UE, ou dans les risques de compromission entre le secteur privé et les politiciens, ou encore dans les questions morales de responsabilité individuelle lorsque la société s’effondre…
Toutes choses qui auraient pu faire de Vaka une série pertinente.
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Eric Debarnot
