[Live Review] mary in the junkyard à la Bellevilloise (Paris) : sympathique mais pas essentiel

Très attendu après la sortie remarquée de son premier album, le trio anglais mary in the junkyard jouait à guichets fermés. Sans totalement confirmer la hype naissante, le groupe a néanmoins montré suffisamment de personnalité pour donner envie de suivre son évolution.

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mary in the junkyard à la Bellevilloise – Photo : Gilles Barbeaux

Depuis cet été, un petit buzz est né autour d’un groupe au nom étrange : mary in the junkyard. Sorti début juillet, l’album Role Model Hermit a été très bien accueilli par la presse, au point de faire du trio londonien emmené par la chanteuse et guitariste Clari Freeman-Taylor l’un des groupes dont tout le monde parle. Le disque est en effet remarquable, mêlant un indie rock à guitares classiques à des touches expérimentales qui lui donnent une dimension arty. Il n’est donc pas surprenant que leur tournée, qui passe par la Bellevilloise ce lundi soir, affiche complet partout. À Paris, il n’y a plus de place depuis plusieurs jours. C’est d’ailleurs l’une des rares soirées où l’on se dit que la capitale est peut-être, en fait, une ville rock, puisque la Maroquinerie voisine, qui accueille Little Barrie, affiche également complet. La rue Boyer fait donc le plein ce soir.

Nous passerons rapidement sur la première partie, Everett Domphil, dont le peu que nous avons entendu ne nous a pas convaincus, pour nous concentrer sur le trio, qui entre en scène à 21 h.

Saya Barbaglia est à la basse et au violon, David Addison à la batterie. Irréprochable et indispensable au son du groupe, ce dernier restera toutefois en retrait dans les échanges avec le public, essentiellement assurés par les deux musiciennes.

MITJ03De façon assez gonflée pour un groupe qui vient de sortir un album à succès, ce dernier ne va constituer que la moitié du set : des anciens titres vont être joués et de nouvelles compositions révélées au cours de la soirée. Mais ce sont bien les deux titres d’ouverture de l’album qui vont avoir la primeur : le court Mantra III, un krautrock expérimental, et le très Big Thief Blood. Ce n’est pas une surprise quand on sait que le nom du groupe vient du titre Mary, présent sur l’album Capacity. Le fragile Myrtle va rapidement suivre et, après quatre titres, la première impression est que ça joue plutôt pas mal, que Clari ne chante pas toujours très juste, et que, dans l’ensemble, c’est un concert sympathique, sans l’urgence ni l’étrangeté qui ressortent de leur album.

Le groupe présente ensuite un nouveau titre, Payday, vraiment réussi. Sur New Muscles, les deux musiciennes miment une bagarre, avant que Clari ne prenne la basse et Saya son violon. Certains amis placés au premier rang se plaindront ensuite du son, notamment de la difficulté à entendre Saya, mais ce n’était pas mon cas quelques rangs plus loin. Joué de façon plus funk que sur le disque, New Muscles bénéficie surtout du violon, qui apporte beaucoup à un titre relativement faible par ailleurs.

Ce serait exagéré de dire qu’un second concert commence alors, mais le niveau monte nettement. Cela débute avec le très joli nouveau single Jane, une ballade dépouillée portée par la voix fragile de Clari Freeman-Taylor et le violon mélancolique de Saya Barbaglia, qui aborde le rapport intime de la chanteuse à son corps. La progression se confirme avec Seek and Destroy et Drains, dont le groupe fait choisir l’ordre au public. Étonnamment absents de la setlist papier, ces deux morceaux comptent parmi ses meilleurs atouts sur scène, avec des guitares enfin plus abrasives. Rien de révolutionnaire, mais c’est efficace. Le groupe rigole beaucoup et rappelle un peu, dans l’esprit, les premiers concerts des Breeders. Thou Shalt Sprout, aussi étonnant que sur disque, est un brin longuet, mais le premier single, Crash Landing, est en revanche une ballade hantée. Le morceau commence tout en retenue, Clari délaissant provisoirement sa guitare pour l’harmonium, avant que la batterie ne s’empare de l’espace et que l’ensemble gagne nettement en intensité.

MITJ02La fin approche : les arpèges de This Is My California accompagnent les murmures de la chanteuse et installent d’abord une atmosphère rêveuse, avant que le morceau ne se déploie dans un final brumeux aux accents shoegaze. Je ne connaissais pas ce titre, sorti en 2024, mais il est superbe, et il est assez logique de le garder pour la fin d’un set clôturé, comme le disque, par l’atmosphérique Mouse, dominé par les violons. Le morceau raconte l’histoire d’une souris que Clari retrouve sous forme humaine après l’avoir perdue dans une tempête. Et c’est sur ces mots surprenants, « Mouse, at least I’ve found you / My beautiful mouse » (« Souris, au moins je t’ai trouvée / Ma merveilleuse souris »), qu’après 1 h 20 de concert, mary in the junkyard prend congé de la Bellevilloise.

Vous l’avez compris : cela n’a pas été le concert de l’année, mais je suis tout à fait prêt à donner une nouvelle chance à ce jeune groupe, qui ne peut que progresser. Le disque témoigne d’une réelle personnalité et comporte d’excellentes compositions. J’attendais beaucoup, peut-être trop, de ce concert, mais la soirée a néanmoins été globalement satisfaisante. Je serai probablement présent la prochaine fois pour mesurer les progrès accomplis.

Laurent Fegly
Photos : Gilles Barbeaux (merci à lui !)

mary in the junkyard à la Bellevilloise (Paris)
Promoteur : SUPER !
Date : 5 octobre 2026

Leur dernier disque :

mary in the junkyard – Role Model Hermit
Label : AMF Records
Date de sortie : 3 juillet 2026

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